Le 24 septembre 2026, Anthropic a présenté son laboratoire de sciences du vivant en affirmant que Claude avait « découvert » seul un système enzymatique dont l'architecture rappelle celle de CRISPR. Les biologistes interrogés depuis invitent à distinguer une piste d'une découverte : l'enzyme centrale était déjà connue, et personne ne sait encore à quoi sert l'ensemble.
Ce qu'Anthropic a annoncé
L'entreprise a lancé son groupe de recherche en sciences du vivant en même temps que ce premier résultat, rapporte l'agence Anadolu. Les chercheurs ont donné à Claude une consigne de haut niveau : fouiller une grande base de séquences d'ADN à la recherche de transcriptases inverses inhabituelles, ces enzymes qui recopient de l'ARN en ADN. En 21 heures, environ 950 agents Claude ont consommé 210 millions de tokens pour rassembler plus de 200 000 transcriptases inverses, isoler 3 500 systèmes candidats, puis en retenir 20.
L'un des agents a repéré une suite de répétitions d'ADN régulièrement espacées à côté du gène d'une transcriptase inverse atypique. Anthropic a baptisé l'ensemble « array-associated reverse transcriptases » (ART) : une transcriptase inverse, un gène partenaire voisin et ce long réseau de répétitions, dont l'agencement évoque celui d'un tableau CRISPR. Le système apparaît surtout chez les bactériophages, les virus qui infectent les bactéries.
Pourquoi les scientifiques tempèrent
« L'enzyme elle-même était déjà connue. Ce qui est nouveau, c'est la reconnaissance qu'elle peut faire partie de ce système plus vaste », explique Dimitri Perrin, de l'université de technologie du Queensland, à The Print. Il ajoute qu'ART ressemble à CRISPR par son architecture, mais que rien n'indique qu'il lui ressemble par sa fonction. Kevin Blake, de l'université Washington à Saint-Louis, abonde : « Rien n'indique que ce soit un rival de CRISPR, ni que cela puisse déboucher sur une quelconque application thérapeutique. » Anthropic l'a d'ailleurs reconnu dès l'annonce : la fonction du système reste inconnue, et son usage pour l'édition génomique n'est pas établi.
Interrogé par next.ink, Alexis Verger, biologiste au CNRS, résume la situation d'une phrase : « tout le travail reste à faire. » Une piste repérée dans une base de données n'est pas une découverte validée au laboratoire.
L'épisode a aussi soulevé une question de paternité. Selon le New York Times, l'équipe de Mario Rodríguez Mestre, biologiste à l'université de Copenhague, travaillait sur ce système depuis près de quatre ans sans l'avoir publié, tout en utilisant Claude pour coder et rédiger. Le chercheur craint que l'IA se soit appuyée sur leurs échanges. Anthropic affirme que Claude est parvenu au résultat de manière autonome, à partir de consignes générales, et dit ne pas entraîner ses modèles sur les transcriptions des utilisateurs.
Ce laboratoire prolonge l'effort d'Anthropic pour faire de Claude un outil de recherche, après ses tentatives côté mathématiques. Aucun article scientifique validé par les pairs ne décrit la fonction d'ART.