Depuis le printemps 2026, les affiches d'événements locaux — fêtes de village, brocantes, vide-greniers, soirées associatives — sont de plus en plus souvent générées par intelligence artificielle. Quelques lignes de prompt suffisent à produire un visuel coloré et fourni, que des comités des fêtes bénévoles publient par dizaines sur Facebook. Des affiches de communes sans rapport en deviennent presque indiscernables.

Gratuit, rapide, sans graphiste

Avant l'IA générative, une affiche correcte supposait un budget ou une compétence. Un graphiste freelance facture entre 150 et 400 euros pour ce type de commande, note la revue Reservoir, somme qu'une petite association mobilise rarement. Apprendre Illustrator ou InDesign demande des mois.

À Montaignac-sur-Doustre, en Corrèze, le comité des fêtes assume l'outil. « Ça donne pas mal d'idées, c'est rapide, et ça sort une affiche originale », dit Camille Tourneix au micro d'ICI Limousin. D'autres communes s'en tiennent au fait main, une élue voisine rappelant compter quatre graphistes sur son territoire, l'adjointe s'occupant des affiches « parce qu'elle aime ça ». Reportages et professionnels décrivent depuis juillet une « pandémie de flyers ChatGPT » aux codes désormais familiers, gros titres colorés sur fond sombre, listes à puces flanquées d'icônes génériques, flèches et effets de lumière.

Une esthétique reconnaissable, et critiquée

Les designers pointent des travers récurrents : compositions confuses, hiérarchie inexistante, surcharge, typographies approximatives, relève le magazine Étapes. Il résume la divergence par une formule, « l'IA produit une image, alors que le designer construit un parcours de lecture ». Les visuels séduisent par une impression d'abondance, mais font mal ressortir l'essentiel, l'heure et le lieu. Les modèles butent aussi sur les faits : dans le Limousin, une image générée autour d'Oradour-sur-Glane, village martyr de 1944, a suscité l'indignation pour ses détails inventés et hors contexte.

Des chercheurs en sciences sociales parlent de « smoothisation » des territoires, cette absorption des identités locales dans un même style optimisé par les mêmes modèles, cousine de l'esthétique du « slop » qui recouvre le web. Le graphiste Hugo Mairelle, installé à La Croisille-sur-Briance, y voit une perte de créativité et propose aux mairies des tarifs accessibles. Ce sont les illustrateurs locaux qui s'effacent, comme au festival d'Annecy où l'IA a crispé les métiers du dessin.

Toutes les collectivités ne subissent pas cette pente. La communauté de communes du Pays de Figeac, dans le Lot, a formé ses agents à l'IA comme outil d'accélération et non de substitution : le temps de production a été divisé par quatre, sans perdre l'identité graphique « Figeac ».