Apple a présenté le 9 septembre 2026 ses Apple Watch Series 12 et Ultra 4, qui inaugurent un ensemble de fonctions baptisé « Audio Intelligence ». L'une d'elles, Siri Recap, écoute en continu ce qui se dit autour de la montre pour en tirer des résumés. Apple assure qu'aucun enregistrement n'est créé ni conservé.

Quatre fonctions, un micro toujours ouvert

Audio Intelligence regroupe quatre fonctions (9to5Mac). Deux sont anodines et déjà disponibles : la reconnaissance de sons importants (sirènes, alarmes, sonnettes), pensée d'abord pour les personnes sourdes ou malentendantes, et un Shazam automatique. Les deux autres, attendues en bêta anglophone d'ici fin 2026, touchent à la parole. Live Rewind affiche par écrit, après un double appui sur la couronne, les 15 dernières secondes entendues. Siri Recap prend des notes tout au long de la journée et en produit des synthèses.

Côté confidentialité, Apple détaille son architecture dans un document de onze pages. L'audio brut transite par une « Secure Exclave » de la puce S11, un compartiment isolé du reste du système : les anciens sons y sont écrasés en continu, rien ne s'y accumule, et ni le système ni Apple n'y accèdent. Seul un texte condensé, non attribué à un locuteur, part vers les serveurs Private Cloud Compute pour la synthèse, effacé une fois celle-ci rendue. Les résumés Siri disparaissent après sept jours, les extraits Live Rewind trente secondes après l'extinction de l'écran. Tout est désactivé par défaut.

Et le consentement des gens autour ?

Le traitement local ne règle pas tout. Les personnes dont la montre capte la voix, elles, ne l'ont pas choisi. Apple prévoit un signal sonore et un indicateur visuel à l'activation, mais rien ne garantit qu'un interlocuteur les remarque.

En France, l'article 226-1 du code pénal punit d'un an de prison et 45 000 euros d'amende le fait d'enregistrer ou de transmettre, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel (Justifit). Apple objecte qu'aucun fichier audio n'existe. Mais la loi vise les « paroles », pas seulement le son : une transcription ou un résumé de propos privés pourrait relever du même texte. Depuis décembre 2023, la Cour de cassation admet des enregistrements clandestins comme preuve devant les prud'hommes, sous conditions, sans effacer pour autant l'infraction commise pour les obtenir.

Reste la promesse du « sur l'appareil », qui a ses limites. Une partie du traitement quitte la montre pour Private Cloud Compute, et la garantie repose sur la parole d'Apple et son audit interne, pas sur une vérification par un tiers indépendant. C'est le reproche que des voix comme Meredith Whittaker, à la tête de Signal, adressent à l'IA embarquée : déplacer le calcul vers le téléphone ou le cloud ne supprime pas la collecte, il la déplace.

Siri Recap et Live Rewind ne sont pour l'heure annoncés qu'en anglais. Leur disponibilité en Europe, où le règlement sur les marchés numériques a déjà retardé plusieurs fonctions d'Apple Intelligence, n'est pas fixée.