Le metteur en scène Alain Sachs joue « Un pur chef-d'œuvre » au Théâtre de Passy, à Paris, jusqu'au 2 janvier 2027, et le présente comme « la première intégralement écrite par l'intelligence artificielle ». Il laisse le doute planer sur cette affirmation, au moment où les milieux littéraires sont secoués par l'affaire Thélyson Orélien.
Une comédie qui « prétend » avoir été écrite par la machine
Le programme du Théâtre de Passy annonce la pièce comme « la première comédie qui prétend avoir été intégralement écrite par l'intelligence artificielle ». Sachs signe le texte, la mise en scène et joue sur le plateau. Au lever de rideau, il dévoile les consignes qu'il aurait données à la machine : une pièce drôle, cinq rebondissements, tous les codes du boulevard. Six personnages, convoqués par un bienfaiteur mystérieux, s'enfoncent ensuite dans un labyrinthe loufoque qui oscille entre menace et vaste blague. La distribution réunit Isabelle Tanakil, Jacques Fontanel, Léa Py, Emilien Fabrizio et Stéphane Titeca. Les places vont de 26,50 à 46,50 euros, selon la billetterie.
Le dispositif tient dans l'ambiguïté que Sachs refuse de lever. Il dit croire que l'IA ne sera jamais capable de produire une œuvre dramatique digne de ce nom, tout en admettant qu'« on n'est pas à l'abri ». La pièce finit en déclaration d'amour au théâtre, aux auteurs, aux comédiens et au public, livrée, précise-t-il, par « une intelligence 100 % humaine ». Sachs a produit le spectacle lui-même et redoute que les programmateurs, prudents sous la contrainte budgétaire, boudent cet objet non identifié pour une tournée.
Le théâtre répond à la polémique du livre
La provocation tombe pendant l'affaire qui agite l'édition. Le romancier Thélyson Orélien, lauréat du Prix du Roman Fnac 2026 pour « C'était ça ou mourir », a été accusé le 21 septembre, par le compte anonyme « Balance ton Claude », d'avoir écrit son livre avec une IA, sur la foi du détecteur Pangram. L'auteur dément et ses éditeurs le soutiennent. L'Académie Goncourt a retiré le roman de sa sélection le 25 septembre, invoquant l'intégrité du prix, et son éditeur canadien Boréal a suspendu la promotion du titre, écoulé à près de 65 000 exemplaires en six semaines. Orélien fait aussi l'objet d'accusations de plagiat sur des textes de 2010 et 2014. Les accusations d'IA reposent sur un détecteur, dont les résultats ne constituent pas à eux seuls une preuve.
Là où le livre se défend d'avoir recouru à la machine, le théâtre revendique l'inverse pour mieux poser la question. La même inquiétude traverse d'autres arts : au festival d'Annecy, l'IA générative est devenue un sujet de crispation sur l'emploi. « Un pur chef-d'œuvre » reste à l'affiche au Théâtre de Passy jusqu'au 2 janvier 2027.