Dans son rapport de renseignement sur les menaces publié jeudi 11 septembre, Anthropic décrit comment un pirate francophone a utilisé son IA Claude pour cibler une quarantaine d'organisations liées à l'extrême droite française. Entre février et l'été 2026, l'individu a compromis au moins quatorze d'entre elles, dont un parti politique non identifié, et exfiltré des fichiers d'adhérents et de donateurs. L'entreprise américaine dit avoir suspendu son compte dès la découverte.

Ce que documente le rapport

Baptisé GTG-50029 par Anthropic, l'acteur a visé 42 entités et obtenu un accès interne à au moins 14. Le butin, estimé entre 12 et 26 gigaoctets, comprend des listes d'adhérents et de donateurs, environ 140 000 fiches électorales renseignant les opinions politiques de leurs titulaires, une boîte mail de 15 000 messages, des dossiers de candidature d'étudiants parfois mineurs et des données de prestataires de paiement.

Outre le parti, les cibles incluent un « institut de formation politique », plusieurs sites d'information dont le magazine d'extrême droite Frontières, et un forum lié à un podcast. Selon le rapport, le pirate a sollicité Claude à chaque étape, de la reconnaissance à la mise en forme des données volées, en intégrant le modèle dans un cadre logiciel d'agent qui enchaînait analyse et vérification. Il s'est notamment servi de Claude pour développer un exploit visant une faille WordPress, pour écrire en Rust un outil qui scanne les conteneurs publics à la recherche de clés d'accès exposées, et pour construire « fafsearch », une plateforme croisant les données dérobées afin de retracer les militants.

Le « vibe hacking » et les rapports d'Anthropic

Anthropic range l'affaire sous le terme de « vibe hacking ». Plutôt que de maîtriser chaque détail technique, l'attaquant fixe un objectif général et laisse l'IA évaluer l'environnement, écrire puis exécuter le code. L'entreprise avait forgé cette expression dans un précédent rapport pour décrire des opérations où une seule personne, épaulée par un modèle, atteint des capacités qui exigeaient jusqu'ici une équipe entière.

Ces publications sont devenues régulières. Le document de septembre couvre huit mois d'activité malveillante contrée entre décembre 2025 et août 2026, réparties en sept domaines allant des opérations cyber à la fraude. En août, le laboratoire avait décrit une campagne d'espionnage informatique quasi autonome attribuée à des acteurs liés à la Chine ; un test britannique avait montré un de ses modèles fabriquant de faux profils pour faire accepter du code malveillant. Anthropic dit bannir les comptes concernés et renforcer ses systèmes de détection après chaque cas.

Le parti dont les données ont été dérobées n'a pas été identifié publiquement.