Nouvel épisode dans le bras de fer entre Anthropic et Washington. Vendredi 26 juin, l'administration Trump a autorisé le laboratoire à remettre en service Mythos 5, son modèle d'IA le plus avancé, mais auprès d'un cercle restreint d'entreprises et d'agences fédérales américaines seulement. Son petit frère Fable 5, lui, reste suspendu : son feu vert pourrait tomber dans les jours qui viennent.

Deux semaines plus tôt, le 12 juin à 17 h 21 (heure de la côte Est), Anthropic recevait une directive de contrôle à l'export émanant du Bureau of Industry and Security du département du Commerce. L'ordre, justifié par des « autorités de sécurité nationale », imposait de couper l'accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, qu'il soit situé hors des États-Unis ou sur le sol américain — y compris les salariés étrangers d'Anthropic. Dans les faits, l'entreprise a désactivé ses deux modèles les plus puissants pour l'ensemble de ses clients dans le monde. Une mesure dont la portée fait écho à de vieux précédents de classification des technologies comme matériel de guerre.

Un « jailbreak » au cœur de la dispute

Le motif invoqué par le gouvernement : il estimait avoir identifié une méthode de contournement, ou « jailbreak », des garde-fous de Fable 5. La crainte des autorités est que ces modèles, capables de repérer et d'exploiter très rapidement des vulnérabilités, ne tombent entre de mauvaises mains et n'offrent un avantage à des cyberattaquants.

Anthropic a obtempéré tout en contestant la décision. L'entreprise a jugé qu'un « jailbreak potentiel et étroit » ne devait pas justifier le rappel d'un modèle commercial « déployé auprès de centaines de millions de personnes », rappelant qu'une « résistance parfaite au jailbreak n'est aujourd'hui possible pour aucun fournisseur de modèle ». Le laboratoire dénonçait aussi un processus manquant de transparence et de fondement technique — un épisode qui a nourri un climat de défiance chez certains de ses employés.

Mythos 5 d'abord, Fable 5 ensuite

Le redéploiement annoncé vendredi prend la forme d'une lettre du secrétaire au Commerce Howard Lutnick autorisant le retour de Mythos 5 pour des « partenaires de confiance ». Selon les chiffres rapportés, une centaine d'entreprises et d'agences fédérales sont concernées, alors qu'environ 200 organisations — dont Apple, Google, Microsoft, Nvidia ou Cisco — y avaient accès avant la suspension. Le porte-parole du Commerce, Benno Kass, s'est félicité d'avoir « travaillé avec diligence pour que l'Amérique reste leader mondial de l'IA tout en préservant sa sécurité ».

La lettre reste en revanche muette sur Fable 5, version moins puissante issue de la même architecture (les deux modèles avaient été dévoilés le 10 juin). Anthropic indique que les discussions avec le gouvernement devaient se poursuivre durant le week-end, dans l'espoir de rétablir l'accès à Fable 5 « rapidement ». Pour les entreprises non agréées, les alliés étrangers et le grand public, le délai de retour reste donc inconnu.

Cette séquence — interdiction soudaine, puis levée partielle négociée — marque l'un des premiers usages du contrôle à l'export appliqué à un modèle d'IA américain, et illustre la nervosité ambiante autour de ces outils, déjà entourée de rumeurs infondées.