Édition spéciale 6 octobre 2026

ZapNews

Canicules 2026

Trois vagues de chaleur en un été, 43 °C homologués dans l'Hérault, un millier de morts pour la seule canicule de juin, une motion de censure : le dossier vivant de ZapNews sur l'été où la chaleur est devenue un fait politique.

109 articles · 7 rubriques
L’édito 30 septembre 2026

Le bricolage érigé en méthode

Adapter une ville à la chaleur, ce n'est pas un grand chantier qu'on inaugure : c'est une somme de rustines qu'on finit par assumer. Paris vient de chiffrer les siennes, 400 millions d'euros pour ses écoles et ses crèches, et un mot que le maire prononce sans gêne : « bricolage ».

Brasseurs d'air, stores, climatiseurs mobiles achetés par milliers dans l'urgence : la capitale pare au plus pressé pendant que les rénovations lourdes courent, elles, jusqu'en 2050. Deux cents écoles rénovées sur six cents, des cours débitumées une par une depuis 2018 : le rythme dit l'ampleur de la marche. Ce que l'été 2026 installe n'est pas un pic à encaisser puis oublier, mais un régime thermique durable, celui qui rapprocherait Paris de Séville, et auquel un patrimoine bâti aux XIXe et XXe siècles n'a jamais été destiné à résister.

Le dossier des canicules a longtemps parlé de corps, de morts, de rivières à sec. Il parle désormais de murs : de ce qu'il faut isoler, végétaliser, ombrager pour que des enfants apprennent quand le thermomètre passe 35 degrés. Le « bricolage » assumé de Paris n'est pas un aveu d'impuissance ponctuel ; c'est la forme que prend l'adaptation quand l'urgence dure plus longtemps que les budgets et les chantiers. La question n'est plus de savoir s'il faut agir, mais si l'on répare assez vite pour l'été qui vient.

Rubrique 39 articles

Anatomie des épisodes

L'été climatique 2026 chiffré à 16 milliards d'euros par une mission parlementaire

6 octobre 2026 · 9 min · canicule · meteo · economie · secheresse page seule ↗

Canicules, sécheresse et incendies de l'été 2026 ont coûté environ 16 milliards d'euros à la France, chiffre une mission flash de la commission des Finances de l'Assemblée nationale dont les conclusions ont été présentées début octobre. L'estimation dépasse la fourchette de 10 à 15 milliards avancée en septembre par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. Elle porte sur l'été le plus chaud mesuré en France depuis 1900.

Lancée fin août et présidée par le député Eric Coquerel (La France insoumise), la mission a entendu ministères, opérateurs publics, économistes, pompiers, agriculteurs et assureurs (Assemblée nationale). Son objet : additionner, secteur par secteur, ce que l'épisode climatique a retiré à l'économie française et aux comptes publics. Le total de 16 milliards équivaut à un peu plus de 0,5 % du produit intérieur brut.

Où tombe la facture

Un poste domine : l'agriculture. La mission l'évalue à 8,7 milliards d'euros de pertes nettes, une fois déduites les aides publiques — rendements de maïs, de fourrage et de fruits amputés par la chaleur et le manque d'eau. L'effet sur la croissance annuelle est estimé à environ 3 milliards, soit 0,1 point de PIB en moins. Les dépenses publiques non prévues au budget approchent 2,5 milliards, et les aides d'urgence versées aux exploitants atteignent 1,3 milliard, un montant que le gouvernement avait annoncé dès juillet comme dépassant le milliard d'euros.

Barres horizontales de la ventilation du coût de l'été 2026 pour la France selon la mission parlementaire : agriculture 8,7 milliards d'euros de pertes nettes, effet sur la croissance 3 milliards, dépenses publiques imprévues 2,5 milliards, aides d'urgence aux agriculteurs 1,3 milliard. Total provisoire d'environ 16 milliards, somme de coûts de nature différente avec un risque de double compte.

Sous ces grandes masses, la mission détaille des lignes plus fines. Les dépenses sanitaires supplémentaires sont chiffrées autour de 700 millions d'euros, dont environ 200 millions pour l'assurance maladie, 100 millions pour les hôpitaux et de 260 à 520 millions pour les établissements médico-sociaux. Les incendies pèsent au moins 300 millions, les dommages assurés des ménages 500 millions, et la hausse des factures d'électricité, tirée par la climatisation et par le recul de la production hydraulique, jusqu'à 800 millions.

Coquerel assortit ces chiffres d'une réserve que la mission inscrit noir sur blanc : l'addition réunit des coûts de nature différente, pertes privées, transferts publics et manque à gagner macroéconomique, avec un risque de double compte. Le total de 16 milliards vaut donc comme un ordre de grandeur provisoire, pas comme un solde comptable arrêté.

L'été qui a produit la note

La facture se lit d'abord au thermomètre. La température moyenne de l'été, de juin à août, a atteint 24,0 °C en France, soit 3,6 °C au-dessus de la normale 1991-2020 (Météo-France via Localtis). Les étés de référence sont dépassés : 2003 culminait à 2,7 °C au-dessus de la normale, 2022 à 2,3 °C. Juillet 2026, à 24,9 °C de moyenne nationale, est le mois le plus chaud jamais mesuré dans le pays, devant août 2003.

Barres verticales de l'écart de la température moyenne de l'été à la normale 1991-2020, pour les trois étés les plus chauds en France depuis 1900 : 2026 plus 3,6 degrés soit 24,0 °C, record ; 2003 plus 2,7 degrés soit 23,1 °C ; 2022 plus 2,3 degrés soit 22,7 °C.

La chaleur a frappé tôt et longtemps. Trois vagues se sont succédé, pour un cumul de 53 jours de vague de chaleur, le plus élevé jamais relevé, contre 33 jours en 2022. La première, à partir du 17 juin, a placé 72 départements en vigilance rouge le 24 juin. La valeur la plus haute de l'été, 44,3 °C, a été mesurée à Pissos dans les Landes. Sur l'indicateur national, un épisode continu a duré dix-sept jours sans interruption, le troisième plus long depuis 1947.

La sécheresse et le feu derrière les chiffres

La chaleur a marché avec le sec. Le déficit de pluie de l'été atteint 40 %, le deuxième plus fort depuis le début de la série homogène en 1959. Le creux se concentre sur juin et juillet : la France n'a reçu que 58 millimètres de pluie sur ces deux mois au niveau national, un plancher jamais atteint, sous les 62 millimètres de 1962 et les 72 millimètres de 1967 et 1976. Les sols se sont asséchés jusqu'à un niveau record, et 95 départements ont connu des restrictions d'eau. Le manque de pluie a surtout frappé la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et la Nouvelle-Aquitaine, trois régions où se concentrent aussi de grandes cultures et des massifs forestiers.

Barres verticales du cumul national de pluie de juin-juillet en millimètres, pour les étés les plus secs de France depuis 1959 : juin-juillet 2026, 58 millimètres, le plus bas jamais relevé ; 1962, 62 millimètres ; 1967, 72 millimètres ; 1976, 72 millimètres.

Sur ces sols secs et cette végétation inflammable, les feux ont parcouru une surface sans équivalent récent. Fin juillet, le ministère de l'Intérieur annonçait près de 98 000 hectares brûlés, au-delà du précédent record annuel de 2022 (décompte satellitaire EFFIS). France Assureurs recense pour les seuls incendies 25 000 sinistres et près de 500 millions d'euros de dommages assurés, dont 1 800 dossiers de pertes d'exploitation ; à Biscarrosse, des sinistrés des Landes dénoncent la lenteur de l'indemnisation.

Carte de la France métropolitaine de l'été 2026 : en aplats du sable à l'orange brûlé, le niveau maximal de restriction d'eau par département (échelle Propluvia à quatre classes, 68 départements sous restriction au 10 août, 95 sur l'ensemble de la saison) ; en disques carmin dimensionnés à la surface, les grands foyers d'incendie, Gironde-Landes à environ 42 000 hectares et Aude-Corbières à environ 16 000 hectares en tête, pour un total d'environ 98 000 hectares brûlés.

Pourquoi un degré de trop coûte si cher

Le lien entre un été chaud et une addition en milliards passe par plusieurs canaux physiques. Le premier est une rétroaction entre chaleur et sécheresse : quand les sols perdent leur humidité, ils cessent de se rafraîchir par évaporation et renvoient l'énergie solaire sous forme de chaleur, ce qui amplifie et prolonge les vagues de chaleur. Le même sol sec rogne les rendements agricoles, première ligne de la facture, et fragilise la végétation que le feu trouve ensuite prête à brûler (mécanisme détaillé par la filière).

Le deuxième canal est le corps humain. Au-delà d'environ 30 °C, la production horaire d'un travailleur décroche, l'absentéisme monte, les chantiers et ateliers non climatisés ralentissent, pendant que la demande d'électricité grimpe avec la climatisation. La chaleur a aussi un coût sanitaire direct : Santé publique France a dénombré environ un millier de décès de plus que la normale sur la saison, et chaque hospitalisation ou transport d'urgence alourdit la ligne santé de la mission.

Ce chiffrage parlementaire n'est pas le seul à circuler. L'assureur Allianz évalue à 20,1 milliards d'euros la production perdue par la France à cause des seules vagues de chaleur, dans une étude portant sur trente pays européens. Les deux montants ne s'additionnent pas et ne mesurent pas la même chose : la mission compte des coûts directs et des dépenses publiques observés en France, Allianz un manque à gagner de croissance estimé par modèle. Pour les agriculteurs, la question dépasse la comptabilité d'une saison : certains se demandent, après des étés secs à répétition, s'ils pourront continuer.

La mission recommande d'intégrer ce type de bilan aux débats budgétaires annuels, l'été 2026 n'ayant été provisionné nulle part dans la loi de finances. Le gouvernement doit présenter son projet de budget pour 2027 dans les semaines qui viennent. ◆

Note méthodologique

Sujet. Coût de l'été climatique 2026 (canicules, sécheresse, incendies) pour la France, d'après la mission d'information « coût de la canicule » de la commission des Finances de l'Assemblée nationale (président Eric Coquerel), conclusions présentées début octobre 2026. Item source : franceinfo (5 octobre 2026).

Chiffre central et ventilation. Mission flash, via franceinfo : total provisoire ≈ 16 Md€ ; agriculture 8,7 Md€ (pertes nettes après aides) ; effet sur la croissance ≈ 3 Md€ (0,1 pt de PIB) ; dépenses publiques imprévues ≥ 2,5 Md€ ; aides d'urgence aux agriculteurs 1,3 Md€ ; dépenses sanitaires ≈ 0,7 Md€ (assurance maladie ≈ 0,2 ; hôpitaux ≈ 0,1 ; médico-social 0,26-0,52) ; incendies ≥ 0,3 Md€ ; dommages assurés des ménages ≈ 0,5 Md€ ; hausse des factures d'électricité jusqu'à ≈ 0,8 Md€. Le 16 Md€ est une estimation de mission flash, provisoire : la mission signale elle-même qu'elle additionne des coûts de nature différente (pertes privées, transferts publics, manque à gagner de croissance), avec un risque de double compte. Les postes du graphique de ventilation retiennent les quatre lignes structurelles ; les sous-postes sont donnés dans le corps.

Ancrage climatique. Météo-France, bilan de l'été 2026, via Localtis / Banque des territoires, Selectra et presse-citron : été le plus chaud depuis 1900 (24,0 °C, +3,6 °C vs normale 1991-2020, devant 2003 à +2,7 et 2022 à +2,3) ; juillet 2026 mois le plus chaud mesuré (24,9 °C) ; 53 jours de vague de chaleur ; 72 départements en vigilance rouge le 24 juin ; pointe à 44,3 °C à Pissos (Landes). Pluie : déficit estival de 40 % (2ᵉ depuis 1959), juin-juillet à 58 mm au niveau national (plancher de la série, devant 1962 à 62 mm, 1967 et 1976 à 72 mm) ; 95 départements en restrictions d'eau. Les anomalies sont calculées par rapport à la normale 1991-2020 ; les valeurs de pointe sont des relevés de station.

Incendies et assurance. Surfaces brûlées : ≈ 98 000 ha au décompte opérationnel du ministère de l'Intérieur fin juillet (base BDIFF), au-delà du record annuel 2022 ; le décompte satellitaire EFFIS, plus restrictif, donne un total différent. Dommages assurés des incendies : ≈ 500 M€ pour 25 000 sinistres, dont 1 800 pertes d'exploitation, selon France Assureurs (fin août).

Réserves. Les montants économiques sont des estimations, sensibles au périmètre retenu ; le total 2026 peut encore être révisé. L'estimation Allianz de 20,1 Md€ pour la France mesure une perte de production (croissance), sur un périmètre et une méthode distincts de ceux de la mission, et ne s'ajoute pas à ses 16 Md€.

Carte régionale. Fond : niveau maximal de restriction d'eau par département, échelle Propluvia à quatre classes (data.gouv.fr / ministère de la Transition écologique, instantané du 10 août 2026) — reconstruction départementale à partir de zones infra-départementales, indicative ; 68 départements sous restriction à cet instantané contre 95 sur l'ensemble de la saison. Symboles proportionnels : surface brûlée par grand foyer (EFFIS/Copernicus, communiqués préfectoraux, base BDIFF du ministère de l'Intérieur), les dix foyers cartographiés totalisant ≈ 88 000 des ≈ 98 000 ha de la saison ; valeurs provisoires. Contours © france-geojson (licence libre), projection Lambert conique conforme.

Données et scripts : design-system/charts/_generator/data/ete-2026-canicules-cout-16-milliards/ et design-system/maps/_generator/data/ete-2026-canicules-cout-16-milliards/.

Septembre 2026, deuxième plus chaud jamais mesuré en France

2 octobre 2026 · 7 min · meteo · canicule · secheresse · records page seule ↗

Septembre 2026 a dépassé la normale 1991-2020 de 3,1 °C, ce qui en fait le deuxième mois de septembre le plus chaud depuis le début des mesures en France, derrière le seul septembre 2023, annonce Météo-France. C'est aussi le troisième septembre le moins arrosé depuis 1958, avec un déficit de pluie de 70 % en moyenne sur le pays, et l'indicateur national d'humidité des sols est tombé à un niveau jamais observé à cette période de l'année. Après l'été le plus chaud jamais enregistré, l'automne météorologique a donc commencé sans rupture, sur des sols que la pluie d'automne n'a pas encore réhumectés.

Un mois qui n'est jamais redescendu

Le mois s'est ouvert sur un pic de chaleur. Le dimanche 6 septembre restera parmi les journées de septembre les plus chaudes relevées en France, avec un record mensuel national porté à 40,3 °C à Lavaur, dans le Tarn, et des valeurs voisines de 39 °C à Albi et 38,5 °C à Toulouse, selon les relevés de Météo-France. C'était le sixième épisode de forte chaleur de l'année, décrit dans notre article sur la vague de chaleur de la rentrée.

La suite n'a offert aucun vrai retour aux valeurs de saison. Une deuxième bouffée d'air chaud a porté le mercure jusqu'à 36 °C dans le Sud-Ouest les 14 et 15 septembre, avec des écarts à la normale de +9 à +12 °C sur une diagonale allant du Sud-Ouest à la Picardie, comme nous l'avons détaillé lors du pic de mi-septembre. Entre ces deux poussées, les températures sont restées au-dessus de la climatologie presque chaque jour.

Anomalie thermique quotidienne de septembre 2026 en France (proxy national, dix villes) rapportée à la normale 1991-2020 : la courbe reste au-dessus de la normale tout le mois, avec un pic marqué les 6 et 7 septembre et aucune redescente nette ensuite.

L'ensoleillement a été très excédentaire, avec une anomalie supérieure à 30 % sur le mois, conséquence directe de la persistance des hautes pressions.

Le deuxième sur une série de 70 ans

Un septembre à +3,1 °C place le mois au deuxième rang de la série nationale, derrière septembre 2023, qui avait atteint 21,1 °C de moyenne, soit +3,6 °C au-dessus de la normale, et reste le record. Deux années séparent donc les deux mois de septembre les plus chauds jamais mesurés en France.

Cette proximité dit quelque chose du climat d'arrière-plan. Jusqu'aux années 1990, un mois de septembre sous la normale était la règle plus souvent que l'exception. Les anomalies chaudes les plus fortes se concentrent désormais sur les vingt dernières années, et un dépassement de 3 °C, qui aurait constitué une singularité au XXᵉ siècle, s'est produit deux fois en trois ans. À configuration atmosphérique comparable, le réchauffement de fond ajoute aujourd'hui son offset à chaque épisode.

Anomalie du mois de septembre en France depuis 1950 (proxy national, dix villes) sur la normale 1991-2020 : les septembres sous la normale dominent jusqu'aux années 1990, les anomalies chaudes dominent ensuite ; septembre 2026 (+3,1 °C) arrive juste derrière le record de 2023 (+3,6 °C).

Le signal dépasse les frontières. Copernicus a classé l'été 2026 comme le plus chaud jamais mesuré en Europe de l'Ouest, à +2,54 °C sur la normale 1991-2020, et août 2026 comme le mois le plus chaud du globe à égalité avec juillet 2023, à 1,65 °C au-dessus du niveau préindustriel. La chaleur de septembre en France est le prolongement régional de cet état général de l'atmosphère.

Une sécheresse des sols sans équivalent pour la saison

Le fait le plus lourd du bilan concerne l'eau. Avec 70 % de pluie en moins que la normale, septembre 2026 est le troisième mois de septembre le moins arrosé depuis le début des mesures en 1958, seuls 1977 et 1985 ayant été plus secs. Ce déficit s'ajoute à celui d'un été déjà parmi les plus secs observés, documenté dans notre bilan de la sécheresse estivale.

Résultat, l'indicateur national d'humidité des sols se situe à un niveau jamais atteint pour un début d'automne. La couche superficielle du sol, celle qu'explorent les cultures et les jeunes plantations, est restée à sec quand elle se recharge d'ordinaire dès les premières pluies de l'arrière-saison. Le suivi des nappes du BRGM faisait déjà état cet été d'une majorité de réservoirs sous les normales, et la recharge automnale, qui dépend des pluies d'octobre à mars, n'avait pas commencé à la fin septembre.

La chaleur et le dessèchement des sols se sont concentrés sur les mêmes territoires. L'Occitanie, la vallée du Rhône et le Centre-Est ont cumulé les plus fortes anomalies de température, supérieures à 3,5 °C, et les sols les plus secs, jusqu'à la moitié sous la normale ; la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France, un cran en dessous pour la chaleur, ont connu un déficit d'humidité moins sévère.

Deux cartes de France métropolitaine par région comparant septembre 2026 à la normale 1991-2020 : à gauche l'anomalie de température, la plus forte au Sud et au Centre-Est (Occitanie +3,8 °C, Provence-Alpes-Côte d'Azur +3,7 °C) et plus modérée au Nord et à l'Ouest (+2,2 °C) ; à droite le déficit d'humidité des sols superficiels, de 35 à 53 % sous la normale, le plus marqué sur un grand quart centre-sud-est.

Le mécanisme : des hautes pressions sur des sols qui s'auto-chauffent

Deux moteurs se sont renforcés tout le mois. Le premier est atmosphérique. Des dorsales anticycloniques successives se sont rétablies sur l'Europe de l'Ouest, et sur leur flanc oriental un flux de sud a fait remonter vers la France de l'air chaud venu de la péninsule Ibérique et du Maghreb. Sous ces hautes pressions, la subsidence comprime et assèche l'air en altitude, ce qui renforce le réchauffement diurne et bloque l'arrivée des perturbations atlantiques porteuses de pluie.

Le second moteur vient du sol lui-même. Quand la terre est sèche, l'énergie solaire qui servirait à évaporer l'eau chauffe directement l'air au lieu de s'y dissiper en vapeur, et la température de l'après-midi monte davantage. Ce couplage entre déficit d'humidité des sols et intensité des extrêmes chauds est documenté par Copernicus et par les études d'attribution du réseau World Weather Attribution. Il fonctionne en boucle, puisque la chaleur accroît la demande évaporative et assèche un peu plus un sol déjà appauvri, ce qui réchauffe l'air du jour suivant.

Sur cet enchaînement se pose la tendance longue. L'augmentation du nombre et de l'intensité des vagues de chaleur en France depuis les années 1980 est désormais mesurée, comme le rappelle notre article sur les vagues de chaleur et le changement climatique. La prochaine échéance connue est la recharge des nappes, suspendue aux pluies de l'automne, dont les premières ne s'étaient pas installées au 1ᵉʳ octobre. ◆

Note méthodologique

Les valeurs officielles de rang et d'anomalie (deuxième septembre le plus chaud, +3,1 °C sur la normale 1991-2020 ; record de septembre 2023 à 21,1 °C, soit +3,6 °C ; troisième septembre le moins arrosé depuis 1958, déficit de pluie de 70 %, anomalie d'ensoleillement supérieure à 30 % ; indicateur d'humidité des sols au plus bas pour la saison) sont celles du bilan de septembre 2026 de Météo-France, relayé le 2 octobre 2026. Les repères européens et mondiaux (été 2026, août 2026) proviennent des bulletins climatiques de Copernicus / C3S. Les records ponctuels du 6 septembre (40,3 °C à Lavaur) sont des relevés de stations Météo-France.

Les deux graphiques reposent sur un indicateur proxy, calculé par ZapNews et distinct de l'indicateur thermique national officiel : la moyenne des températures moyennes quotidiennes de dix villes réparties sur le pays (Lille, Paris, Brest, Nantes, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Clermont-Ferrand), issues de la réanalyse ERA5 via Open-Meteo. L'anomalie est l'écart à la moyenne 1991-2020 des mêmes villes, calculée jour calendaire par jour calendaire pour la courbe quotidienne, et mois de septembre par mois de septembre pour la série annuelle 1950-2026. Ce proxy restitue le classement et l'ordre de grandeur des anomalies publiées par Météo-France (il donne lui aussi 2026 au deuxième rang, juste derrière 2023), mais ses valeurs absolues ne se confondent pas avec l'indicateur national, qui s'appuie sur un réseau de stations plus large et une pondération spatiale différente. La réanalyse peut aussi s'écarter localement des relevés de stations.

Les deux cartes régionales reposent sur le même type de proxy ERA5 : un agrégat par région des données de température (temperature_2m_mean) et d'humidité des sols superficiels (soil_moisture_0_to_7cm_mean) extrait de la réanalyse ERA5 via Open-Meteo, rapporté à la normale 1991-2020. Le déficit d'humidité des sols cartographié est un proxy éditorial, distinct de l'indicateur national d'humidité des sols de Météo-France, et exprimé en écart relatif (ce qui accentue les régions normalement les plus humides). Les contours régionaux proviennent de france-geojson (Grégoire David), sous licence libre, en projection conique conforme de Lambert.

Canicules 2026 : 113 milliards d'euros de production perdue en Europe, 20,1 pour la France

27 septembre 2026 · 7 min · canicule · climat · economie · meteo page seule ↗

Les vagues de chaleur qui ont traversé l'Europe durant l'été 2026 auront coûté environ 113 milliards d'euros de production perdue à trente pays du continent, chiffre l'assureur Allianz dans une étude publiée fin septembre. La France, troisième pays le plus touché en valeur absolue, encaisse à elle seule 20,1 milliards. À eux trois, l'Italie, l'Allemagne et la France concentrent près des deux tiers de la facture.

Le montant équivaut à 0,46 % du produit intérieur brut cumulé des trente économies étudiées, et à près de 60 % de l'ensemble des pertes météorologiques recensées dans le monde en 2025 (environ 210 milliards de dollars). L'Italie porte la charge la plus lourde, 28 milliards d'euros, devant l'Allemagne (25 milliards) et la France. Le reste de l'Europe, vingt-sept pays, se partage les 40 milliards restants.

Barres du coût des vagues de chaleur 2026 par pays : Italie 28, Allemagne 25, France 20,1 milliards d'euros, reste de l'Europe 39,9 ; total 113 milliards.

Le chiffre d'Allianz ne recense pas les dégâts matériels — toitures arrachées, cultures grillées, routes fondues. Il mesure un manque à gagner : la richesse qui n'a pas été produite parce qu'il faisait trop chaud pour travailler et pour consommer normalement. La méthode retient, pour chaque pays, son épisode de cinq jours le plus intense entre juin et août, corrigé de l'humidité et de la population exposée, puis en déduit l'effet sur la croissance annuelle. Rapportée à la taille de chaque économie, c'est Chypre qui souffre le plus, avec 1,74 point de PIB amputé.

Un été qui a battu ses propres records

L'ampleur de la note se lit d'abord au thermomètre. Selon le service européen Copernicus (C3S), l'été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en Europe de l'Ouest, avec une température moyenne de 21,69 °C entre juin et août, soit 2,54 °C au-dessus de la normale climatique 1991-2020. Le précédent record, celui de la canicule de 2003, est dépassé. À l'échelle du continent entier, l'été se classe au troisième rang, derrière 2024 et 2022.

La chaleur est montée tôt et haut. Une première vague s'installe dès le 24 mai, une deuxième à la mi-juin, une troisième début juillet. Le 19 juillet, la station d'Orani, en Sardaigne, relève 48,4 °C, une des valeurs les plus élevées jamais observées sur le continent. En France, le mercure atteint 44,3 °C à Pissos, dans les Landes, le 23 juin. Surtout, la fournaise a poussé assez loin vers le nord pour faire tomber des records nationaux de chaleur en Tchéquie, en Allemagne, en Autriche, au Bélarus et jusqu'au Danemark, où Ødum a mesuré 37,0 °C le 27 juin.

Températures maximales relevées par pays durant l'été 2026 : pointe à 48,4 °C en Sardaigne, records nationaux battus de la Tchéquie au Danemark (37,0 °C).

Cette chaleur ne tombe pas sur un climat neutre. Depuis les années 1980, Allianz recense une multiplication par sept des épisodes de stress thermique, et une mortalité moyenne par épisode multipliée par cinq. Le réchauffement de l'arrière-plan décale toute la distribution : un été qui aurait été exceptionnel il y a trente ans devient la nouvelle référence, et les extrêmes qui le bordent dépassent des seuils jamais franchis. Le bilan humain de l'épisode se compte en milliers de décès en excès à l'échelle du continent, dont plusieurs milliers pour la seule France.

Pourquoi un degré de trop coûte de l'argent

Le lien entre le thermomètre et le PIB passe d'abord par le corps humain. Les travaux d'Allianz situent autour de 30 °C un seuil au-delà duquel la production horaire d'un travailleur commence à décrocher : chaque degré supplémentaire lui retranche environ 3 % dans la plage 30-35 °C. Au-delà du seuil, il faut multiplier les pauses, l'absentéisme monte, les chantiers et les ateliers non climatisés ralentissent. Dans le même mouvement, la demande d'électricité grimpe d'environ 1,2 % par degré, tirée par la climatisation là où elle existe.

Courbe de la production horaire du travail selon la température : stable jusqu'à un seuil de 30 °C, puis déclin d'environ 3 % par degré, jusqu'à −15 % à 35 °C.

L'exposition varie fortement d'un pays à l'autre, et l'humidité y pèse lourd. Une chaleur humide bride davantage le corps qu'une chaleur sèche de même température, parce que la transpiration évacue moins bien la chaleur quand l'air est déjà saturé de vapeur d'eau. Allianz le vérifie dans ses chiffres : l'épisode plus humide de l'Italie est associé à une perte de croissance supérieure à celle de la Hongrie, pourtant frappée par une chaleur plus forte mais plus sèche. La géographie du confort thermique intérieur creuse l'écart avec l'Amérique du Nord : à peine 19 % des logements européens sont climatisés, contre près de 90 % aux États-Unis.

Carte de l'Europe situant la perte de production due aux canicules de l'été 2026 : disques proportionnels au montant sur l'Italie (28 milliards d'euros), l'Allemagne (25) et la France (20,1), et un repère sur Chypre, pays le plus touché rapporté au PIB (1,74 point).

À ces effets directs s'ajoute la sécheresse, qui a accompagné la chaleur tout l'été. Quand les sols perdent leur humidité, ils cessent de se rafraîchir par évaporation et renvoient l'énergie solaire sous forme de chaleur : le déficit d'eau amplifie et prolonge les vagues de chaleur, un mécanisme de rétroaction bien identifié. Le Rhin, l'Elbe et le Danube ont connu des niveaux très bas, entravant la navigation fluviale, et les campagnes ont souffert, à l'image des agriculteurs confrontés à la répétition des étés secs. Les rendements agricoles baissent, la production hydroélectrique recule, les centrales thermiques peinent à se refroidir faute d'eau assez fraîche dans les rivières.

Une facture appelée à grossir

L'estimation de 113 milliards porte sur une seule saison. Dans une étude distincte publiée en mai, Allianz projette qu'en rejouant sur 2026-2030 les cinq années les plus chaudes de la décennie écoulée, les pertes cumulées de PIB atteindraient 5 à 7 % pour les économies les plus exposées, soit l'équivalent de 240 milliards de dollars pour la France sur cinq ans. La pression pèserait aussi sur les finances publiques, avec une perte annuelle de recettes fiscales estimée à 1,8 % du PIB pour la France, 1,3 % pour l'Italie et l'Espagne, 0,7 % pour l'Allemagne. L'assureur n'a pas publié de nouvelle projection au-delà de 2030. ◆

Note méthodologique

Sujet. Coût économique des vagues de chaleur de l'été 2026 en Europe, d'après l'assureur Allianz, à partir d'un item de Libération (25 septembre 2026). Le paywall de la source n'a pas été franchi : l'article s'appuie sur les publications en accès libre d'Allianz Research, leurs reprises presse et les données ouvertes de Copernicus.

Chiffre central. Allianz Research, Climate Economics Report 2026 (« Climate Risk Tracker »), fin septembre 2026 : 113 Md€ (128 Md$) de production perdue sur 30 pays, soit 0,46 % de leur PIB combiné ; Italie 28 Md€, Allemagne 25 Md€, France 20,1 Md€ ; part relative maximale en Chypre (1,74 point de PIB). Méthode : épisode de 5 jours le plus intense de juin à août, ajusté de l'humidité et de l'exposition de la population. Il s'agit d'un manque à gagner (croissance), et non d'un cumul de dommages assurés — d'autres bilans, plus larges, circulent à des montants supérieurs (jusqu'à 180 Md€ tous dommages confondus selon certaines synthèses), sur un périmètre différent.

Seuil de productivité et projection 2026-2030. Allianz Research, Too hot to grow: the economic costs of extreme heat, 28 mai 2026 — seuil critique ~30 °C, décrochage ~3 % de production horaire par degré dans la plage 30-35 °C, demande d'énergie +1,2 %/°C ; scénario de pertes cumulées 2026-2030 (5-7 % du PIB pour les plus exposés). La courbe de dose-réponse présentée ici est un schéma de la relation, calé sur ce taux central, non une série observée.

Ancrage climatique. Copernicus C3S (bulletins climatiques, été et août 2026) : Europe de l'Ouest, moyenne juin-août 21,69 °C, +2,54 °C vs 1991-2020, plus chaud été mesuré (record précédent : 2003) ; Europe entière au 3ᵉ rang (derrière 2024 et 2022). Températures maximales et records nationaux : relevés des services météo nationaux compilés par C3S et la synthèse encyclopédique de l'épisode (2026 European heatwaves). Ces valeurs de pointe sont des relevés ponctuels de stations ; plusieurs correspondent à des records nationaux de chaleur, d'autres non (Italie, France, Grèce).

Réserves. Les montants économiques sont des estimations de modèle, sensibles aux hypothèses sur l'exposition et l'humidité ; le total 2026 peut encore être révisé. Le bilan humain (décès en excès) provient de méthodes d'attribution distinctes, préliminaires et non homogènes d'un pays à l'autre : il est cité en ordre de grandeur, sans addition entre sources.

Données et scripts : design-system/charts/_generator/data/canicules-2026-cout-economique-113-milliards/.

Rubrique 21 articles

Le corps sous la chaleur

« Est-ce qu'on veut encore de nous ? » : la sécheresse de trop pour des agriculteurs à bout

21 septembre 2026 · 10 min · canicule · agriculture · sante-mentale · secheresse page seule ↗

À Saint-Jean-de-Liversay, en Charente-Maritime, Dominique Tourneur a vendu une dizaine de bêtes et rempli sa cuve à lait aux trois quarts seulement. Comme lui, des milliers de paysans français sortent de l'été 2026 rongés par une question qui revient dans les permanences de la Mutualité sociale agricole : à quoi bon continuer ? Après une canicule et une sécheresse que Météo-France classe au sommet de ses archives, une enquête de chambre d'agriculture menée auprès de 1 400 exploitants dans l'ouest du pays chiffre l'ampleur du découragement : 91 % disent une souffrance psychologique, 64 % envisagent d'arrêter le métier. Chez ses assurés de 15 à 64 ans, la MSA mesure une mortalité par suicide supérieure de 46 % à celle des autres régimes.

Un été qui a vidé les cuves

Dominique Tourneur élève des vaches laitières à Saint-Jean-de-Liversay, au nord de La Rochelle. Cet été, il a fini par charger une dizaine de bêtes dans un camion pour les vendre, faute de pouvoir les nourrir. « On arrive toujours à avoir un peu d'eau durant l'été, mais cette année, il n'y a rien du tout, c'est sec au possible », dit-il à France 3 Nouvelle-Aquitaine. Sa cuve, prévue pour 12 000 litres, ne se remplit plus qu'aux trois quarts : les 40 °C ont fait chuter la production d'un quart. Privé d'eau d'irrigation, il n'a pas pu semer son sorgho et a dû acheter seize hectares de maïs pour tenir. « Je ne vois pas du tout comment sera notre avenir, et c'est cela qui m'inquiète beaucoup. »

Son fils Baptiste, qui doit reprendre l'exploitation, regarde les fermes voisines fermer une à une. La ferme des Tourneur n'a rien d'un cas isolé. L'été 2026 a aligné cinq vagues de chaleur en deux mois, avec une anomalie de +3,8 °C en juin et juillet selon Météo-France, relevée par Pleinchamp. Les sols se sont transformés en croûte, l'herbe a jauni, les haies ont commencé à mourir. Côté récoltes, le maïs grain est attendu au plus bas depuis 1980, en recul d'environ 35 % sur un an, et la pousse de l'herbe des prairies a été quasi nulle sur juin et juillet.

La saignée touche presque toutes les productions d'été. Bon Pote recense un recul d'environ un tiers sur le maïs, de 36 % sur l'orge de printemps, de 26 % sur le fourrage, et des pertes allant jusqu'à la moitié du tonnage sur certains lots de légumes. Seules les céréales d'hiver, moissonnées avant les grosses chaleurs, s'en tirent avec 4 % de baisse. Pour les éleveurs, le déficit de fourrage est le plus dur à absorber : il faut acheter du maïs ou du foin pour passer l'hiver, quand la trésorerie est déjà exsangue.

Les éleveurs butent sur la répétition. « Plusieurs canicules répétitives au cours d'une même année, on n'a jamais connu cela », explique la chercheuse Carina Furusho-Percot, citée par Bon Pote. Les modèles agronomiques n'ont pas de précédent où puiser. Sur le terrain, cela signifie des champs grillés en quelques jours, des légumes cuits sur pied, des semis d'été qui ne lèveront jamais.

« Le moral est au fond des baskets »

Les acteurs de la prévention voient monter la détresse. Patrice Brachet, sentinelle de la MSA en Dordogne, résume l'ambiance à La France agricole : « Le moral est au fond des baskets. » Cet été, dit-il, a aggravé une situation déjà mauvaise, et il en prévoit des conséquences économiques sur plusieurs années. Le signe qui l'inquiète le plus est concret : les camions de bétail qui quittent les fermes. La décapitalisation, ce moment où un éleveur vend son cheptel pour survivre, se lit dans le paysage.

Philippe Grégoire, agriculteur en Maine-et-Loire et coprésident du Samu social agricole, fait le même constat. « Il y en a de plus en plus qui veulent tout arrêter, car ils ne peuvent plus continuer », dit-il. Le climat n'explique pas tout. S'y ajoute le sentiment d'un métier mal payé, où le paysan touche une part minime du prix que le consommateur laisse en caisse. À ce découragement s'ajoute une défiance envers les solutions politiques, que beaucoup ne croient plus capables de changer leur situation.

Les chiffres donnent une échelle à cette impression. Dans l'ouest du pays, la chambre d'agriculture de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres a interrogé 1 400 exploitants sur les 8 000 de son territoire. Les résultats sont sombres : 76 % déclarent une difficulté économique sévère, 91 % une souffrance psychologique et un fort découragement, 64 % envisagent d'abandonner leur activité. Ce sont ces proportions, remontées de permanence en permanence, qui alarment les réseaux d'écoute.

Ces réseaux reposent en partie sur les paysans eux-mêmes. La MSA anime un maillage de « sentinelles », agriculteurs, salariés ou élus locaux formés à repérer un collègue qui décroche et à l'orienter vers un accompagnement. Patrice Brachet est l'une d'elles en Dordogne. Le Samu social agricole, association que coprésident des exploitants comme Philippe Grégoire, intervient sur le même terrain, quand une exploitation bascule et qu'il faut, parfois en urgence, soulager la personne des travaux et prévenir le pire. Ces acteurs décrivent une détresse qui s'est aggravée avec l'été.

Un surrisque de suicide que la MSA mesure

Derrière le mal-être, il y a une statistique que la Mutualité sociale agricole publie depuis des années et qui ne cède pas. Sur la période 2019-2022, le risque de décès par suicide chez les assurés agricoles de 15 à 64 ans reste supérieur de 46 % à celui des autres régimes, et l'écart grimpe à 52 % après 65 ans, selon l'étude relayée par La France agricole. Le surrisque est le plus lourd chez les non-salariés, ces chefs d'exploitation qui portent seuls le poids d'une ferme. En 2015, la MSA recensait 372 suicides parmi les chefs d'exploitation et 233 parmi les salariés agricoles, soit plus de 600 décès sur l'année parmi ses assurés, rappelle Terre-net.

Ces morts arrivent souvent sans passage repéré par le système de soins. Parmi les 15-64 ans décédés par suicide, 79 % n'avaient pas consulté pour un motif psychologique dans l'année précédente, note la même étude. Le monde agricole cumule les facteurs de risque que la littérature sur la santé mentale documente : isolement, précarité économique, difficulté d'accès aux services, poids d'un patrimoine familial qu'on ne veut pas être celui qui perd.

Face à cela, deux numéros existent, gratuits et ouverts en continu : Agri'écoute, la ligne de la MSA au 09 69 39 29 19, et le 3114, le numéro national de prévention du suicide. Le plan de soutien présenté début septembre par le gouvernement prévoit d'ailleurs un renforcement du suivi social et psychologique des exploitants, à côté des aides financières.

La crise de sens derrière la crise climatique

Ce qui a changé, en 2026, dépasse le bilan comptable d'une mauvaise année. « Le monde paysan a peur », dit Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne, à Bon Pote, décrivant des réunions qui se terminent en larmes. La question qui monte a changé de nature. Elle porte sur l'utilité même du métier : à quoi sert un travail dont les récoltes peuvent partir en fumée en une semaine, et dont la société semble se désintéresser ?

Cette crise de sens se traduit par des gestes très concrets. Dans le Sud-Ouest, des irrigants renoncent à arroser, non par manque d'eau mais par déficit comptable : le coût de l'irrigation dépasse ce que la culture rapportera. Certains évoquent une « grève des semis », c'est-à-dire ne pas remettre en terre des cultures condamnées d'avance. En Haute-Garonne, décrite par Pleinchamp comme « symptomatique du trauma ambiant », des exploitants envisagent de ne pas renouveler leurs fermages, avec un risque d'enfrichement et de déprise. La hausse moyenne des fermages de 3,23 % pour la campagne, un cas de +20 % sur cinq ans documenté dans le département, achève de dissuader.

Certains cherchent une porte de sortie plutôt qu'un abandon pur. Pleinchamp évoque un intérêt croissant pour la « luzernisation », le passage à la luzerne, plante pérenne qu'on sème tous les quatre ou cinq ans, sans produit phytosanitaire ni gazole. L'institut technique Arvalis a même dû « démystifier la jachère » auprès d'exploitants tentés de laisser des terres au repos. Ces arbitrages disent une lassitude qui cherche à réduire la voilure avant de tout arrêter.

Le débat de fond porte sur l'eau, et il n'offre pas de solution simple. L'agronome Christian Huygue calcule, selon Bon Pote, que doubler la capacité des retenues d'eau ne permettrait d'irriguer que 200 à 300 hectares de maïs supplémentaires, une goutte au regard d'une crise à l'échelle du continent. Le stockage ne remplacera pas une transformation plus profonde du modèle vers des cultures moins gourmandes en eau, un chantier autrement plus long que les aides d'urgence.

L'agriculture a longtemps été présentée comme un « métier passion », capable de tenir malgré les contraintes. Emmanuel Macron l'avait redit en 2022. Quatre ans plus tard, la corde de la passion n'a jamais paru aussi près de rompre, quand des paysans en viennent à douter qu'on veuille encore d'eux.

Un métier qui se vide plus vite qu'il ne se remplit

Le découragement de 2026 vient percuter une démographie déjà fragile. Depuis 2015, la France compte environ 20 000 cessations d'activité agricole par an pour seulement 14 000 installations, selon un calcul de la Cour des comptes cité par Paysans.fr. Le solde manque environ 6 000 fermes chaque année. Le recensement agricole de 2020 dénombrait près de 389 000 exploitations en France métropolitaine, contre environ 1,2 million en 1980.

Le choc générationnel qui s'annonce aggrave le tableau. La moitié des exploitations métropolitaines sont dirigées par au moins un chef âgé de 55 ans ou plus, appelé à partir en retraite d'ici 2030, toujours selon le recensement 2020. Rien ne garantit que tous seront remplacés. Chaque ferme qui ferme sans repreneur agrandit un peu plus les voisines et éloigne le modèle familial que ces territoires ont connu.

Une année comme 2026 agit alors comme un accélérateur. Elle ne crée pas la spirale de départs, elle la précipite, en donnant à des exploitants qui hésitaient déjà une raison de plus de raccrocher. Les réseaux d'écoute redoutent que les décisions d'arrêt prises cet hiver, une fois soldés les comptes de la sécheresse, se traduisent dans les chiffres d'installations des années suivantes.

Le milliard de l'État, et le reproche du « compte n'y est pas »

La réponse publique est arrivée le 4 septembre 2026, avec le plan de soutien de plus d'un milliard d'euros présenté par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. Baptisé CASI, il vise d'abord à éviter les faillites, en indemnisant les pertes et en soutenant la trésorerie, et prévoit un volet social et psychologique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu en avait fait le « dossier numéro un » de la rentrée.

Les syndicats jugent l'enveloppe très en deçà des besoins. La FNSEA résume sa position d'une formule : « le compte n'y est pas », et réclame au moins 2 milliards d'euros, quand ses associations d'éleveurs évaluent à plus de 5 milliards le seul surcoût du déficit de fourrage. La Confédération paysanne estime le dispositif mal ciblé et plaide pour une aide directe de 5 000 euros par exploitation, de l'ordre de 2 milliards, afin qu'aucune ferme ne disparaisse. Au-delà du montant, le reproche porte sur l'absence d'un vrai plan d'adaptation à des étés appelés à se répéter, renvoyé à un second volet promis « dans les prochaines semaines ».

L'ambiance a changé depuis l'hiver 2024. La « colère paysanne » avait alors sorti les tracteurs sur les routes et bloqué les autoroutes, portée par une révolte contre les normes et les prix. Deux ans après, la sécheresse a laissé un monde agricole moins prompt à manifester qu'épuisé, dont une partie ne croit plus qu'une mobilisation change quoi que ce soit.

Les premiers versements de l'indemnisation de solidarité nationale sont attendus en octobre. Ceux qui doutent de rester peuvent composer le 09 69 39 29 19 d'Agri'écoute ou le 3114, ouverts jour et nuit.

Où trouver de l'aide

Si vous êtes agriculteur ou proche d'un agriculteur en difficulté : Agri'écoute, le service d'écoute de la MSA, est joignable 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 au 09 69 39 29 19. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement et en permanence à toute personne en souffrance ou inquiète pour un proche. ◆

Qui sont les morts de la canicule ? Des vies derrière les chiffres

18 septembre 2026 · 10 min · canicule · sante · climat page seule ↗

Ils sont 8 124. C'est le nombre de personnes mortes en excès pendant les vagues de chaleur qui ont frappé la France entre la fin mai et la fin août 2026, selon le bilan provisoire publié le 16 septembre par Santé publique France. Un chiffre qui referme l'été le plus chaud jamais mesuré dans le pays depuis 1900, et qui ne dit presque rien de ceux qu'il compte. Le Monde en a fait onze portraits ; les données de l'agence sanitaire dessinent des silhouettes : des personnes très âgées, des locataires de logements surchauffés, des travailleurs exposés, des vies déjà fragiles que la chaleur a fait basculer.

Un bilan à 8 124, en quatre vagues

Le total se répartit sur une saison à épisodes. Un premier coup de chaud, fin mai, avait déjà provoqué environ 300 décès de plus qu'attendu. La vague de la mi-juin, du 17 juin au 2 juillet, reste de loin la plus lourde, avec 5 764 décès en excès, soit 36 % de morts en plus par rapport à une année ordinaire à la même période. Un troisième épisode, du 3 au 22 juillet, a fait 1 243 morts supplémentaires. Le dernier, du 27 juillet au 20 août, le plus long jamais enregistré, en a ajouté 817. Additionnés, ces épisodes forment le bilan de saison à plus de 8 000 morts.

La vague de juin a concentré l'essentiel du drame. Elle a touché 92 départements, soit 98,5 % de la population métropolitaine. Les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais relevées en France, avec une température moyenne sur vingt-quatre heures atteignant 30 °C pour la première fois. Paris a enregistré 40,1 °C, Bordeaux 42,5 °C. Plus de la moitié des décès en excès de cet épisode se sont produits sur trois jours seulement, du 25 au 27 juin.

Pour mémoire, la canicule d'août 2003 avait tué environ 15 000 personnes en quinze jours. L'été 2026 n'atteint pas ce niveau, mais il l'approche sur une durée bien plus longue, et il a fait 6,5 fois plus de morts que les accidents de la route sur la même période. Entre 2017 et 2025, Santé publique France a attribué 11 700 décès à l'exposition de la population à la chaleur pendant les vagues de chaleur. La seule saison 2026 équivaut à près des deux tiers de ces neuf années réunies.

Le chiffre de 8 124 reste une estimation. Il est appelé à évoluer, le temps que l'état civil se consolide, et il capte mal les morts survenues à domicile, celles qui remontent le plus tard.

Ce que le nombre recouvre vraiment

Le décompte ne repose pas sur des certificats mentionnant la chaleur comme cause. Il mesure une surmortalité, c'est-à-dire l'écart entre les décès observés et les décès attendus. Pour la seule vague de juin, Santé publique France attendait environ 15 910 morts dans les départements concernés ; elle en a compté 21 674. La différence, 5 764, forme l'excès. La méthode est rapide et sert d'alerte sanitaire, mais elle mesure une hausse « toutes causes » sans trier, mort par mort, la part qui revient au thermomètre.

C'est que la chaleur tue rarement seule. Elle aggrave des pathologies préexistantes, cardiovasculaires, respiratoires, rénales, précipite une déshydratation, provoque parfois un coup de chaleur, cette hyperthermie qui déborde les capacités de régulation du corps. Sur le certificat de décès, c'est souvent l'infarctus ou l'insuffisance rénale qui sera inscrit, pas la température extérieure. Comme le note le média spécialisé Bon Pote, « compter les morts est un acte politique », car la chaleur agit sur tant de maladies que sa responsabilité reste, dans les faits, statistiquement invisible.

L'estimation s'appuie sur les remontées d'environ 5 000 communes, qui couvrent 84 % de la mortalité nationale. Santé publique France affinera plus tard un second indicateur, la mortalité attribuable à la chaleur, qui met en relation, jour après jour et département par département, la mortalité observée et les températures relevées localement. C'est ce chiffre consolidé, disponible dans plusieurs mois, qui fera foi. En attendant, la surmortalité donne l'ordre de grandeur, et ce dernier est déjà considérable.

Comment la chaleur tue

Derrière le mot « canicule » se cache un mécanisme physiologique précis. Pour maintenir sa température autour de 37 °C, le corps transpire et dilate ses vaisseaux, ce qui sollicite le cœur et fait chuter la pression artérielle. Chez une personne âgée, un malade cardiaque ou quelqu'un sous traitement, cette compensation s'épuise vite. Quand elle lâche, la température interne grimpe, les organes souffrent, et le coup de chaleur peut survenir en quelques heures, avec confusion, perte de connaissance et défaillance en cascade. Sans prise en charge immédiate, il est souvent fatal.

La déshydratation aggrave le tableau. La sensation de soif s'émousse avec l'âge, si bien que les personnes les plus exposées boivent moins au moment où elles en auraient le plus besoin. Beaucoup de décès ne surviennent pas au plus fort de la vague, mais dans les deux ou trois jours qui suivent, quand l'organisme, éprouvé, cède sur une pathologie chronique. Cette latence explique pourquoi les courbes de mortalité continuent de monter après le pic de température, et pourquoi le bilan met des semaines à s'établir.

Les plus âgés, encore et toujours

Le premier visage de la victime type reste celui d'une personne très âgée. Pendant la vague de juin, les deux tiers des décès en excès concernaient des personnes de 75 ans et plus. En juillet, cette part montait aux trois quarts. Ce sont les mêmes profils qu'en août 2003, des organismes dont la thermorégulation est diminuée, souvent porteurs de plusieurs maladies chroniques, parfois sous des traitements diurétiques ou neuroleptiques qui altèrent la réaction à la chaleur.

La nuit joue un rôle sous-estimé. Quand la température ne redescend pas sous 20 °C, le corps ne récupère pas de la chaleur du jour, et l'accumulation finit par emporter les plus fragiles. L'été 2026 a battu des records de nuits tropicales, et cette chaleur de plateau, moins visible qu'un pic à 42 °C, a pesé lourd chez des patients déjà éprouvés par des semaines de canicule.

Une nouveauté marque toutefois l'été 2026. La surmortalité a touché toutes les tranches d'âge à partir de 15 ans, et non plus les seuls anciens. Santé publique France a relevé environ 100 décès en excès chez les 15-44 ans, une classe d'âge d'ordinaire épargnée. Chez les moins de 15 ans, aucun excès n'a été observé. La chaleur de 2026 a donc débordé le cercle habituel des victimes, un signal que les épidémiologistes surveillent de près.

La vulnérabilité ne tient pas qu'à l'âge. Derrière la statistique se cache une répartition sociale : l'isolement, la précarité, l'état de santé mentale et, plus que tout, le lieu où l'on habite. ZapNews avait déjà raconté, à travers les récits de Louisette, Ridvan et Patrick, quelques-unes de ces vies emportées en juin.

Le logement, dénominateur commun

Interrogé sur les causes profondes de la surmortalité, Basile Chaix, directeur de recherche à l'Inserm, chiffre à environ 70 % la part de la mortalité liée au logement, et estime que « les mesures prises restent insuffisantes ». Une chambre située sous les combles ou au dernier étage multiplie par quatre le risque de décès pendant une vague de chaleur. Un appartement mal isolé, sans volet ni ventilation traversante, planté dans un îlot de chaleur urbain, se transforme en fournaise dont les habitants les plus fragiles ne sortent pas vivants.

Ce facteur explique en partie la géographie du bilan. Pendant l'épisode de juin, l'Île-de-France a concentré près de 2 000 décès en excès, une surmortalité de plus de 80 %, loin devant le Grand Est (635 morts), les Pays de la Loire (553) et le Centre-Val de Loire (511). La densité, le bâti ancien, le béton qui restitue la nuit la chaleur emmagasinée le jour font que la ville tue davantage que la campagne. À l'inverse, la Corse, l'Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, mieux habituées à la chaleur et moins exposées cette fois, ont été relativement épargnées.

Cet été-là, la France a aussi appris que ses immeubles pouvaient devenir des pièges. À Paris, la mort d'une locataire dans un « immeuble bouilloire » avait relancé la colère contre les logements surchauffés et la lenteur des rénovations. Le problème est d'autant plus tenace qu'il recoupe la pauvreté. Ce sont les ménages les plus modestes qui occupent les logements les moins isolés, faute de pouvoir choisir, et qui n'ont ni résidence secondaire ni moyen de fuir la ville quand la température grimpe.

Les personnes seules meurent davantage que les autres. Sans visite, sans voisin pour alerter, une déshydratation passe inaperçue jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Après 2003, chaque commune a été tenue de constituer un registre des personnes âgées ou handicapées isolées, à contacter en cas d'alerte. Le dispositif existe toujours, mais son efficacité dépend d'inscriptions volontaires et de moyens humains inégaux d'une mairie à l'autre.

Les travailleurs, l'autre population exposée

L'image d'Épinal de la canicule qui ne frappe que les retraités masque une autre réalité, celle du travail. Les ouvriers voient leur risque de décès pendant une vague de chaleur multiplié par 3,6. Maçons sur les échafaudages, ouvriers agricoles courbés dans les champs, caristes sous les toits de tôle des entrepôts, éboueurs, cantonniers, ces métiers imposent plusieurs heures d'effort par forte chaleur, sans toujours la possibilité de s'arrêter ni de s'hydrater à volonté.

Le droit français reste ici en retrait. Il n'existe pas de température maximale au-delà de laquelle un chantier doit fermer, seulement des obligations générales de l'employeur d'adapter le travail. Après l'été 2026, la CGT a réclamé une réforme d'urgence de la loi, quand le gouvernement plaidait pour des accords négociés métier par métier. Les décès de travailleurs sont, eux aussi, mal comptés, car un malaise mortel sur un chantier n'est pas systématiquement rattaché à la chaleur, et beaucoup surviennent dans les jours qui suivent l'exposition, une fois rentré chez soi.

Les manques d'une prévention en retard

L'ampleur du bilan a ravivé le procès de l'anticipation. Les campagnes de sensibilisation gouvernementales sont arrivées en mai, jugées tardives par plusieurs acteurs de santé, alors que la première vague a frappé dès la mi-juin. Surtout, les moyens de l'adaptation ont reculé au moment où ils auraient dû croître. Le Fonds vert, qui finance notamment la rénovation thermique et la végétalisation des collectivités, a été fortement réduit, et les crédits pour isoler les bâtiments publics, écoles et établissements pour personnes âgées demeurent, de l'avis des spécialistes, sous-dimensionnés. Dans les Ehpad, les dispositifs de rafraîchissement restent inégaux d'un établissement à l'autre.

Les leviers sont pourtant identifiés. Isoler les toitures et les derniers étages, poser des volets extérieurs, planter des arbres et créer des points d'eau pour rafraîchir les rues, ouvrir des lieux climatisés accessibles aux plus fragiles, adapter les horaires de travail : chacune de ces mesures réduit le risque, à condition d'être financée et déployée avant la vague, non après. Or l'été 2026 n'aura été ni le premier ni le dernier de cette intensité. Avec le réchauffement, ces épisodes se rapprochent et s'allongent, et une part croissante de la population vit désormais dans des logements et des villes conçus pour un climat qui n'existe plus.

Pour l'épidémiologiste Kévin Jean, le bilan de 2026 est « le résultat de réactions politiques trop lentes et d'un manque d'adaptation ». La critique vise moins la vigilance météorologique, qui a fonctionné, que la prévention structurelle : rénover le parc de logements, désimperméabiliser les villes, protéger les travailleurs. Autant de chantiers de long terme dont les retards se paient, chaque été, en vies humaines. Le plan national canicule, hérité de 2003, a montré ses limites. Il gère la crise quand elle survient, mais ne transforme pas les logements ni les villes qui la rendent meurtrière.

Robin Lagarrigue, de Santé publique France, situe le pic de la saison autour du 26 juin, lorsque la quasi-totalité du territoire cuisait sous la même masse d'air. Ce jour-là et les deux suivants ont concentré à eux seuls plus de la moitié des décès de la première vague. Le dernier bulletin de l'agence a clos la comptabilité de l'été ; le chiffre définitif de la mortalité attribuable à la chaleur, lui, ne sera connu que dans plusieurs mois. ◆

Canicule : « Le monde du travail ne peut pas se permettre de redécouvrir les enjeux de l'adaptation dans neuf mois »

18 septembre 2026 · 3 min · canicule · travail · sante page seule ↗

La France sort de son été le plus chaud jamais mesuré, avec environ 7 300 décès en excès recensés par Santé publique France à la mi-août 2026. Pour Aline Leclerc, chroniqueuse au service Économie du Monde, ce bilan doit servir de leçon au monde du travail : selon elle, les seules « recommandations » adressées aux employeurs ne protègent pas assez les salariés exposés, et l'État ne peut attendre neuf mois pour rouvrir le dossier.

Un été de référence

Entre la mi-juin et la fin août, la France a cumulé 52 jours de vague de chaleur, un record devant les 33 jours de 2022 et les 22 jours de 2003, selon Santé publique France. Trois épisodes se sont enchaînés : 14 jours en juin, 16 en juillet, 22 à partir de fin juillet. Près des trois quarts des décès en excès concernent les 75 ans et plus, mais la surmortalité remonte désormais dès la tranche des 45 ans, celle des actifs.

Ce que le droit impose déjà

Depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable au 1er juillet 2025, l'employeur doit inscrire le risque chaleur dans son document unique, adapter les horaires et l'organisation du travail, aménager les postes et fournir de l'eau potable fraîche, au moins trois litres par jour et par travailleur sur les chantiers sans eau courante. Les obligations se durcissent selon les paliers de vigilance de Météo-France, du jaune au rouge. Mais, comme le rappelle le Code du travail numérique, aucune température maximale n'impose l'arrêt du travail, et le droit de retrait suppose un « danger grave et imminent » que la seule chaleur ne caractérise pas.

Pourquoi les « recommandations » ne suffisent pas

L'argument d'Aline Leclerc vise la part non contraignante du dispositif. Chaque été, l'État double le décret de consignes et de rappels aux employeurs — sans obligation de résultat ni sanction automatique de l'inspection du travail. Un registre qu'elle juge trop faible face aux chantiers en plein soleil, aux ateliers mal ventilés ou aux entrepôts surchauffés. Son constat rejoint celui des syndicats : la CGT réclame une réforme d'urgence de la loi et un chiffrage de la « surmortalité au travail », quand le gouvernement mise sur des accords de branche négociés d'ici 2027. Le bilan de l'été 2023 avait déjà recensé onze accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur, la moitié dans la construction.

Anticiper avant l'été prochain

L'enjeu, pour la chroniqueuse, est d'employer les neuf mois qui séparent de l'été 2027 à transformer les recommandations en règles opposables, au lieu de rouvrir le dossier dans l'urgence de la prochaine vague. Le calendrier du ministère du Travail prévoit des négociations sectorielles jusqu'à l'automne 2026, pour des dispositifs opérationnels en 2027. Santé publique France doit publier son bilan définitif de l'été 2026 en octobre. ◆

À lire aussi

Rubrique 5 articles

Travailler à 40 °C

Chaleur au travail : Farandou va chercher à Madrid une méthode française

12 septembre 2026 · 6 min · canicule · travail · syndicats page seule ↗

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a emmené mercredi 9 septembre 2026 à Madrid les cinq confédérations syndicales et les trois organisations patronales, pour observer comment l'Espagne fait travailler ses salariés sous 40 °C sans arrêter le pays. Au lendemain de l'été le plus chaud jamais mesuré en France, le déplacement lance une concertation dont le ministre attend un « cadrage national » plutôt qu'une loi. Les syndicats, eux, réclament des seuils de température inscrits dans le Code du travail.

« La France devient l'Espagne »

C'est la formule que Jean-Pierre Farandou a mise en avant pour justifier ce « voyage d'études » : le climat français ressemble de plus en plus à celui de la péninsule ibérique, il faut donc aller voir un pays « habitué aux grandes chaleurs depuis longtemps ». Reçu par son homologue espagnole Yolanda Díaz, le ministre était accompagné d'une délégation large, avec notamment Sophie Binet pour la CGT, selon l'AFP relayée par Boursorama.

Le sujet n'est pas neuf pour l'exécutif. Dès la fin du premier épisode de vigilance rouge de l'été, en juin, le gouvernement disait vouloir s'inspirer du modèle espagnol. Le déplacement de septembre matérialise cette intention, après une saison marquée par plusieurs vagues successives et une surmortalité déjà documentée par Santé publique France.

La journée continue, pierre angulaire du modèle espagnol

Le dispositif que la France scrute de près s'appelle la jornada intensiva (ou jornada continua). Il condense la journée sur la matinée, avec une prise de poste vers 7 h 30 et une fin vers 14 ou 15 heures sans pause déjeuner, ce qui permet d'éviter les heures les plus chaudes. La période court en général de la fin juin au début de septembre selon les régions.

Sa portée reste toutefois limitée. Environ la moitié seulement des entreprises espagnoles l'appliquent, d'après le média Vert, car la mesure n'est pas automatique et doit figurer dans la convention collective ou le contrat de travail. Des secteurs entiers, comme le bois, la métallurgie ou le ciment, en restent exclus.

Un cadre légal adossé aux alertes météo

Au-delà des horaires, l'Espagne s'appuie sur une architecture juridique plus contraignante que la française. Une limite de 27 °C encadre depuis les années 1990 les travaux en espace fermé. Surtout, une loi de 2023 oblige les employeurs à protéger leurs salariés lors des fortes chaleurs, en adaptant les horaires et en interdisant certaines tâches extérieures pendant les pics.

Le déclencheur est l'alerte de l'agence météorologique nationale, l'Aemet. En vigilance orange ou rouge, les conditions de travail doivent s'ajuster, jusqu'à la réduction des horaires voire la fermeture d'établissements. La restauration en offre l'illustration la plus visible, sa convention collective imposant la fermeture des terrasses en cas d'alerte rouge ou de température supérieure ou égale à 42 °C, sous peine d'amendes pouvant atteindre 50 000 euros. Le montant total des sanctions liées à la chaleur est passé de 706 000 euros en 2022 à 1,56 million en 2025, ciblant surtout le bâtiment et l'agriculture.

L'Espagne s'est aussi dotée fin 2024 d'un « congé climatique », entré en vigueur le 28 novembre : quatre jours de congés payés annuels en cas de situation de risque grave et imminent, fortes chaleurs comprises. Farandou avait d'abord affirmé que ce congé excluait les alertes canicule, ce que le ministère espagnol a démenti.

Le tableau espagnol n'a rien d'idéal pour autant. Les syndicats du pays comptabilisent 3 830 accidents du travail liés à la chaleur en 2025, soit presque le double de 2024, preuve que le cadre légal ne suffit pas quand les températures grimpent.

En France, un décret de 2025 encore jeune

Farandou n'arrive pas les mains vides. Le décret n°2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, a déjà renforcé les obligations patronales. Depuis cette date, tout employeur doit évaluer dans son document unique le risque lié aux « épisodes de chaleur intense », que les salariés travaillent en intérieur ou en extérieur, et définir des mesures de prévention lorsque le risque est avéré.

Le texte, adossé au dispositif de vigilance de Météo-France (jaune, orange, rouge), impose l'accès à l'eau potable, avec un minimum de trois litres par jour et par personne en extérieur, l'aménagement des postes par la ventilation ou la brumisation, l'adaptation des horaires et la suspension des tâches les plus pénibles aux heures de pointe. L'inspection du travail peut contraindre les employeurs défaillants.

Cette approche s'inscrit dans un mouvement plus large qui traite désormais la chaleur comme un risque professionnel à part entière. Mais son application reste récente, et le déplacement madrilène vise à combler ce qui manque encore, à commencer par l'organisation collective du temps de travail.

Syndicats et patronat, un désaccord sur la méthode

Sur le fond, ministre et partenaires sociaux ne visent pas la même cible. Farandou veut « établir un cadrage national » puis renvoyer aux branches professionnelles le soin de « mettre en place les renforcements nécessaires ». Il reconnaît qu'une « voie législative est plus complexe » dans le contexte de proximité présidentielle, et se dit réticent à toute transposition brute : « Je ne crois pas que l'on puisse transposer exactement la même chose. »

Les syndicats poussent dans l'autre sens. La CGT, qui réclamait dès juillet une réforme d'urgence de la loi, demande l'inscription de températures maximales dans le Code du travail, à l'image de l'Espagne. Avec Solidaires et la FSU, elle plaide aussi pour l'extension à tous les secteurs du régime de « chômage-intempéries », aujourd'hui réservé au bâtiment et aux travaux publics, seul dispositif français permettant d'indemniser un arrêt d'activité pour cause météo.

Côté espagnol, Yolanda Díaz a livré une lecture plus offensive, jugeant que « la législation du travail doit être repensée au XXIe siècle » face au climat. Les deux ministres se sont accordés sur un point, l'idée que performance des entreprises et protection des salariés ne s'opposent pas. Le patronat français, présent dans la délégation, se montre pour sa part traditionnellement hostile à des seuils rigides, jugés inapplicables d'un chantier à un bureau climatisé.

Un calendrier étiré jusqu'en 2027

L'ampleur du problème dépasse les seules terrasses madrilènes. Le débat sur le décalage des horaires reste peu présent en France, alors qu'une majorité d'Européens s'y disent prêts, et chaque pays du continent bricole ses propres réponses, comme le montre un tour d'Europe des mesures publiques.

Le groupe de travail lancé à Madrid doit rendre ses conclusions fin 2026 ou début 2027. Farandou anticipe déjà des divergences avec les organisations. D'ici là, aucun texte contraignant n'est attendu, et la prochaine saison chaude arrivera avant que la moindre norme nouvelle ne soit écrite. ◆

Incendies : « Plus qu'une gestion de crise, c'est une gestion des risques qu'il faut »

26 juillet 2026 · 3 min · incendies · canicule · prevention-risques · climat page seule ↗

« Plus qu'une gestion de crise, c'est une gestion des risques qu'il faut. » La formule, au cœur d'un entretien de RFI, résume le tournant que l'été 2026 impose à la France. Avec plus de 42 000 hectares partis en fumée dès la mi-juillet — un record sur vingt ans de suivi satellitaire (Touteleurope) — et plus de 8 000 départs de feu recensés par la Sécurité civile (franceinfo), la saison ne se joue plus seulement sur la ligne de front. Éteindre le feu quand il est là, c'est de la gestion de crise ; empêcher qu'il parte, se propage et détruise, c'est une autre logique.

Éteindre ne suffit plus

La gestion de crise, c'est le dispositif le plus visible : cellules interministérielles, colonnes de renfort, moyens aériens. Face aux feux du Var et du Sud, la Sécurité civile a mobilisé des moyens qu'elle qualifie d'« inédits », dont une douzaine de Canadair (franceinfo). Mais ces moyens, aussi importants soient-ils, sont « étirés à leur maximum » quand les foyers se multiplient sur tout le territoire (Tous pour l'eau). Surtout, sous canicule et sécheresse répétées, la végétation déshydratée brûle plus vite que les pompiers ne peuvent l'atteindre : quand Fontainebleau part en fumée sur 2 000 hectares loin de l'arc méditerranéen, la réponse d'urgence arrive toujours après le mal.

Le déséquilibre est structurel. La France ne compte qu'environ 286 plans de prévention du risque incendie, contre plus de 11 000 pour les inondations (Tous pour l'eau) : le pays s'est longtemps équipé pour éteindre, pas pour anticiper.

Prévenir : débroussailler, cartographier, aménager

La gestion des risques agit en amont, avant l'étincelle. Trois leviers.

Le débroussaillement d'abord, arme la plus documentée : environ 90 % des maisons détruites lors d'un feu de forêt se trouvent sur des terrains non ou mal débroussaillés (Assurance Prévention). L'obligation légale (OLD) impose de dégager la végétation sur 50 mètres autour des habitations, jusqu'à 100 mètres sur décision du préfet. Signe de l'extension du risque vers le nord, le nombre de départements soumis à cette obligation est passé de 48 à 52 en avril 2026, avec l'ajout de la Corrèze, de la Haute-Loire, de l'Essonne et de la Seine-et-Marne (Géorisques).

La cartographie de l'aléa et l'urbanisme ensuite : repenser les interfaces entre zones bâties et forêt, créer des zones tampons et des pare-feux, et cesser de construire au contact direct des massifs (Tous pour l'eau) — un ciblage que la recherche affine, en établissant que près de la moitié des départs se concentrent sur ces lisières habitat-forêt. La sensibilisation enfin : neuf feux sur dix étant d'origine humaine, l'État a reconduit en 2026 sa campagne annuelle de prévention des feux de forêt et de végétation (Ministère de l'Intérieur).

Derrière ce basculement, une cause : le réchauffement. Il assèche les sols, allonge la saison des feux et déplace le risque vers des régions autrefois épargnées — comme le montre le record de surfaces brûlées atteint avant même le 1er août. Continuer à ne gérer que la crise, c'est courir derrière un phénomène qui, lui, s'installe pour durer. ◆

Canicule au travail : la CGT réclame une réforme d'urgence de la loi

5 juillet 2026 · 2 min · canicule · travail · syndicats page seule ↗

Après un été marqué par des morts au travail liées à la chaleur, la CGT réclame un renforcement immédiat de la loi. Le gouvernement, lui, mise sur des accords négociés par branche avant 2027 : deux méthodes qui s'opposent frontalement.

Alors que la vague de chaleur de fin juin a fait, selon Santé publique France, plus de 2 000 décès supplémentaires sur la seule semaine du 22 juin, la question de la protection des salariés est revenue au premier plan. La CGT recense au moins trois morts de travailleurs sur cette période et exige que soit établi un chiffrage de la « surmortalité au travail ».

Ce que dit le droit actuel

Le cadre a été refondu par le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025. Il impose à l'employeur d'évaluer le risque chaleur dans le document unique (DUERP) et de prendre des mesures graduées : adaptation des horaires et de l'organisation du travail, réduction du rayonnement solaire, aménagement des postes et mise à disposition d'eau potable fraîche en quantité suffisante.

Ces obligations sont indexées sur les seuils de vigilance de Météo-France (jaune pour un pic de chaleur, orange pour la canicule, rouge pour la canicule extrême). Mais, comme le rappelle le Code du travail numérique, la loi ne fixe aucune température maximale entraînant l'arrêt automatique du travail. Le droit de retrait, lui, ne peut être invoqué qu'en cas de « danger grave et imminent » : la seule chaleur intense ne suffit pas à le déclencher.

Ce que réclame la CGT

Pour la secrétaire générale Sophie Binet, ce cadre reste trop peu contraignant et mal appliqué : « La loi n'est pas suffisante, il faut la renforcer d'urgence », a-t-elle déclaré, jugeant impossible d'« attendre l'automne ». Le syndicat demande que les contrôles de l'inspection du travail débouchent sur des sanctions immédiates, ce qui n'est aujourd'hui pas le cas. La CFDT partage le constat mais avance une autre voie : rendre la négociation obligatoire en entreprise, pour aboutir à « de vrais plans d'action négociés d'ici au printemps 2027 ».

La méthode du gouvernement

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou écarte une réforme législative rapide : « Cela ne va pas être décrété depuis le niveau national. » Il privilégie des accords par métier et par branche, avec un cadrage national sous un mois puis des négociations sectorielles jusqu'à fin octobre, l'objectif étant de disposer de dispositifs opérationnels avant les fortes chaleurs de 2027.

Le débat reste donc entier : légiférer vite et fixer des seuils contraignants, ou laisser les partenaires sociaux définir des règles adaptées à chaque secteur — au risque, pour les syndicats, de reporter d'un an la protection effective des travailleurs. ◆

À lire aussi

Rubrique 11 articles

Se loger, tenir, partir

Écoles parisiennes face à la chaleur : 400 millions et un « bricolage » assumé

30 septembre 2026 · 2 min · canicule · adaptation · climat · education page seule ↗

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a détaillé le 29 septembre l'effort engagé pour adapter les 631 écoles et 454 crèches de la capitale aux vagues de chaleur, autour d'un budget de 400 millions d'euros. Il assume une part de « bricolage » : brasseurs d'air, stores et climatiseurs mobiles posés dans l'urgence, en attendant des rénovations lourdes qui ne s'achèveront pas avant 2050.

Ce qui est déjà installé

La Ville de Paris recense, pour le seul été 2026, 170 écoles, collèges et crèches ayant reçu au moins une intervention. Parmi elles : 35 cours « oasis » débitumées et végétalisées, 22 chantiers de stores ou de brise-soleil orientables, 13 établissements équipés de brasseurs d'air. Le principe des cours oasis, lancé en 2018, remplace le bitume par des sols perméables, des arbres et des points d'eau pour casser l'îlot de chaleur ; environ 130 cours ont été traitées depuis le lancement du dispositif.

La rénovation la plus complète sert de vitrine. À l'école de la rue de Romainville (19e), le chantier 2024-2028 vise 60 % de consommation énergétique en moins, avec l'isolation de 4 000 m² de murs et de planchers, des panneaux solaires, un toit végétalisé et deux cours débitumées.

L'urgence, faute de mieux

Grégoire l'a reconnu cet été : Paris n'a « pas encore fait assez » face aux canicules. La capitale reste l'une des plus meurtrières d'Europe pendant les fortes chaleurs, et sa trajectoire climatique la rapprocherait du régime thermique de Séville. Sur environ 600 écoles, 200 seulement sont rénovées ; la Ville a acheté dans l'urgence 1 200 climatiseurs mobiles pour parer au plus pressé.

Le mot « bricolage » résume ce décalage. Les équipements amovibles tiennent lieu de réponse tant que la rénovation thermique, plus lente et plus chère, n'a pas rattrapé le parc. Le maire revendique le pragmatisme de la méthode, quand le bâti scolaire vieillissant reste conçu pour un climat qui n'existe plus. Une étude publiée en 2026 a montré que les enfants sont plus exposés au stress thermique que les personnes âgées.

Le mur du calendrier et du financement

La Ville affiche l'objectif d'un parc entièrement rénové à l'horizon 2050, en combinant isolation, protection solaire et végétalisation. Les 400 millions d'euros couvrent cette montée en charge, mais le calendrier reste l'obstacle central. L'essentiel des bénéfices n'arrivera qu'après une génération d'élèves, alors que les épisodes de chaleur se rapprochent d'une année sur l'autre.

Le débat parisien recoupe un constat national déjà documenté : de 2003 à 2026, l'alerte a progressé, l'adaptation structurelle non, et le financement reste le point de blocage. Des solutions existent pourtant, comme le montrent les patios, persiennes et matériaux à faible inertie de l'architecture espagnole. Aucun bilan chiffré des économies d'énergie sur l'ensemble du parc n'a été publié à ce stade. ◆

Où habiter ? Comment l'été caniculaire oblige à réinventer notre rapport au territoire

24 septembre 2026 · 11 min · canicule · logement · adaptation page seule ↗

Chaleur qui s'installe, nappes qui ne se rechargent plus, mer qui grignote la côte : l'été 2026, troisième d'affilée à battre des records, a déplacé une question longtemps réservée aux climatologues jusque sur les tables de cuisine. Où pourra-t-on encore vivre correctement dans trente ans ? Les seuils physiques donnent une première réponse, sèche et chiffrée. Mais l'habitabilité d'un lieu ne se mesure pas qu'en degrés et en millimètres de pluie. Elle tient aussi à ce qui relie des habitants à leur territoire, et à leur capacité à s'y adapter ensemble plutôt qu'à le fuir.

Trois seuils qui redessinent la carte

La France s'est réchauffée nettement plus vite que la moyenne du globe. Pour préparer ses politiques d'adaptation, l'État a adopté une trajectoire de référence, la TRACC, qui table sur un climat métropolitain à +2 °C dès 2030, +2,7 °C en 2050 et jusqu'à +4 °C en 2100 par rapport à l'ère préindustrielle. C'est l'hypothèse de travail retenue pour dimensionner les routes, les hôpitaux et les logements à venir, non le scénario du pire.

À ces niveaux, trois contraintes physiques se combinent et déterminent, chacune à sa manière, ce que l'on appelle l'habitabilité d'un lieu. La chaleur d'abord, avec la multiplication des journées à plus de 35 °C et des nuits dites tropicales, où le thermomètre ne redescend pas sous 20 °C et où le corps ne récupère plus. L'eau ensuite, dont la disponibilité conditionne l'agriculture, l'industrie et l'approvisionnement des villes. La mer enfin, qui monte et ronge un littoral où s'est concentrée une part croissante de la population et du patrimoine immobilier.

Aucun de ces trois seuils ne frappe le pays de façon uniforme. C'est leur inégale répartition qui commence à redessiner la carte des lieux vivables. Le Sud-Ouest et l'arc méditerranéen cumulent chaleur extrême, tension sur l'eau et risque d'incendie ; les grandes agglomérations concentrent l'effet d'îlot de chaleur urbain ; les côtes ajoutent l'érosion et la submersion à l'équation.

Carte de France par région : nombre annuel de jours de forte chaleur (plus de 35 °C) à l'horizon 2100 selon la trajectoire de référence TRACC de Météo-France. Occitanie en tête avec près de dix-huit jours, façade Manche-Atlantique la plus épargnée avec deux à trois jours.

La chaleur, en particulier, ne se vit pas de la même façon selon l'endroit où l'on dort. Une nuit tropicale à Marseille ou à Perpignan n'a pas les mêmes conséquences qu'à la campagne : en ville, le béton restitue la chaleur emmagasinée le jour, et le manque de végétation prive d'îlots de fraîcheur. Le Haut Conseil pour le climat range parmi les points noirs les logements « bouilloires thermiques », mal isolés et exposés plein sud, souvent occupés par des ménages modestes qui ne peuvent ni climatiser ni partir. Le pavillon périurbain, longtemps synonyme d'accession à la propriété, se révèle particulièrement vulnérable : construit vite, isolé à l'économie, entouré de bitume et dépendant de la voiture, il concentre plusieurs fragilités à la fois.

L'eau, le facteur qui tranche

De ces trois seuils, l'eau est celui qui décide le plus brutalement. Une région peut composer avec la chaleur en végétalisant, en isolant, en changeant les horaires ; elle ne peut pas fabriquer la pluie qui recharge ses nappes.

Le projet Explore2, piloté par l'INRAE et l'Office international de l'eau, a modélisé cette ressource jusqu'en 2100. Le verdict est net sur un point. Les débits des cours d'eau baisseront en été partout, quel que soit le niveau de réchauffement. Pour une France à +2,7 °C, les projections situent l'évolution estivale entre −10 % et 0 % ; à +4 °C, elles se resserrent autour de −20 %, avec des pointes à −30 %. La recharge des nappes se dégrade surtout dans le Sud-Est, quand elle se maintient voire progresse dans le Nord-Est.

Ces écarts régionaux dessinent une géographie de l'eau qui ne recoupe pas celle d'aujourd'hui. Des territoires qui n'avaient jamais rationné se sont retrouvés en restriction plusieurs étés de suite ; des agriculteurs y voient leurs assolements devenir intenables. La question de savoir où déménager pour trouver un « refuge climatique » revient d'abord à une autre : où restera-t-il assez d'eau ?

Car la ressource est déjà disputée. L'agriculture prélève à elle seule près de la moitié de l'eau consommée en France, loin devant l'eau potable et le refroidissement industriel. Quand le débit baisse l'été, ces usages entrent en concurrence, et les arbitrages deviennent politiques : faut-il remplir une retenue pour l'irrigation, préserver le débit d'un fleuve pour ses écosystèmes, ou garantir le refroidissement d'une centrale ? Les conflits autour des réserves de substitution, ces « mégabassines » qui cristallisent le débat agricole depuis plusieurs étés, tiennent tout entiers dans cette rareté annoncée. Un territoire dont l'économie repose sur des cultures gourmandes en eau devra, tôt ou tard, changer de modèle ou de population.

Le littoral qui recule

Sur la côte, le seuil physique a un visage. À Soulac-sur-Mer, en Gironde, l'immeuble Le Signal, bâti en 1967 à deux cents mètres du rivage, a été évacué en 2014 quand le trait de côte l'a rejoint. Il est devenu le symbole d'un phénomène que le Cerema, l'établissement public d'expertise territoriale, a tenté de chiffrer à l'échelle nationale.

Ses projections décrivent une accélération. À l'horizon 2050, en prolongeant les tendances actuelles et en maintenant les ouvrages de protection, environ 5 200 logements seraient menacés par le recul du trait de côte, pour une valeur vénale de l'ordre du milliard d'euros. À 2100, dans un scénario d'inaction où les digues finissent par céder, l'estimation grimpe à près de 450 000 logements, 55 000 locaux d'activité, 10 000 bâtiments publics, 1 800 kilomètres de routes et 240 kilomètres de voies ferrées, selon les chiffres relayés par la presse spécialisée.

La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a créé les premiers outils pour organiser ce repli : cartographie obligatoire du recul dans les communes exposées, possibilité de « relocaliser » les activités et les logements vers l'arrière-pays. Mais déplacer un quartier suppose de trouver où le reloger, à quel prix, et avec l'accord d'habitants souvent âgés et attachés à leur rue. Le seuil physique est calculable ; sa traduction humaine, beaucoup moins.

Tenir ne suffit pas à habiter

Le débat actuel entre géographes porte sur ce point. L'habitabilité ne se réduit pas à un plafond de température ou à un débit d'étiage. Un lieu reste habitable quand on y a des liens, un travail, des souvenirs, un réseau de secours en cas de coup dur, autant que par sa température supportable. Cette épaisseur relationnelle pèse dans les trajectoires. Des populations restent sur des territoires que les cartes de risque déconseillent, d'autres partent bien avant d'y être contraintes. La recherche a même donné un nom au malaise de ceux qui voient leur environnement familier se dégrader sans quitter les lieux, la solastalgie, cette forme de deuil du paysage vécu.

La géographe Magali Reghezza-Zitt, longtemps membre du Haut Conseil pour le climat, place cette dimension au centre. « Dans les régions littorales fortement urbanisées, où la population est souvent âgée, se pose désormais une question fondamentale : celle de l'habitabilité future de certains territoires », expliquait-elle. Sa ligne repose sur une distinction, entre subir le changement et le choisir. « Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans un monde invivable », ajoute-t-elle, à condition d'organiser une adaptation « équitablement répartie », où ceux qui disposent du plus grand pouvoir d'action prennent leur part.

Ce déplacement du regard change la nature du problème. Tant qu'on raisonne en seuils, l'adaptation revient à climatiser, surélever, protéger. Dès qu'on la pense en termes de liens, elle devient une affaire de choix collectifs : quels services publics maintenir, quelles solidarités de voisinage organiser pendant une canicule, comment éviter que l'adaptation ne se résume à la fuite des plus aisés vers les zones épargnées, laissant les autres en première ligne face à la chaleur.

Car partir n'est pas donné à tout le monde. Déménager suppose une épargne, un emploi transférable, un logement disponible ailleurs à un prix soutenable. Les ménages les plus modestes, locataires de passoires thermiques ou propriétaires d'un pavillon qu'ils ne parviendront pas à revendre dans une zone dévalorisée, sont les plus exposés et les moins mobiles. L'habitabilité pose donc une question de justice autant que de géographie. À mesure que certains lieux se dégradent, le risque est de voir s'y concentrer ceux qui n'ont pas les moyens d'en changer.

Partir, rester, s'adapter

Les Français déménagent-ils déjà à cause du climat ? Les grandes statistiques ne montrent pas encore de « migration climatique » interne massive, mais elles dessinent des tendances où le facteur climatique s'insinue. Selon l'Insee, le taux de mobilité résidentielle a reculé de 10,8 % en 2013 à 8,8 % en 2023. Globalement, on déménage moins. Mais les gagnants de ces mouvements sont clairs. La Bretagne, l'Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine attirent chacune plus de cinq habitants pour mille chaque année par le jeu des migrations internes, tandis que l'Île-de-France en perd 8,4 pour mille. Le périurbain, lui, continue de gagner, à +6,9 pour mille en 2023.

Ces flux répondent d'abord au coût du logement et à la recherche d'espace, mais le climat s'y greffe de plus en plus comme critère de choix, y compris là où il devrait dissuader : la façade atlantique et le Sud restent attractifs alors même qu'ils concentrent une part des risques. Les mobilités françaises suivent la carte du désir et des prix, pas celle des vulnérabilités.

Le géographe Guillaume Faburel part de cet écart. Il a tenté d'identifier sept « territoires refuges » — reliefs de moyenne montagne, campagnes bocagères de l'Ouest, plateaux du Massif central — moins exposés à la chaleur et mieux pourvus en eau. L'exercice a été discuté, parfois contesté pour son côté schématique. Il a le mérite de poser la question autrement : non plus quelles zones fuir, mais lesquelles préparer à accueillir, avant que le mouvement ne se fasse dans l'urgence et le désordre.

Les destinations choisies ne sont pas toujours les bonnes. Une partie des ménages qui quittent les centres pour le périurbain gagnent de l'espace mais héritent d'une double dépendance : à la voiture pour tous les déplacements, et à des maisons souvent mal isolées qui se transforment en fournaises l'été. La géographie du désir peut ainsi conduire droit vers de nouvelles vulnérabilités, sur des territoires que rien ne préparait à absorber une population supplémentaire ni des étés à répétition.

Aménager pour rester

L'essentiel de l'adaptation ne se jouera pas dans les déménagements, mais là où les gens habitent déjà. Rénover thermiquement le parc de logements, planter des arbres pour créer de l'ombre, désimperméabiliser les sols des cours d'école et des places pour rafraîchir les villes, restaurer les zones humides qui font tampon en cas de sécheresse comme d'inondation. Ces chantiers concernent des millions de logements et des milliers de communes, bien plus que les quelques territoires réputés « refuges ».

C'est aussi le sens de la sobriété foncière inscrite dans la loi, l'objectif dit « zéro artificialisation nette », qui vise à cesser d'étaler les villes sur des terres agricoles et naturelles dont on mesure aujourd'hui la valeur de régulation. Rendre un territoire habitable pour longtemps revient de plus en plus à le densifier intelligemment, à y garder de l'eau et du vivant, plutôt qu'à repousser la frontière du bâti vers des espaces qui rendaient le climat local supportable.

Une adaptation qui reste en retard

Cette bascule vers une pensée de l'habitabilité se heurte à un constat déjà ancien, celui d'une France qui n'anticipe pas assez. Dans son rapport de juillet 2026, le Haut Conseil pour le climat jugeait le pays « dimensionné pour un climat qui n'existe plus » et pointait l'écart croissant entre les besoins d'adaptation et les moyens engagés. Le diagnostic prolonge celui, dressé depuis les canicules de 2003, d'une adaptation toujours en retard d'une vague de chaleur.

Repenser l'habitabilité, ce n'est donc pas trier la France entre zones sacrifiées et zones sauvées, un partage que les géographes récusent. C'est admettre que chaque territoire devra composer avec ses propres seuils (sa chaleur, son eau, sa côte) et avec les liens qui y tiennent ses habitants. Le gouvernement dispose de six mois pour répondre aux 82 recommandations du Haut Conseil pour le climat ; le troisième plan national d'adaptation, publié début 2026, attend encore ses financements pluriannuels. ◆

Note méthodologique

Les seuils physiques cités proviennent de sources publiques : la trajectoire TRACC et les projections d'Explore2 (INRAE / Office international de l'eau) pour l'eau, le Cerema pour le recul du trait de côte, le Haut Conseil pour le climat pour le diagnostic d'adaptation. La carte régionale des jours de forte chaleur reprend les projections climatiques régionales de Météo-France (horizon 2100, référence 1976-2005) issues de la trajectoire TRACC ; elle retient un seul indicateur, les journées à plus de 35 °C, qui sous-estime la façade méditerranéenne côtière, où la surchauffe se lit surtout en nuits tropicales, et ne représente pas la tension sur l'eau, qui frappe pourtant les mêmes territoires du Sud. Les chiffres du littoral sont des estimations assorties, par leurs auteurs, de fortes incertitudes méthodologiques, et le scénario 2100 est un scénario d'inaction, non une prévision. Les données de mobilité résidentielle sont celles de l'Insee (Insee Première n° 2073, septembre 2025), qui mesurent des déménagements observés, non leurs motifs : elles ne permettent pas d'isoler la part strictement « climatique » des mouvements. L'article Le Monde à l'origine de ce sujet étant réservé aux abonnés, le propos s'appuie sur des sources publiques croisées et sur des prises de parole publiques des chercheurs cités.

Sécheresse : les argiles qui gonflent fissurent une maison sur deux

9 septembre 2026 · 8 min · canicule · logement · secheresse · climat page seule ↗

Des façades zébrées de lézardes, des portes qui coincent, un plafond qui se casse. Après un été caniculaire et un déficit de pluie installé depuis le printemps, les sols argileux se rétractent et déforment les maisons posées dessus. Le phénomène porte un nom, le retrait-gonflement des argiles, et une géographie. Il concerne un sol sur deux en France métropolitaine et environ 10,4 millions de maisons individuelles. Deuxième poste du régime des catastrophes naturelles, il a coûté 13,8 milliards d'euros entre 1989 et 2019, et la Caisse centrale de réassurance chiffre désormais le risque à près de 500 milliards d'euros sur un siècle.

Une maison qui se déchire par le bas

Le reportage de franceinfo décrit une scène devenue banale dans les zones argileuses après une sécheresse marquée. Un pavillon apparemment sain se met à travailler : une fissure part d'un angle de fenêtre, s'élargit en escalier le long des joints de parpaings, gagne un mur intérieur, puis le plafond. Le désordre n'est pas cosmétique. Quand la déformation atteint la structure porteuse, la remise en état passe par une reprise des fondations, dont le coût dépasse souvent 100 000 euros et approche parfois la valeur du bien.

L'année 2026 réunit les ingrédients d'une vague de sinistres. La France a traversé sa troisième vague de chaleur la plus longue depuis 1947 et la couche superficielle de ses sols n'a jamais été aussi sèche depuis le début des relevés. Le directeur général de la Caisse centrale de réassurance a prévenu que la sinistralité de 2026 pourrait égaler celle de 2022, l'année la plus coûteuse jamais enregistrée pour ce risque.

Pourquoi l'argile gonfle, puis se rétracte

Toutes les argiles ne bougent pas. Le désordre vient des argiles dites gonflantes, dont les smectites, formées de feuillets microscopiques entre lesquels les molécules d'eau viennent s'intercaler. Quand le sol est humide, l'eau écarte les feuillets et l'argile gonfle ; quand il s'assèche, l'eau repart, les feuillets se resserrent et le volume diminue. Un terrain argileux peut ainsi perdre plusieurs centimètres de hauteur entre un hiver saturé et un été de sécheresse, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Ce mouvement ne casse une maison que parce qu'il est inégal. Une maison individuelle repose le plus souvent sur des fondations superficielles, ancrées à moins d'un mètre, là où le sol subit précisément les variations d'humidité saisonnières. Or le sol ne sèche pas de façon homogène. Une façade exposée au sud se rétracte plus qu'une façade à l'ombre ; un arbre planté près du mur pompe l'eau et creuse un déficit local ; une canalisation qui fuit maintient une zone humide. La maison suit ces tassements différents d'un point à l'autre, se voile, et le matériau le plus rigide, la maçonnerie, se fissure. La répétition des cycles humidification-dessiccation, d'une année sur l'autre, fatigue l'ensemble et rouvre les fissures colmatées.

Un sol sur deux, plus d'une maison sur deux

L'exposition se cartographie. Le BRGM classe le territoire en trois niveaux d'aléa — faible, moyen, fort — selon la nature du sous-sol et sa teneur en argiles gonflantes. Les zones d'aléa moyen à fort couvrent désormais 55 % de la France métropolitaine, contre 48 % dans le zonage précédent, la cartographie ayant été actualisée en janvier 2026 et rendue opposable aux ventes de terrains et aux contrats de construction de maison individuelle depuis le 1er juillet 2026.

Diagramme de cent pictogrammes-maisons dont cinquante-quatre, en carmin et formant le socle de la grille, représentent la part des maisons individuelles françaises bâties sur un sol argileux en aléa moyen ou fort de retrait-gonflement des argiles, soit environ 10,4 millions de logements ; les quarante-six autres, peu ou pas exposées, sont en gris. Sources BRGM et Géorisques.

Rapportée au parc de logements, cette emprise place 10,4 millions de maisons individuelles en aléa moyen ou fort, soit 54 % d'entre elles. La contrainte est très inégalement répartie : dans le Gers et le Tarn, quatre maisons sur cinq sont concernées, quand d'autres départements, sur socle granitique ou calcaire, échappent presque entièrement au risque. Le Sud-Ouest, le pourtour du Bassin parisien, la vallée de la Garonne et une large part du Centre concentrent les terrains les plus sensibles, là où les argiles de surface sont les plus épaisses.

Carte choroplèthe des départements de France métropolitaine coloriés selon la part de leur territoire classée en aléa moyen ou fort de retrait-gonflement des argiles. Les teintes les plus soutenues couvrent le Sud-Ouest et la vallée de la Garonne — Gers, Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne —, le pourtour sud-ouest du Bassin parisien et une partie du pourtour méditerranéen et de la Lorraine ; la Bretagne, la Corse et les massifs alpins, sur socle cristallin ou calcaire, sont les moins exposés.

La sécheresse, moteur climatique de la facture

Le lien avec le climat passe par l'intensité et la répétition des sécheresses. Plus un été est chaud et sec, plus la couche argileuse perd d'eau et se rétracte profondément ; plus les épisodes se succèdent, moins le sol a le temps de se réhydrater entre deux. Sous une canicule, l'air plus chaud aspire davantage d'humidité, la quantité de vapeur qu'il peut contenir augmentant d'environ 7 % par degré. Cette demande évaporative accrue, autant que le seul manque de pluie, assèche les sols européens. Sur un arrière-plan réchauffé, les étés de type 2022 ou 2026 cessent d'être des accidents pour devenir la nouvelle référence.

La facture suit cette trajectoire. Le retrait-gonflement des argiles est indemnisé au titre du régime des catastrophes naturelles depuis 1989. Son coût moyen, de l'ordre de 445 millions d'euros par an sur 1982-2016, a dépassé le milliard annuel sur 2017-2020 ; la sécheresse de 2003 avait coûté 1,6 milliard, celle de 2022 entre 2,4 et 2,9 milliards. France Assureurs projette 43 milliards d'euros de sinistres sécheresse cumulés sur 2020-2050, soit un triplement par rapport aux trente années précédentes.

Diagramme à deux barres comparant le coût des sinistres sécheresse indemnisés par le régime des catastrophes naturelles : 13,8 milliards d'euros cumulés et observés sur 1989-2019, contre 43 milliards d'euros projetés par France Assureurs sur 2020-2050, soit environ un triplement ; sur un siècle, la Caisse centrale de réassurance chiffre le risque à 500 milliards d'euros.

Cette montée pèse sur un régime bâti pour des sinistres rares. La CCR estime que ses réserves pourraient ne plus suffire dès la fin des années 2030 sous l'effet de ce seul risque. La prévention avance lentement. Depuis 2020, la loi Élan de 2018 impose une étude géotechnique et des fondations adaptées pour toute construction neuve en zone d'aléa moyen ou fort, mais elle ne concerne pas les millions de maisons déjà bâties. La reconnaissance des sinistres reste, elle, un parcours étroit. Pour les sécheresses de 2019 et 2020, environ la moitié des communes qui l'ont demandée ont obtenu l'état de catastrophe naturelle, et parmi les communes reconnues, la moitié des dossiers de particuliers ont été écartés par les assureurs. Une réforme du régime, entrée en vigueur en 2024, visait à élargir cette prise en charge.


Note méthodologique. Période : situation arrêtée au 9 septembre 2026 (Europe/Paris). Exposition : cartographie de l'aléa retrait-gonflement des argiles du BRGM, diffusée via Géorisques — trois niveaux (faible, moyen, fort) ; zonage actualisé en janvier 2026, opposable aux ventes et aux contrats de construction de maison individuelle depuis le 1er juillet 2026 (55 % du territoire métropolitain en aléa moyen ou fort, contre 48 % dans le zonage précédent). Parc exposé (10,4 millions de maisons individuelles, soit 54,2 % du parc ; Gers et Tarn autour de 80 % des maisons) : rapport d'information du Sénat sur le régime CatNat (2023), d'après le BRGM. Coûts : le cumul sécheresse 1989-2019 (13,8 milliards d'euros), la moyenne annuelle 1982-2016 (445 M€), le seuil dépassé sur 2017-2020 (plus d'un milliard par an), les sécheresses de 2003 (1,6 milliard) et de 2022 (2,4 à 2,9 milliards, épisode le plus coûteux) proviennent du même rapport du Sénat et des données de la CCR et de France Assureurs. La projection de 43 milliards d'euros sur 2020-2050 (triplement) est une estimation de France Assureurs ; l'ordre de grandeur de 500 milliards d'euros sur un siècle et l'alerte sur l'épuisement des réserves à horizon fin 2030 sont attribués au directeur général de la CCR (repris par la presse spécialisée). L'étude CCR sur l'impact du changement climatique à horizon 2050 projette une hausse du coût de la sécheresse géotechnique de l'ordre de +80 % due au seul aléa, et de +40 % pour l'ensemble des périls. Mécanisme physique et rôle des argiles gonflantes : BRGM. Contexte 2026 (vague de chaleur, sécheresse des sols) : bilans Météo-France, voir aussi le bilan de la sécheresse de l'été 2026 et l'état des nappes. Réserves : le chiffrage à 500 milliards d'euros est un ordre de grandeur prospectif sur un siècle, sensible aux hypothèses de climat, d'inflation et de valeur assurée, et non un coût constaté ; les projections France Assureurs et CCR reposent sur des scénarios de réchauffement distincts et ne se recollent pas directement ; le zonage BRGM décrit une exposition potentielle, pas une probabilité de sinistre pour un bâtiment donné, qui dépend aussi de ses fondations, de sa végétation et de son entretien ; les décomptes de reconnaissance CatNat évoluent au fil des arrêtés interministériels. Carte départementale : part du territoire en aléa moyen ou fort d'après le jeu SDES « Exposition des maisons individuelles au retrait-gonflement des argiles » (data.gouv.fr, 2021), lui-même issu du zonage d'aléa RGA du BRGM ; donnée source à la maille intercommunale reventilée par département, les valeurs départementales sont donc indicatives ; contours france-geojson (ODbL, d'après IGN/OpenStreetMap). Générateurs et jeux de données des trois visuels sous design-system/charts/_generator/ et design-system/maps/_generator/ (slug secheresse-argile-fissures-maisons). ◆

Rubrique 7 articles

La politique de la chaleur

Le milliard d'euros du plan Genevard : première réponse à la sécheresse, en attendant la relance agricole

5 septembre 2026 · 5 min · agriculture · gouvernement · economie · secheresse page seule ↗

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a présenté le 4 septembre 2026 un plan de soutien de plus d'un milliard d'euros pour l'agriculture française, frappée par la sécheresse et les canicules d'un été exceptionnel dans les relevés. Baptisé CASI (Climat, adaptation, sécheresse, incendies), le dispositif veut d'abord éviter les faillites, en indemnisant les pertes et en soutenant la trésorerie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu en avait fait le « dossier numéro un » de la rentrée. Les syndicats agricoles, qui chiffrent les dégâts de la seule sécheresse à une dizaine de milliards d'euros, jugent l'enveloppe très en deçà des besoins et attendent un second volet sur l'adaptation du secteur au changement climatique.

Ce que contient le plan CASI

Le ministère répartit l'enveloppe en trois grands blocs. Le premier, le plus lourd, vise l'indemnisation des pertes pour environ 850 millions d'euros. L'indemnisation de solidarité nationale (ISN), le mécanisme qui compense les pertes de récolte au-delà d'un seuil quand l'assurance ne suffit pas, mobilise à elle seule 520 millions d'euros. Ses acomptes passent de 70 % à 80 % du montant estimé, avec de premiers versements annoncés pour octobre. Le régime des calamités agricoles, qui couvre les biens non assurables comme les vignes ou les vergers, reçoit 30 millions. S'y ajoute un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties, d'environ 300 millions d'euros, réservé aux exploitations les plus touchées ; à partir de 2027, son calcul reposera sur les huit années précédentes au lieu de cinq.

Le deuxième bloc, un « fonds de réarmement agricole » de 235 millions d'euros piloté par les préfets, doit financer l'achat de semences, de fourrages et d'intrants, ainsi que la réparation des dommages causés par les incendies de l'été. La prise en charge de cotisations sociales pour 20 millions complète ce volet destiné à relancer la production, aux côtés d'un renforcement du suivi social et psychologique des exploitants, dont plusieurs traversent une saison où le revenu s'effondre.

Le troisième bloc reconduit des aides déjà connues : le soutien au gazole non routier (GNR) est prolongé en septembre et octobre pour 106 millions d'euros, et l'aide à l'achat d'engrais azotés, elle-même née de la flambée des cours provoquée par la guerre au Moyen-Orient, voit sa fenêtre étendue jusqu'au 31 décembre 2026 pour environ 145 millions. Enfin, les avances de la politique agricole commune (PAC) versées cet automne montent de 70 % à 75 %, soit près de 420 millions d'euros injectés plus tôt dans la trésorerie des exploitations, sans en constituer une dépense nette. Genevard a promis un second plan « dans les prochaines semaines », consacré à la structure du secteur.

Un été qui a dépassé 2003 et 1976

Le plan répond à une saison que Météo-France classe au sommet de ses archives. Le pays a subi cinq vagues de chaleur en deux mois et, à la mi-août, la couche superficielle des sols n'avait jamais été aussi sèche depuis le début des mesures, en deçà même de 1976 pour les premiers centimètres. Selon le gouvernement, 65 % du territoire a connu une sécheresse sans équivalent connu et 95 départements ont été placés sous restriction d'eau.

Les dégâts se lisent dans les champs. La récolte de maïs grain, culture d'été la plus exposée, est attendue au plus bas depuis 1980, en recul d'environ 35 % sur un an. Les pertes de rendement atteignent 50 % et davantage sur plusieurs productions végétales, et le manque de fourrage frappe durement l'élevage, contraint d'acheter de quoi nourrir les bêtes. Le ministère estime que 30 000 à 35 000 exploitations sont fragilisées. La ministre avait aussi assuré, mi-août, que la sécheresse n'avait pas fait flamber les prix en rayon, un constat que les données publiques ne validaient qu'à moitié.

« Le compte n'y est pas », répondent les syndicats

Toutes les organisations agricoles ont accueilli le plan comme insuffisant. La FNSEA, premier syndicat du secteur, résume sa position d'une formule : « le compte n'y est pas. » Elle réclame au moins 2 milliards d'euros, quand ses associations spécialisées d'éleveurs évaluent à plus de 5 milliards le seul surcoût lié au déficit de fourrage. Les Jeunes Agriculteurs pointent la lenteur de la réponse, arrivée en toute fin d'été. La Confédération paysanne juge le dispositif mal ciblé et estime qu'il exclut la majorité des paysans ; elle plaide pour une aide directe de 5 000 euros par exploitation, soit une enveloppe de l'ordre de 2 milliards, afin qu'aucune ferme ne disparaisse.

Le reproche de fond porte moins sur le montant que sur la logique. Plusieurs responsables craignent des « accompagnements mal ciblés » qui, en indexant l'aide sur les volumes perdus, profiteraient d'abord aux grandes structures et pousseraient à la concentration des exploitations. Le débat se double d'une bataille de chiffres sur l'ampleur réelle des pertes, que les syndicats situent autour de 10 milliards d'euros, à comparer au milliard mis sur la table. En toile de fond, la question de l'assurance récolte revient : le dispositif d'ISN intervient en complément d'une couverture privée que peu d'exploitations souscrivent, faute de moyens ou par choix, ce qui laisse l'État en première ligne à chaque aléa climatique et alimente le débat sur la refonte du système.

L'adaptation renvoyée au prochain volet

Le plan solde surtout la facture de 2026. Il ne dit presque rien de la façon d'armer l'agriculture contre des étés appelés à se répéter, une critique que partagent syndicats et responsables agricoles. Le gouvernement renvoie ce chantier à des dispositifs déjà lancés, comme le plan Agriculture-Méditerranée, la rénovation des vergers, l'innovation variétale et un fonds hydraulique agricole, dont l'articulation avec le futur second plan reste à préciser. La gestion de l'eau, en particulier, promet une discussion tendue : le stockage et le partage de la ressource opposent depuis des années la profession, les pouvoirs publics et les défenseurs de l'environnement, sur fond de nappes que la sécheresse a fait descendre sous les normales dans deux tiers des points de suivi cet été. Ces orientations rejoignent celles du plan national d'adaptation au changement climatique, dont le bilan 2026 pointait déjà l'écart entre les annonces et les moyens engagés.

Le calendrier tranchera. Les premiers versements de l'ISN sont attendus en octobre, et Annie Genevard doit présenter dans les semaines qui viennent le volet consacré à la relance et à l'adaptation du secteur, sur lequel les syndicats chiffrent les besoins à plusieurs milliards d'euros. ◆

« Vous êtes les témoins de la fin d'un monde » : le silence politique français face à la chaleur, vu d'Allemagne

21 juillet 2026 · 6 min · canicule · politique · climat page seule ↗

Une forêt de légende qui brûle, des moissons bouclées trois semaines trop tôt, un bitume qui poisse jusqu'en Bretagne : l'été 2026 aura administré à la France la preuve physique du dérèglement climatique. Et pourtant, observe un chroniqueur allemand repris par Courrier International, les responsables politiques du pays sont restés étrangement muets. Comme si la chaleur, sujet trop vaste, ne se prêtait à aucun beau discours. Le regard extérieur met le doigt sur un malaise bien français : on gère la canicule comme un fait divers météorologique, jamais comme un projet politique.

Le titre de la chronique — « Bienvenue. Vous êtes les témoins de la fin d'un monde » — sonne comme une provocation. Il dit surtout une chose : depuis l'Allemagne, l'été français de 2026 se lit comme une bascule, un moment où le climat cesse d'être une abstraction pour devenir une expérience de tous les jours. Le paradoxe que pointe l'auteur, c'est que cette bascule ne s'est accompagnée d'aucun récit politique à sa mesure. Les Français « avancent dans l'été, le cerveau embrumé », pendant que la classe dirigeante détourne le regard.

Un été qui a tout dit

Les faits, eux, n'ont rien laissé dans le flou. Juin 2026 a été, selon Météo-France, le mois de juin le plus chaud jamais mesuré dans le pays. Le 25 juin, 72 départements ont basculé en vigilance rouge et 14 en orange, du jamais-vu depuis la création du dispositif canicule en 2004. Des villes qui n'avaient jamais franchi la barre des 40 °C l'ont fait, souvent pour la première fois de leur histoire : Strasbourg à 40,4 °C, Noirmoutier à 40,1 °C. La vague de fin juin a été plus intense qu'en août 2003, quoique plus courte.

Puis vinrent les feux. Sur les huit premiers jours de juillet, environ 7 800 hectares sont partis en fumée, contre un peu plus de 4 400 pour tout le mois de juillet 2025, rappelait le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Dans les Pyrénées-Orientales, un incendie a ravagé près de 5 000 hectares ; un jeune pompier a perdu la vie en Savoie ; un site classé Seveso a été menacé dans le Cher. Le gouvernement a réuni une cellule de crise interministérielle à Marseille, interdit l'accès à de nombreux massifs et vu s'annuler quantité de feux d'artifice du 14 juillet.

Brocéliande en flammes, un symbole qui ne trompe pas

La forêt « emblématique » évoquée par le chroniqueur allemand, c'est celle de Paimpont-Brocéliande, le bois des légendes arthuriennes, en plein cœur de la Bretagne réputée humide. Le 17 juillet, un incendie a brûlé une centaine d'hectares dans le secteur du Val sans retour, l'un des lieux les plus mythiques du massif ; quelques jours plus tôt, un feu mobilisait 140 pompiers près de Porcaro, comme le rapportait France 3 Bretagne. Cent quatre-vingt-dix communes bretonnes ont été classées en « risque incendie ». Quand la forêt de Merlin l'Enchanteur flambe et que le goudron ramollit sur les routes de l'Ouest, l'idée reçue d'une France du Nord épargnée s'effondre.

Aux champs, le verdict est tombé encore plus vite. « Des moissons quasiment finies au 14 juillet, ce n'est jamais arrivé », s'étonnait un céréalier auprès de franceinfo. La récolte de blé s'annonce en net repli, et surtout le maïs se dirige, selon la profession, vers sa pire campagne depuis 1991 : « À certains endroits, le maïs ne sera pas récolté, ce sera zéro », prévient la FNSEA. Fin juillet, la quasi-totalité des départements se trouvait sous restriction d'eau, dont une large part au niveau de crise. Le pays a donc reçu, en quelques semaines, toutes les preuves matérielles qu'un rapport du GIEC peine à faire ressentir.

Le « silence » ou la gestion de crise sans le climat

Alors pourquoi parler de silence, quand le gouvernement a réuni des cellules de crise, activé les plans canicule et communiqué chaque jour sur les vigilances ? Parce que le reproche du chroniqueur ne porte pas sur l'intendance, mais sur le récit. On a beaucoup entendu parler de gestes barrières contre la chaleur, de points d'eau et de fontaines, très peu d'un projet d'adaptation du pays au monde à +2 ou +3 °C. La canicule a été traitée comme une urgence sanitaire ponctuelle, à évacuer une fois la vague passée, plutôt que comme la nouvelle normale autour de laquelle repenser le logement, l'urbanisme, le travail ou l'agriculture.

Ce décalage a pourtant produit, cette fois, un moment franchement politique. Fin juin, le groupe Écologiste et social a déposé une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, l'accusant de « ne pas protéger les Français » face aux extrêmes. La députée Marie-Charlotte Garin est allée jusqu'à qualifier l'exécutif de « coupable » de la crise sanitaire de la fin juin, quand environ un millier de décès en excès étaient recensés à partir du 24. Le débat a d'ailleurs viré à la bataille de chiffres, les Écologistes avançant un bilan que Lecornu a jugé « scandaleux ». Le Premier ministre a défendu pied à pied le bilan climatique de la France, assurant que le rythme de baisse des émissions avait été multiplié par cinq depuis 2017. Le 6 juillet, en pleine canicule, la motion n'a recueilli que 132 voix, loin des 289 nécessaires : sauvée par les divisions de l'opposition, elle a surtout illustré l'incapacité du sujet à structurer une majorité.

Une intuition juste qui ne trouve pas ses porteurs

Le regard allemand rejoint ici un paradoxe déjà documenté : celui d'une intuition climatique largement partagée, mais qui ne se transforme pas en capital politique. Les écologistes ont beau avoir eu « raison avant les autres », ils ne récoltent pas les fruits de leurs alertes, comme si la lucidité sur le désastre condamnait à jouer les Cassandre. Pendant ce temps, l'État a envoyé des signaux contradictoires, allant jusqu'à débrancher l'agence qui aidait villes et habitants à adapter leurs logements à la chaleur — l'exact inverse du récit d'anticipation qu'appellerait la situation.

Le silence dénoncé depuis Berlin n'est donc pas une absence de mots, mais une absence de cadre. Depuis 2003, on répète les mêmes plans d'urgence sans jamais vraiment sortir de la gestion réactive : la longue chronique de cette inaction se compte désormais en morts, canicule après canicule. Ce que l'extérieur voit, et que l'habitude finit par nous cacher, c'est l'écart vertigineux entre l'ampleur du basculement — une forêt légendaire qui brûle, un grenier céréalier qui se dessèche — et la petitesse du logiciel politique convoqué pour y répondre. « Vous êtes les témoins de la fin d'un monde », écrit le chroniqueur. Le plus troublant, dans son constat, n'est pas la formule apocalyptique : c'est qu'on puisse la lire un matin de canicule, entre deux bulletins de vigilance, sans que rien, dans le débat public, ne s'en trouve durablement changé. ◆

Canicule : Lecornu dénonce le bilan « scandaleux » de 10 000 morts avancé par les Écologistes, qui déposent une motion de censure

2 juillet 2026 · 5 min · canicule · politique-francaise · motion-de-censure page seule ↗

La sortie de la canicule historique de juin 2026 s'est transformée en champ de bataille politique. Le 30 juin, à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a qualifié de « faux » et de « scandaleux » un bilan de 10 000 morts qu'il attribue aux Écologistes. Ces derniers rétorquent n'avoir jamais présenté ce chiffre comme établi, seulement redouté une telle hécatombe, et déposent une motion de censure pour dénoncer « l'impréparation » du gouvernement. Derrière l'affrontement, une question de fond demeure : combien de personnes la vague de chaleur a-t-elle réellement tuées, et l'État était-il prêt ?

Une empoignade sur un chiffre

L'échange a eu lieu lors des questions au gouvernement, le mardi 30 juin. Interpellé par la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée, Cyrielle Chatelain, sur « l'inaction » de l'exécutif, le premier ministre s'est emporté. « D'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts sur lequel vous et les vôtres êtes allés sur les plateaux de télévision depuis maintenant plus de trois jours, en établissant un bilan humain qui est faux ? C'est scandaleux, c'est indigne », a lancé Sébastien Lecornu, selon les propos rapportés par l'AFP.

Le chef du gouvernement conteste moins l'existence de morts que l'usage d'un nombre présenté, selon lui, comme un décompte définitif. « Il n'y a pas d'inaction, mais un besoin évident d'accélération », a-t-il ajouté face à Cyrielle Chatelain, refusant qu'on affirme que « rien n'existe », d'après le compte rendu de franceinfo.

Ce qu'ont réellement dit les Écologistes

Le camp écologiste dément avoir avancé un bilan de 10 000 morts. Il soutient avoir formulé une crainte, et non un constat. La députée Sandrine Rousseau avait ainsi averti que la canicule risquait de faire « 10 000 morts », tandis que le chef de file des sénateurs écologistes, Guillaume Gontard, appelait le gouvernement à « ne pas attendre 10 000 morts pour agir ».

La nuance est au cœur du différend : un pronostic d'alerte n'est pas un bilan officiel. Les Écologistes accusent Sébastien Lecornu de leur prêter une affirmation qu'ils n'ont pas prononcée pour mieux disqualifier leur critique, quand le premier ministre y voit une manipulation des chiffres à des fins politiques. Cette bataille de crédibilité, qui déborde le seul dossier caniculaire, interroge le positionnement du parti sur la question climatique.

Ce que disent les chiffres officiels

Face aux estimations et aux craintes, les seules données disponibles à ce stade sont celles de Santé publique France, et elles restent provisoires. Depuis le 24 juin, l'agence a recensé environ 1 000 décès supplémentaires par rapport à la mortalité attendue, avec des pics de plus de 1 200 morts (toutes causes) le 24 juin et plus de 1 400 les 25 et 26 juin, contre 900 à 1 000 en temps normal, rapporte franceinfo.

Ces données doivent être maniées avec précaution. Le système de surveillance ne capte qu'environ 60 % de la mortalité nationale, et seulement 25 % des décès à domicile — or ceux-ci ont bondi d'environ 40 % pendant l'épisode. Les personnes âgées représentent près de 85 % des décès enregistrés. Autrement dit, le chiffre réel sera nettement supérieur au décompte partiel actuel, et le bilan définitif ne sera pas connu avant la fin de l'année. Certains experts avancent que la surmortalité de l'été pourrait approcher 7 000 décès, loin des 10 000 évoqués mais très au-dessus des mille morts déjà comptabilisés. Le décompte officiel de Santé publique France reste donc, à ce jour, le seul référentiel étayé.

L'action gouvernementale défendue par Lecornu

Pour contrer l'accusation d'impréparation, le premier ministre met en avant la réponse de crise déployée. Une première cellule interministérielle de crise s'est réunie le 23 juin au ministère de l'Intérieur, associant Météo-France et les ministères de l'Éducation, de la Santé, de la Transition écologique et de l'Intérieur, autour de plusieurs scénarios d'anticipation. Le gouvernement a annoncé le déblocage immédiat de 100 millions d'euros pour les établissements de santé les plus exposés, la commande de 30 000 climatiseurs et la mobilisation exceptionnelle des facteurs de La Poste pour épauler les communes volontaires, selon info.gouv.fr.

Une seconde cellule de crise, convoquée le 29 juin alors que l'épisode s'achevait, a acté la préparation d'un « plan Orsec chaleurs extrêmes » pour structurer la réponse de la sécurité civile. Parmi les mesures conjoncturelles figure aussi la prolongation des soldes d'été, destinée à soutenir un commerce affecté par les fortes chaleurs. Sébastien Lecornu a résumé sa ligne en affirmant que « l'ensemble de la chaîne a tenu » et que l'État « tient face à chaque crise », tout en concédant un « besoin d'accélération ». L'opposition rétorque que la gestion des bâtiments scolaires, renvoyée à la responsabilité des communes, illustre au contraire les angles morts de la préparation.

Vers un vote de censure

Les Écologistes ont annoncé le dépôt d'une motion de censure dès le mardi 30 juin, pour dénoncer « l'impréparation » du gouvernement « tant sur la canicule que nous avons vécue, mais surtout sur la canicule qui vient », selon Cyrielle Chatelain, citée par Euronews. Le texte pointe des « morts évitables », des services publics saturés, des écoles fermées et des travailleurs exposés.

Seul, le groupe écologiste n'atteint pas les 58 signatures requises. La motion a donc été cosignée avec La France insoumise, dont le coordinateur Manuel Bompard a confirmé le 1er juillet que ses députés la voteraient. Son examen est prévu le lundi 6 juillet à 14 heures. Sébastien Lecornu a d'ores et déjà dénoncé les « alliances électorales » de la gauche et prédit que la commission d'enquête réclamée reviendrait « en boomerang » à ses initiateurs. Sans les voix du Rassemblement national et d'une partie de la droite, la motion a peu de chances de renverser le gouvernement, mais l'affrontement entre Sébastien Lecornu et Cyrielle Chatelain cristallise un procès plus large sur l'adaptation du pays au réchauffement.

Un débat qui dépasse l'arithmétique

Au-delà de la querelle de chiffres, la canicule de 2026 rouvre la comparaison avec la crise fondatrice de 2003 et ses quelque 15 000 morts. Vingt-trois ans plus tard, les plans canicule, la vigilance de Météo-France et la sensibilisation ont indéniablement réduit la létalité relative des vagues de chaleur. Mais la multiplication des épisodes extrêmes met à l'épreuve des infrastructures — hôpitaux, écoles, logements — conçues pour un autre climat. La polémique politique sur les « 10 000 morts » ne doit pas masquer cet enjeu de fond : celui d'une adaptation encore largement inachevée, dont le prochain bilan sanitaire, attendu en fin d'année, dira la portée réelle. ◆

Rubrique 22 articles

Le vivant encaisse

Plus de 1 400 cours d'eau en dégradation « exceptionnelle », alerte l'OFB

4 septembre 2026 · 7 min · canicule · secheresse · eau · biodiversite page seule ↗

À la campagne d'observation d'août 2026, qui fixe la situation au 1er septembre, 1 424 petits cours d'eau français ne coulent plus normalement : soit leur écoulement n'est plus visible, l'eau ne subsistant qu'en flaques déconnectées, soit leur lit est totalement à sec. C'est 44 % des quelque 3 230 stations que l'Office français de la biodiversité (OFB) surveille chaque été depuis 2012, et 30 de plus qu'au pic d'août 2022, l'année de référence de la sécheresse. L'établissement public qualifie le niveau de dégradation d'« exceptionnel ». La donnée est publique, mesurée à l'œil par ses agents sur le terrain, et elle décrit un phénomène appelé à se répéter avec le réchauffement.

Ce que voit le réseau ONDE

L'observatoire national des étiages, ONDE, ne mesure pas un débit. Ses agents se rendent chaque mois, de mai à septembre, sur environ 3 230 petites stations réparties dans tous les départements, et classent ce qu'ils voient selon un protocole national en trois modalités. Un écoulement visible signifie que l'eau circule en continu. Une rupture d'écoulement, dite « écoulement non visible », signale que l'eau ne s'écoule plus et ne subsiste qu'en flaques isolées. L'assec correspond à un lit sec sur plus de la moitié de la station, l'eau s'étant évaporée ou infiltrée.

Ces stations sont volontairement placées sur les têtes de bassin, les rus et les petits affluents de l'amont. Ce sont les premiers vaisseaux du réseau hydrographique à se vider, et donc les premiers témoins d'une sécheresse hydrologique. Là où l'étiage des grands fleuves régulés reste soutenu par des barrages, le petit chevelu de l'amont dépend directement de la pluie et de la nappe qui l'alimente.

Un été qui a dépassé 2022 plus tôt et plus haut

La saison 2026 s'est dégradée dès le début de l'été. Au fil des campagnes mensuelles, le nombre de cours d'eau en rupture ou en assec est passé de 821 en juin à 1 372 en juillet, puis 1 424 en août. Ce dernier relevé dépasse le record précédent, les 1 394 cours d'eau dégradés d'août 2022, et se situe très au-dessus des 1 135 d'août 2025.

Nombre de cours d'eau en rupture d'écoulement ou assec mesuré par le réseau ONDE, par campagne mensuelle de juin à septembre, pour 2022, 2025 et 2026. La courbe 2026 monte plus tôt et plus haut : 821 dès juin, 1 372 en juillet, 1 424 à la campagne d'août, soit 30 de plus que le pic d'août 2022 (1 394) et 289 de plus qu'en août 2025 (1 135). En 2022, la dégradation redescendait à 1 174 en septembre.

Cours d'eau en rupture d'écoulement ou assec, par campagne ONDE mensuelle. Réseau d'environ 3 230 stations. ⚡ZapNews.

Le calendrier importe autant que le total. En 2022, le maximum estival avait été atteint en août avant de refluer en septembre. En 2026, la barre de 2022 est franchie dès la campagne d'août, sans qu'un reflux soit encore acquis, ce qui laisse la saison se prolonger sur des réserves déjà épuisées.

Le record ne tient pas à la modalité intermédiaire. Sur les 3 229 stations d'août, la classe la plus sévère, l'assec pur, atteint 1 177 lits totalement à sec, davantage qu'au record de 2022 (1 100). Les ruptures d'écoulement, où l'eau stagne encore en flaques, restent un peu moins nombreuses qu'il y a quatre ans, 247 contre 294. Ce sont donc les cours d'eau entièrement asséchés qui font le bilan de 2026.

Répartition des stations du réseau ONDE par modalité à la campagne d'août 2022, 2025 et 2026 : écoulement visible, rupture d'écoulement et assec. En 2026, 1 805 stations gardent un écoulement visible, 247 sont en rupture et 1 177 en assec, contre respectivement 1 824, 294 et 1 100 en 2022. Le nombre de lits totalement à sec est le plus élevé de la comparaison.

Stations ONDE par modalité, campagne d'août, années 2022, 2025 et 2026. ⚡ZapNews.

Une géographie du manque

Aucune région n'est épargnée, mais la dégradation se concentre. Vingt et un départements comptent au moins 60 % de leurs stations en rupture ou en assec. Les plus touchés dessinent un axe qui court de la façade atlantique au nord-est : la Vendée et la Loire-Atlantique voient près de neuf stations sur dix privées d'écoulement, la Haute-Marne et la Creuse plus de huit sur dix, la Côte-d'Or, la Nièvre et les Deux-Sèvres environ trois sur quatre. Les Charentes et une large diagonale centrale suivent.

Carte de la France métropolitaine de la part des stations du réseau ONDE en rupture d'écoulement ou assec à la campagne d'août 2026, en quatre paliers de couleur. La dégradation la plus forte, 60 % de stations et plus, forme un axe de la Vendée et de la Loire-Atlantique au Grand Est (Haute-Marne, Ardennes, Marne, Côte-d'Or) en passant par le centre (Creuse, Nièvre) et le seuil du Poitou (Deux-Sèvres, Charentes). Les hauts massifs alpins et pyrénéens sont les moins touchés. Paris et la petite couronne, sans petit cours d'eau suivi, ne sont pas observés.

Part des stations ONDE en rupture d'écoulement ou assec, campagne d'août 2026. Valeur normalisée par département. ⚡ZapNews.

À l'inverse, les hauts massifs restent les mieux lotis. Dans les Alpes et les Pyrénées, l'eau de fonte et des précipitations plus abondantes maintiennent l'écoulement. Le contraste recoupe celui qui se lit déjà sous terre, où deux tiers des points de suivi des nappes affichaient un niveau inférieur aux normales au début de l'été, selon le Bureau de recherches géologiques et minières.

Pourquoi les petits cours d'eau s'éteignent

Le mécanisme relie trois horloges. Un petit cours d'eau d'amont vit d'abord de la pluie, puis, quand elle cesse, de la nappe qui affleure et le draine. Cette réserve souterraine se recharge surtout d'octobre à mars, lorsque les précipitations dépassent l'évapotranspiration et que l'excédent s'infiltre. D'avril à septembre, la végétation active et la chaleur consomment presque toute l'eau disponible, la recharge s'arrête et la nappe se vide. Quand elle descend sous le niveau du lit, elle cesse d'alimenter le ru, l'écoulement se fragmente en flaques, puis disparaît.

La chaleur de 2026 a accéléré la dernière étape. La quantité de vapeur d'eau que l'air peut contenir croît d'environ 7 % par degré, selon la relation de Clausius-Clapeyron, si bien qu'un air plus chaud assèche plus vite les sols, les plantes et les filets d'eau restants. Une nappe entrée dans l'été à un niveau déjà bas, faute de recharge hivernale suffisante, puis vidée par une évaporation intense, ne peut plus soutenir l'écoulement de surface. C'est cet enchaînement, plus que le seul déficit de pluie, que les hydrologues jugent déterminant.

L'étiage, la période de plus basses eaux, est un rendez-vous annuel normal ; l'assec généralisé de l'amont, lui, fragmente l'habitat aquatique. Poissons et invertébrés se retrouvent piégés dans des flaques qui se réchauffent et s'appauvrissent en oxygène, quand ils ne sont pas mis à nu ; la continuité écologique du cours d'eau se rompt, et sa reconquête après le retour de l'eau prend du temps.

La prochaine échéance est calendaire. Une nouvelle campagne ONDE sera menée fin septembre, et la recharge des nappes ne reprendra pas avant l'automne, à condition que les pluies reviennent. En 2022, le nombre de cours d'eau dégradés avait commencé à refluer dès septembre ; en 2026, il reste à vérifier si le point le plus haut a été atteint.


Note méthodologique. Période : campagnes d'observation d'ONDE de juin à septembre, années 2022, 2025 et 2026 ; le relevé le plus récent est la campagne usuelle d'août 2026, qui définit la « situation au 1er septembre 2026 ». Source des données : réseau ONDE de l'Office français de la biodiversité, déployé depuis 2012, environ 3 230 stations observées visuellement selon un protocole national en trois modalités (écoulement visible ; écoulement non visible, ou rupture d'écoulement ; assec). Les décomptes de cet article sont une agrégation, par ZapNews, des observations brutes diffusées par l'API Hub'Eau (réseau Onde OFB, campagnes usuelles), extraites le 4 septembre 2026. Un cours d'eau est compté « dégradé » quand sa station est classée en rupture d'écoulement ou en assec. Effectifs par campagne d'août : 3 229 stations observées en 2025 et 2026, 3 248 en 2022 (dont une trentaine non classées, exclues de la répartition par modalité). La carte porte une valeur normalisée, la part des stations dégradées de chaque département ; Paris et la petite couronne, dépourvus de petit cours d'eau suivi, ne sont pas observés. Le caractère « exceptionnel » et le rang de record depuis 2012 sont ceux relevés par l'OFB. État des nappes : BRGM. Réserve : les campagnes usuelles s'étalent sur une fenêtre de plusieurs jours autour de la fin du mois, et les campagnes complémentaires ponctuelles ne sont pas comptées ici. La source à l'origine de l'item, un article de Libération à accès payant, n'est pas citée ; l'ensemble des données provient de sources publiques. Générateurs et jeux de données des visuels sous design-system/. ◆

La chaleur de l'été 2026 a fait grimper les pannes de nos appareils électroniques

2 septembre 2026 · 2 min · canicule · tech · electronique · climat page seule ↗

Après la biodiversité, les corps et le moral, les vagues de chaleur de l'été 2026 ont ajouté une victime moins visible, l'électronique. Smartphones ralentis, batteries usées avant l'heure, box qui se coupent, serveurs en défaillance. Le point commun tient à une contrainte physique simple. Une puce ou une cellule chaude ne peut évacuer sa chaleur que si l'air autour d'elle est plus froid. Quand la température ambiante monte à 35 ou 40 °C, cet écart se réduit, la chaleur reste piégée et les protections internes prennent le relais.

Le smartphone se met en sécurité

Apple conçoit ses iPhone pour une température ambiante de 0 à 35 °C ; Samsung donne la même limite. Au-delà, l'appareil abaisse volontairement la fréquence de son processeur pour produire moins de chaleur. C'est le throttling : l'écran devient saccadé, la recharge s'interrompt, l'appareil affiche parfois un avertissement et se coupe. Ce ralentissement est réversible. La dégradation de la batterie, elle, ne l'est pas.

Les cellules lithium-ion travaillent au mieux entre 0 et 35 °C. Plus haut, les réactions chimiques internes s'emballent. La règle empirique retenue par les fabricants : la vitesse de vieillissement double environ à chaque hausse de 10 °C. Une étude de 2025 relayée par Futura mesure la couche protectrice (SEI) qui se forme sur l'électrode : 38 nanomètres à 25 °C, mais 308 nanomètres à 55 °C, soit huit fois plus. Cette couche piège du lithium définitivement, et autant de capacité perdue. Un tableau de bord de voiture au soleil dépasse 80 °C en une heure, le pire endroit pour un téléphone.

Les data centers, mêmes lois, autre échelle

Un serveur obéit à la même physique, en continu et par milliers. Les salles doivent rester dans une plage d'environ 18 à 27 °C. Quand l'air extérieur chauffe, la climatisation force, la consommation électrique grimpe, et les sites qui refroidissent par évaporation puisent davantage d'eau au moment où elle manque. Quand le système lâche, le service tombe. En juin 2026, le centre Equinix PA4 de Pantin a subi un incident de refroidissement après une perte d'alimentation en eau de son circuit adiabatique, rapporte Novethic ; un site de Rennes a suspendu ses opérations, jugeant impossible de tenir des conditions sûres. Le cloud, réputé immatériel, dépend de machines très matérielles. Les tensions sur l'eau et l'électricité que cela crée rejoignent l'empreinte déjà décrite pour les datacenters et leur PUE.

Quelques réflexes

Garder l'appareil à l'ombre, retirer une coque qui emprisonne la chaleur, éviter les usages lourds (jeu, GPS, vidéo) aux heures chaudes, préférer la recharge filaire à l'induction qui chauffe davantage, et ne jamais laisser un téléphone dans une voiture au soleil. Un appareil qui a chaud n'est pas cassé, il attend de refroidir. Le froid ralentit temporairement une batterie ; la chaleur, elle, l'abîme pour de bon. Ces épisodes se sont répétés tout l'été, avec dix-sept jours consécutifs pour la troisième vague, et rien n'annonce leur raréfaction. ◆

Incendies de l'été 2026 : des émissions de carbone d'une ampleur inédite

2 septembre 2026 · 8 min · canicule · incendies · climat · emissions-carbone page seule ↗

Depuis le 1ᵉʳ janvier, les feux de végétation ont rejeté plus de 1,5 million de tonnes de carbone dans l'atmosphère française, selon le service européen Copernicus. C'est davantage que n'importe quelle année complète depuis le début des mesures satellitaires, en 2003, alors que la saison des feux n'est pas close. Ce carbone rejoint l'atmosphère au moment où la forêt française, censée en réabsorber une partie, retire chaque année un tiers de moins qu'il y a dix ans.

Le chiffre vient du Copernicus Atmosphere Monitoring Service (CAMS), qui estime chaque jour, à partir de la puissance thermique des feux mesurée par satellite, la quantité de gaz et de particules libérée par la combustion de la végétation. Pour la France, l'année 2026 dépasse déjà toutes les années complètes enregistrées depuis l'ouverture de la série. Le précédent plafond datait de 2003, l'été des grands incendies méditerranéens et de la canicule, avec environ 1,3 million de tonnes de carbone sur l'année entière.

Un été de mégafeux

L'essentiel de ce carbone est parti en fumée en quelques semaines. Le pic quotidien d'émissions a été atteint le 24 juillet, deux jours après le départ du feu de Gironde, qui a parcouru près de 42 000 hectares au sud-ouest de Bordeaux. C'est le plus grand incendie qu'ait connu la France depuis la Seconde Guerre mondiale, et il a provoqué la plus vaste évacuation depuis cette période. Les Landes, la forêt de Fontainebleau, la Drôme, le Var et la Corse ont brûlé dans le même mouvement.

Au total, plus de 96 000 hectares ont été parcourus par le feu depuis janvier, contre environ 12 000 pour une année ordinaire à la même date. Le précédent record annuel, 66 300 hectares en 2022, était déjà dépassé début août. « Les vagues de chaleur sur la péninsule Ibérique et le sud-ouest de la France ont aggravé les incendies », résume Mark Parrington, chercheur au CAMS. La combustion d'une végétation desséchée par des mois de déficit de pluie relâche mécaniquement plus de carbone qu'un même feu sur un couvert humide.

Carte des principaux foyers d'incendie de l'été 2026 en France, en symboles proportionnels aux surfaces brûlées : la Gironde (environ 42 000 hectares) domine largement, devant l'Aude et les Corbières (environ 16 000 hectares en août), puis les Landes, la Drôme, le Var, la Corse et la forêt de Fontainebleau.

Une série qui bascule

Le mois de juillet à lui seul a émis 0,89 million de tonnes de carbone, le total mensuel le plus élevé de toute la série CAMS. L'ancien record de juillet, 0,64 million de tonnes, remontait à 2022. Cette année-là avait déjà signé le pire trimestre estival depuis 2003 pour la France, sans que son bilan annuel, 0,84 million de tonnes, n'atteigne le niveau de 2003.

Émissions de carbone des feux de végétation en France selon Copernicus : 1,3 Mt en 2003, 0,84 Mt en 2022 et plus de 1,5 Mt pour l'été 2026, dont 0,89 Mt pour le seul mois de juillet.

L'été 2026 a franchi ces deux repères. Fin juillet, 2003 et 2022 restaient encore au-dessus sur l'année pleine ; à la fin de l'été, le cumul 2026 les a effacés. La comparaison a ses limites, puisqu'elle oppose une saison en cours à des années révolues, mais elle situe l'ordre de grandeur, puisqu'un seul été a produit ce qu'aucune année entière n'avait produit depuis l'ouverture de la mesure.

Du bois qui brûle, du carbone qui part

Un arbre est, pour moitié de sa masse sèche, du carbone capté dans l'air par la photosynthèse et fixé dans le bois, les racines et la litière. Quand il brûle, ce carbone s'oxyde et repart sous forme de dioxyde de carbone (CO₂), avec du monoxyde de carbone, du méthane et des particules fines. Une tonne de carbone correspond à environ 3,7 tonnes de CO₂ : les 1,5 million de tonnes de carbone de l'été 2026 représentent ainsi environ 5,5 millions de tonnes de CO₂.

Ces émissions sont dites brutes. Sur le temps long, une forêt qui repousse réabsorbe une partie de ce qu'un feu a libéré, si bien que le bilan net d'un massif s'étale sur des décennies. C'est pourquoi les feux ne se lisent pas comme une cheminée d'usine, dont chaque tonne s'ajoute définitivement au compteur national. Ils pèsent d'abord sur la qualité de l'air (les pics de particules fines ont dépassé 300 microgrammes par mètre cube à Bordeaux le 26 juillet) et sur un pari : que la végétation détruite se reconstitue, et que le puits de carbone forestier tienne. Ce sont ces deux hypothèses que le climat est en train de fragiliser.

L'éponge qui se resserre

La forêt française reste un puits de carbone : elle absorbe plus de CO₂ qu'elle n'en émet. Mais ce puits s'affaiblit. D'après l'Observatoire des forêts de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), la forêt retirait en moyenne 63 millions de tonnes de CO₂ par an entre 2005 et 2013, contre 39 sur 2015-2023, soit une baisse de 38 %.

Puits de carbone forestier français : la forêt absorbait en moyenne 63 millions de tonnes de CO2 par an sur 2005-2013, contre 39 sur 2015-2023, une baisse de 38 % due à la mortalité des arbres, en hausse de 125 % en dix ans.

La cause tient à la santé des arbres. La mortalité a bondi de 125 % en dix ans, le volume de bois mort sur pied a doublé pour atteindre 159 millions de mètres cubes, et la croissance des arbres survivants ralentit. Les sécheresses répétées depuis 2015 et les attaques de scolytes frappent en premier l'épicéa commun (2,4 millions de mètres cubes de mortalité par an), devant le châtaignier et le frêne. Le Citepa, qui compile l'inventaire national, estime le puits de l'ensemble du secteur des terres à environ 35 millions de tonnes de CO₂ par an en moyenne sur 2017-2024, loin des trajectoires espérées. La Stratégie nationale bas-carbone a d'ailleurs fortement revu à la baisse ce qu'elle attendait de ce puits pour 2024-2028.

Le rapprochement des deux courbes dessine un ciseau. La France émet environ 366 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an, et le Haut Conseil pour le climat lui demande d'accélérer la baisse de ses émissions. Or chaque tonne que le sol et la forêt n'absorbent plus doit être retranchée ailleurs, dans les transports, le bâtiment ou l'industrie, pour tenir les budgets carbone. Les feux de 2026 ajoutent une pression ponctuelle à cette érosion de fond, en détruisant d'un coup des surfaces qui mettront des décennies à réabsorber leur propre carbone (voir aussi notre article sur le feu de Fontainebleau et sur la recherche face aux incendies).

À court terme, la France doit remettre à Bruxelles une trajectoire actualisée de son puits de terres, un secteur pour lequel elle est en retard sur ses objectifs européens depuis 2021. Le rôle exact à donner à la forêt dans la comptabilité climatique nationale, discuté depuis des années, n'est toujours pas tranché (voir notre entretien avec Jean-Marc Jancovici sur le climat et l'énergie). ◆

Note méthodologique
  • Émissions des feux. Estimations du Copernicus Atmosphere Monitoring Service (CAMS), issues du Global Fire Assimilation System (GFAS), qui convertit la puissance radiative des feux observée par les satellites MODIS et VIIRS en flux d'émissions. Série disponible depuis le 1ᵉʳ janvier 2003. Valeurs France : plus de 1,5 million de tonnes de carbone pour le cumul 2026 au 1ᵉʳ septembre ; 0,89 Mt pour le seul mois de juillet 2026 (ancien record mensuel 0,64 Mt en 2022) ; 0,84 Mt pour l'année 2022 ; environ 1,3 Mt pour l'année 2003. Portail : Copernicus Atmosphere Monitoring Service. Les valeurs 2026 sont des cumuls d'une saison non terminée et comparées à des années révolues : la lecture porte sur la comparaison des niveaux, pas sur une égalité de périmètre.
  • Unités. CAMS raconte les feux en tonnes de carbone ; la conversion en CO₂ applique le facteur 44/12 ≈ 3,67. Un autre jeu, l'European Forest Fire Information System (EFFIS), publie des émissions exprimées en tonnes de CO₂ selon une méthode distincte (surfaces brûlées × charges de combustible) et donne des chiffres qui ne se recollent pas directement à ceux du CAMS. Les deux systèmes s'accordent sur le caractère record de 2026.
  • Réserves. Ces estimations reposent sur un modèle satellitaire : les feux masqués par les nuages ou de trop faible intensité sont sous-échantillonnés, et une étude parue dans Biogeosciences en 2025 suggère que les émissions réelles pourraient être nettement supérieures aux totaux publiés. Le chiffre du CAMS est donc à lire comme un plancher.
  • Puits de carbone forestier. IGN, Observatoire des forêts françaises (2ᵉ édition, 2024) pour l'absorption nette (63 puis 39 Mt CO₂/an), la mortalité (+125 % en dix ans), le bois mort sur pied (159 Mm³) et la mortalité par essence. Citepa, inventaire Secten (secteur UTCATF), pour le puits du secteur des terres (~35 Mt CO₂/an en moyenne 2017-2024) et les émissions nationales (~366 Mt CO₂ éq.).
  • Carte des foyers. Symboles proportionnels aux surfaces brûlées (aire ∝ hectares), foyers de l'été 2026 d'après l'European Forest Fire Information System (EFFIS) et les bilans de préfectures ; contours France © france-geojson (licence libre). Les surfaces par foyer sont des bilans provisoires, ordres de grandeur ancrés sur les chiffres cités plus haut (Gironde ~42 000 ha, saison >96 000 ha) ; les dix foyers cartographiés totalisent environ 88 000 des plus de 96 000 hectares parcourus.
Rubrique 4 articles

Le reste du fil

Fruits et légumes : la ministre a raison sur l'indice global, tort sur les légumes d'été

21 août 2026 · 2 min · canicule · agriculture · prix · secheresse page seule ↗

Interrogée le 18 août sur franceinfo après cinq vagues de chaleur en deux mois, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a assuré ne pas observer « d'augmentation massive généralisée » des prix des fruits et légumes, et vanté une grande distribution prête à « jouer le jeu » sur les calibres. Les données publiques valident la première moitié de la phrase et contredisent la seconde.

L'indice moyen reste plat

Sur un an, les prix alimentaires n'ont progressé que de 0,9 % en juillet, au même rythme qu'en juin, et sont restés quasi stables sur un mois, selon l'estimation de l'Insee. Aucune flambée d'ensemble, donc : au niveau agrégé, la ministre dit vrai.

Le calme n'est qu'apparent. À l'intérieur de ce chiffre, les produits frais accélèrent nettement, à +3,8 % sur un an après +2,7 % en juin, quand le reste de l'alimentation reste à +0,6 % (synthèse Insee de juillet). La moyenne écrase des écarts que le consommateur, lui, voit sur l'étal.

Les légumes d'été décrochent

Le détail par produit raconte une autre histoire. Dès juin, l'Insee relevait +13 % sur un an pour les tomates, courgettes et aubergines. L'observatoire de Familles rurales pousse plus loin pour juillet, avec des courgettes à +32 %, des tomates à +31 % et des haricots verts à +24 % sur un an.

La distinction fruits/légumes est nette. D'après le suivi de FranceAgriMer, les légumes conventionnels ont gagné environ 10 % en un an, quand les fruits sont restés stables (-0,2 %). Le déficit hydrique frappe d'abord le maraîchage : côté rendements, le groupement Prince de Bretagne chiffre les pertes à -25 % sur les courgettes, -35 % sur les salades et jusqu'à -60 % sur les brocolis. Moins de volumes, des calibres réduits, et une pression à la hausse mécanique sur les prix payés.

C'est ce point que la ministre passe sous silence quand elle parle de la seule moyenne. Les deux principales enseignes ont bien révisé leurs cahiers des charges — tolérance sur la taille et l'aspect, revalorisation des prix d'achat, délais de paiement ramenés de 30 à 15 jours (Boursorama). Mais ces mesures visent à écouler des récoltes abîmées, pas à effacer la hausse déjà enregistrée sur les légumes de saison.

Verdict : en partie vrai. Pas de flambée généralisée, l'indice le confirme, mais des tensions marquées sur les légumes d'été que la formule de la ministre gomme. L'ampleur des pertes agricoles se lit aussi dans les récoltes 2026 et l'état des nappes ; sur le front des prix, la trajectoire de l'inflation alimentaire reste à surveiller. Genevard réunit les préfets le 27 août pour arrêter le montant des aides. ◆

Le grand jeu de l'été en feu : cinq jeux pour tester le cahier canicule & incendies

2 août 2026 · 3 min · jeux · incendies · canicule · ete-2026 page seule ↗

Une semaine, un pays qui brûle : 220 000 évacués en Gironde, un record national de surfaces parcourues battu avant la fin de l'été, un mot japonais tout neuf pour les jours à 40 °C. Cette page transforme le cahier de la semaine en terrain de jeu — un quiz, une carte muette, la chronologie minute par minute du mégafeu, une courbe à tracer et une grille de mots croisés. Toutes les réponses sont extraites des articles de la semaine ; chaque explication y renvoie. Comptez dix minutes, un doigt suffit.

1. Le quiz de la semaine

Six questions, six articles différents. La bonne réponse s'affiche dès que vous touchez la vôtre, avec l'explication.

Jeu · Quiz

Six questions sur l'été en feu

Du mégafeu de Gironde au mot japonais pour les jours à 40 °C — tout est dans les articles de la semaine.

  1. Le mégafeu de Gironde (42 000 hectares) est qualifié de crise la plus grave depuis quel événement ?

  2. Le mot japonais kokushobi (酷暑日), officialisé en 2026, désigne un jour où le thermomètre dépasse…

  3. Une étude de 2025 (Nature Communications) compare, dans neuf pays tempérés sur dix, le risque de feu des plantations forestières (comme les Landes) à celui des forêts naturelles. Résultat ?

  4. Avec 220 000 évacués, le mégafeu de Gironde dépasse la plus grande évacuation précédente pour un feu de forêt en France (Gironde, 2022, environ 40 000 personnes) d'un facteur…

  5. Le feu de Brignoles, dans le Var, maîtrisé fin juillet grâce à un dispositif aérien massif, a nécessité l'évacuation d'environ…

  6. Au 25 juillet, le total des surfaces brûlées en France en 2026 dépassait déjà la moyenne annuelle 2006-2024 (environ 10 000 hectares) d'un facteur…

2. Les foyers sur la carte

La carte est muette, les pastilles sont identiques : à vous de replacer les quatre foyers de l'été, du Sud-Ouest au Nord. Le nom n'apparaît que lorsque vous avez trouvé.

Jeu · Carte à cliquer

Replacez les foyers de l'été

Touchez la pastille qui correspond au foyer demandé.

Où est…  ? Touchez la carte.

? Gironde – Landes ? Pontevès (Var) ? Fontainebleau ? Loire-Atlantique
  1. Le mégafeu de Gironde et des Landes, 42 000 hectares
  2. Pontevès, dans le Var, 2 550 hectares
  3. La forêt de Fontainebleau, plusieurs reprises de feu
  4. Trignac, près de Saint-Nazaire — le feu remonte jusqu'en Loire-Atlantique

3. Le mégafeu de Gironde, jour par jour

Le reportage à Eysines racontait l'emballement, du départ de feu à Saumos jusqu'à l'accalmie. Saurez-vous reconstituer la séquence ? Touchez les événements dans l'ordre ; les dates n'apparaissent qu'à la fin.

Jeu · Chronologie

Remettez le mégafeu dans l'ordre

Du premier départ de feu à l'accalmie fragile. Touchez à nouveau un élément pour le retirer de votre séquence.

Dans quel ordre ces six événements se sont-ils enchaînés ?

4. La courbe à tracer : les hectares brûlés, année par année

Le décompte des surfaces brûlées en 2026 donnait l'historique EFFIS 2021-2026. On vous donne les deux premières années — tracez la suite au doigt. Le résultat n'est pas celui qu'on croirait.

Jeu · Complétez la courbe

Combien d'hectares brûlés, chaque année ?

Glissez votre doigt (ou la souris) sur le graphique pour poser votre courbe, puis validez.

Faites glisser votre doigt sur le graphique pour tracer la suite de la courbe, puis validez.

0 ha20000 ha40000 ha60000 ha80000 ha202120222023202420252026

5. La grille de l'été en feu

Pour finir, huit mots sur le thème de la semaine. Touchez une case (deux fois pour changer de sens, horizontal ↔ vertical), tapez avec le clavier à l'écran, vérifiez quand la grille est pleine.

Jeu · Mots croisés

Huit mots de l'été en feu

Toutes les réponses sont dans les articles de la semaine.

Horizontal

Vertical


Fin de partie. Si une réponse vous a échappé, chaque jeu pointe vers l'article d'origine — et le reportage à Eysines comme le décompte des surfaces brûlées racontent la suite. ◆

Note méthodologique

Principe. Chaque question, chaque item de chronologie, chaque point de courbe et chaque définition de grille est extrait d'un article de la semaine — jamais généré de mémoire. Les explications citent l'article source et y renvoient. Chronologie du mégafeu (1 400 ha le 22 juillet, 4 800 ha le 23, 19 000 ha et 110 000 évacués le 24, 32 000 ha et 175 maisons au Porge le 25, 42 000 ha et 220 000 évacués le 26, quatorze reprises de feu le 28) et vocabulaire (Rocade, Gironde) : reportage à Eysines. Facteur d'évacuation inédit et « canicule » : exode climatique. Historique des surfaces brûlées 2021-2026 (EFFIS) et sigle EFFIS : décompte des hectares brûlés. Étude sur le risque de feu des plantations et « Landes » : reportage sur la forêt des Landes de Gascogne. Bilan du Var (Brignoles) : point de situation Gironde/Fontainebleau/Var. Foyer de Pontevès : reportage sur l'incendie du Var. Seuil kokushobi : le néologisme japonais.

Traitements. La carte muette réutilise la silhouette de France (projection Lambert, contours © france-geojson) et les coordonnées déjà projetées de la carte des foyers de l'exode climatique, sans nouvelle géocodification. Sur la courbe, le point 2026 est un cumul provisoire au 25 juillet, sur une saison encore ouverte — le graphique le traite tel quel, comme l'article source. La grille de mots croisés est validée par le code au build (lettres des intersections, taille maximale, aucun « mot fantôme » né de deux mots dont les lettres se touchent, et connexité — chaque mot doit en croiser un autre) : une grille incohérente ne serait tout simplement pas publiée.

Eysines, ville morte : reportage dans une commune girondine évacuée par le mégafeu

29 juillet 2026 · 11 min · gironde · incendie · canicule · evacuation page seule ↗

Volets clos, cafés aux rideaux baissés, rues vides sous une lumière ocre : à Eysines, commune de 25 000 habitants accrochée à la rocade ouest de Bordeaux, la partie évacuée dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 juillet 2026 a pris des allures de ville fantôme. « C'est la première fois que je vois la ville morte comme ça », confie un riverain à Libération. Le mégafeu parti de Saumos, qui a déjà dévoré des dizaines de milliers d'hectares de pinède, s'est approché assez près pour que la préfecture ordonne, par précaution, de vider tout l'ouest de la rocade. Reportage dans une agglomération de plus de 800 000 habitants rattrapée par un incendie de forêt.

Une ville coupée en deux par la rocade

À Eysines, l'évacuation n'a pas concerné toute la commune, mais tout ce qui se trouve à l'ouest de la rocade — cette ceinture autoroutière qui enserre Bordeaux et qui, cette semaine-là, a servi de ligne de partage entre la ville normale et la ville en sursis. Côté est, la vie continuait cahin-caha ; côté ouest, en lisière des maraîchages et des pinèdes qui font la réputation de la « ceinture verte » bordelaise, les quartiers se sont vidés en quelques heures.

L'ordre est tombé dans la nuit, relayé par le dispositif d'alerte FR-Alert qui a fait vibrer les téléphones. La préfecture de la Gironde a demandé aux habitants d'Eysines, mais aussi de Mérignac et du Haillan situés hors rocade, de quitter immédiatement leur domicile. Au total, selon le décompte repris par l'encyclopédie collaborative Wikipédia à partir des communiqués officiels, la seule commune d'Eysines comptait quelque 24 800 personnes concernées, Mérignac autour de 78 000. Des chiffres qui donnent la mesure d'un basculement : le feu de forêt, longtemps affaire de villages landais isolés, venait de frapper aux portes de la sixième agglomération de France.

Ce que décrivent les habitants de retour sur place, c'est un décor familier rendu méconnaissable par le silence. Pas de klaxons, pas d'enfants dans les squares, pas de terrasses. Seuls circulaient encore, de loin en loin, les fourgons rouges des pompiers et l'odeur âcre de la fumée, portée par un vent qui refusait de tourner. La lumière elle-même avait changé : filtrée par le panache, elle nappait les façades d'un jaune sale, cette teinte que l'on n'oublie plus une fois qu'on l'a vue au-dessus d'un incendie majeur.

Image satellite en vraies couleurs de la côte girondine à l'ouest de Bordeaux : un immense panache de fumée grise s'étire au-dessus des pinèdes, ponctué de points rouges signalant les foyers actifs détectés dans l'infrarouge.

Un feu parti de Saumos, remonté vers l'agglomération

Pour comprendre comment Eysines a pu être menacée, il faut remonter le fil du sinistre. Tout commence le 22 juillet 2026, en début d'après-midi, sur la commune de Saumos, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux. L'origine, selon les éléments rapportés par la presse régionale et repris par Wikipédia, serait accidentelle — un départ lié à une opération de débroussaillage menée en pleines conditions défavorables. En fin de journée, le feu a déjà parcouru 1 400 hectares.

La suite tient d'un emballement. Le 23 juillet, l'incendie ravage 4 800 hectares et atteint le secteur de Lège-Cap-Ferret. Le 24, il franchit les 19 000 hectares côté Gironde, avec 110 000 personnes déjà évacuées. Le 25, la barre des 32 000 hectares est dépassée et, au Porge, 175 maisons partent en fumée. Le 26 juillet, le bilan officiel atteint 42 000 hectares et un cumul de 220 000 évacués, quand les évacuations préventives se sont multipliées vers Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios, Cestas, Mérignac et, donc, Eysines. C'est ce chiffre de 42 000 hectares et 220 000 personnes déplacées que nous avons détaillé dans notre suivi du mégafeu girondin.

Ce qui a poussé le feu si loin, si vite, c'est d'abord le combustible. Le massif des Landes de Gascogne est la plus vaste forêt cultivée d'Europe, une mer quasi ininterrompue de pins maritimes plantés en rangs serrés. Ce modèle sylvicole productiviste, taillé pour le rendement du bois, se comporte en cas de sécheresse comme un gigantesque tapis de résine : nous avons raconté ailleurs pourquoi des spécialistes le décrivent désormais comme « une bombe à retardement ». Là où la forêt s'étire jusqu'aux lotissements de la périphérie bordelaise, la ligne de front peut donc courir jusqu'aux jardins des pavillons.

Image satellite en fausses couleurs de la même zone : la végétation apparaît rouge vif et les surfaces déjà brûlées forment de larges taches brun foncé au cœur de la forêt.

« Tant que le feu n'est pas fixé, il n'y aura pas de réintégration »

Le deuxième moteur du désastre, c'est le ciel. L'été 2026 est celui des vagues de chaleur à répétition, et le Sud-Ouest a été en première ligne. La sécheresse des sols et l'air surchauffé transforment le moindre départ de feu en brasier : une étude d'attribution du réseau World Weather Attribution, publiée fin juillet, souligne d'ailleurs que la chaleur, davantage que le manque de pluie, est devenue le facteur déterminant de la sécheresse européenne. Le vent, enfin, a fait le reste, rabattant les fumées vers l'agglomération et rendant l'atmosphère irrespirable jusque dans des quartiers pourtant éloignés du front.

Face à un tel foyer, les autorités ont choisi la prudence maximale — quitte à maintenir des dizaines de milliers de personnes hors de chez elles plusieurs jours durant. Interrogé le 26 juillet dans La Tribune dimanche, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a prévenu que l'incendie « sera long à combattre » et posé une règle sans ambiguïté : « Tant que le feu n'est pas fixé, il n'y aura pas de réintégration. » Sa justification tient à la nature même du terrain : « On évolue dans des milieux avec énormément de végétation au sol, un incendie fixé peut repartir à tout moment. »

Cette hantise de la reprise s'est vérifiée. Selon le point de situation rapporté par l'AFP et par France 24, le mardi 28 juillet, les secours ont dénombré quatorze reprises de feu — un nombre jugé « très important » — dans des zones déjà parcourues par les flammes. Le mégafeu était alors qualifié de « stabilisé », mais toujours pas « fixé » : deux mots qui, dans le vocabulaire des pompiers, séparent l'accalmie de la victoire.

Une bataille menée par des milliers d'hommes

Contenir un tel incendie a mobilisé des moyens dignes d'une opération militaire. Au plus fort de la lutte, autour du 27 juillet, quelque 2 500 sapeurs-pompiers, épaulés par environ 1 500 militaires et par une flotte de 18 moyens aériens, étaient engagés sur la seule zone girondine. Les bombardiers d'eau ont enchaîné les rotations, alors même que la France ne disposait que d'une partie de sa flotte de Canadair opérationnelle et devait compter sur des renforts européens.

Le prix humain a été lourd pour les secours. Les bilans les plus récents, relayés par Wikipédia à partir des sources officielles, font état de 88 sapeurs-pompiers blessés — 84 en Gironde, plusieurs dans les Landes voisines, où un second front s'est ouvert du côté de Biscarrosse. Plus de 240 bâtiments ont été détruits sur l'ensemble de la zone. Fait remarquable au regard de l'ampleur du sinistre : aucune victime civile n'était à déplorer, grâce, précisément, à ces évacuations massives et anticipées.

Sur le terrain, les responsables du service départemental d'incendie et de secours (SDIS 33) ont longtemps refusé le mot de « maîtrise ». Même après cinq jours de lutte et l'annonce d'une accalmie, ils constataient moins de foyers actifs sans se dire pour autant « maîtres du feu » — une prudence de sémantique qui en disait long sur l'épuisement des équipes et sur la capacité d'un tel massif à couver sous la cendre. Cette lutte a d'ailleurs ravivé le souvenir de 2022, quand la Gironde avait déjà connu des incendies hors norme autour de La Teste-de-Buch et de Landiras. Quatre ans plus tard, l'échelle a changé de dimension : le feu ne menace plus seulement des campings et des villages, il vient frôler la deuxième couronne d'une métropole.

Emmanuel Macron a réuni une cellule interministérielle de crise le lundi 27 juillet, qualifiant la situation de la plus difficile depuis l'après-guerre. La référence n'est pas fortuite : elle renvoie au terrible incendie de 1949, resté le plus meurtrier de l'histoire des feux de forêt français, que nous avons raconté dans notre histoire longue des grands incendies hexagonaux. Au-delà du seul foyer girondin, le ministre de l'Intérieur a livré un bilan national alarmant : environ 115 000 hectares parcourus par les flammes depuis janvier, un chiffre qui pulvérise les moyennes et que nous suivons dans notre décompte des surfaces brûlées en 2026.

Carte des zones brûlées en Gironde au 29 juillet 2026 produite par le système européen EFFIS : le périmètre incendié forme une vaste tache s'étendant des portes de Bordeaux vers le littoral atlantique.

Le retour, sur le fil du rasoir

Après quatre jours d'attente, le soulagement est venu par étapes. Le mardi 28 juillet au soir, la préfète de la Gironde a autorisé quelque 60 000 habitants du Haillan, de Mérignac hors rocade et d'Eysines hors rocade — évacués dans la nuit du 24 au 25 juillet — à regagner leur logement, comme l'a rapporté la radio publique locale ICI (ex-France Bleu Gironde). Sur le papier, la ville morte devait se rallumer.

Dans les faits, le retour s'est fait au compte-gouttes, comme si personne n'osait tout à fait croire à la fin de l'alerte. Reportage à l'appui, franceinfo a recueilli au Haillan la parole d'habitants suspendus au moindre panache. Thomas, croisé en tenue de jogging, résume l'état d'esprit : « On est venus voir si ça sentait, si on voyait les fumées. On a laissé les sacs faits, on n'a rien déballé parce qu'on sait que, s'il y a une nouvelle évacuation, on est prêts à partir. » Un peu plus loin, Isabelle, qui promène son chien, dit tout haut le malaise que beaucoup ressentent : « Je suis restée là, je ne voulais pas partir dans le bazar, la panique, et pour rien. Et puis là, on revient alors que les conditions sont toujours les mêmes. » Elle ajoute, presque incrédule : « Au moment où il y a eu l'annonce, le nuage est revenu alors que ça faisait deux jours qu'il n'y avait plus de fumée. »

À Eysines aussi, certains n'avaient pas attendu le feu vert officiel. Dès les premiers jours, quelques habitants avaient bravé les interdictions préfectorales pour venir vérifier l'état de leur maison, arroser un jardin, récupérer un animal ou des papiers oubliés dans la précipitation du départ nocturne. Un geste compréhensible, mais que les autorités jugeaient dangereux tant que les reprises de feu et les allées et venues des secours rendaient les zones instables. La municipalité, de son côté, a multiplié les points d'information pour tenter de canaliser l'angoisse et l'impatience de résidents ballottés entre l'ordre de partir et l'incertitude du retour.

Une agglomération face à sa nouvelle géographie du risque

Ce qui frappe, dans l'épisode eysinais, c'est moins le nombre d'hectares — considérable — que le franchissement d'une frontière symbolique. Jusqu'ici, le grand public associait les mégafeux girondins aux stations balnéaires et aux forêts du bassin d'Arcachon, comme lors des incendies de 2022. En 2026, la menace a remonté les pinèdes jusqu'à lécher la rocade d'une métropole de plus de 800 000 habitants. Évacuer une partie de l'agglomération bordelaise pour cause de feu de forêt n'a plus rien d'un scénario théorique : c'est devenu une opération réelle, exécutée en une nuit.

Cet été-là restera d'ailleurs celui d'un déplacement de population inédit à cette échelle. Les 220 000 personnes chassées de la vingtaine de communes girondines s'inscrivent dans ce que nous avons décrit comme un exode climatique premier du genre en France, où le feu, et non plus seulement l'eau ou la tempête, devient un motif d'évacuation de masse. La ceinture verte d'Eysines, ses maraîchages et ses pins, longtemps vus comme un atout de qualité de vie, apparaissent soudain comme une interface inflammable entre la ville et la forêt — ce que les spécialistes nomment l'interface habitat-forêt, terrain de prédilection des catastrophes à venir.

Reste, une fois la fumée dissipée, une question qui déborde largement Eysines : comment habiter durablement en lisière d'un massif devenu, sous l'effet de la chaleur et de la sécheresse, structurellement inflammable ? La commune girondine, momentanément rendue à sa vie ordinaire, offre un avant-goût de ce que pourraient devenir bien des périphéries urbaines françaises — des villes qui, le temps d'un été, apprennent à faire leurs valises et à guetter le ciel. « La première fois que je vois la ville morte comme ça », disait cet habitant. Rien ne garantit que ce sera la dernière. ◆