Au cœur du projet SCAF, abandonné sous sa forme franco-allemande le 8 juin 2026, figurait un objet encore largement théorique : l'« avion de combat de 6e génération ». Derrière l'étiquette se cache moins un appareil qu'un système. Furtivité poussée, intelligence artificielle embarquée, fusion de capteurs et pilotage d'essaims de drones : la 6e génération promet de transformer le chasseur en nœud de réseau, et de redéfinir le rôle même du pilote. Tour d'horizon de ce concept que se disputent Américains, Européens et Chinois.
Plus qu'un avion, un système en réseau
Là où les générations précédentes se mesuraient surtout à la vitesse, à la manœuvrabilité ou à la furtivité (le F-35 américain, dit de 5e génération, en est l'archétype), la 6e génération mise sur l'information. Selon la synthèse de référence sur le sujet, un tel appareil combine une furtivité « tous azimuts », une fusion de données issues de multiples capteurs, et une connexion permanente à un « cloud de combat » qui partage en temps réel le renseignement entre avions, drones, navires et satellites. L'écran de bord classique tend à disparaître au profit d'un affichage projeté dans le casque du pilote.
L'IA et les drones « équipiers »
Deux briques distinguent vraiment la rupture annoncée. D'abord l'intelligence artificielle embarquée, censée trier le flot de données, hiérarchiser les menaces et assister la décision, voire piloter l'appareil en mode autonome : la plupart des projets prévoient un avion « optionnellement habité ». Ensuite, le concept de drones « équipiers loyaux » (loyal wingman) : des appareils sans pilote, moins coûteux, que le chasseur commande pour brouiller, reconnaître, frapper ou servir de leurre. Un seul pilote pourrait diriger une petite meute, devenant chef d'orchestre plus que simple manœuvrier. S'y ajoutent des moteurs à cycle adaptatif, gourmands pour alimenter radars et armes à énergie dirigée.
Trois projets rivaux, une mise en service vers 2035
Cette catégorie reste une promesse : aucun appareil de 6e génération n'est encore opérationnel. Trois grands programmes occidentaux s'affrontent. Aux États-Unis, le NGAD a abouti à la sélection du chasseur F-47, dont l'entrée en service est espérée vers 2030. Au Royaume-Uni, en Italie et au Japon, le programme GCAP, piloté par la coentreprise Edgewing (BAE, Leonardo, Mitsubishi), vise 2035. La Chine, enfin, a dévoilé fin 2024 deux prototypes furtifs, les J-36 et J-50.
Le SCAF, grand absent
En Europe continentale, le projet phare était le SCAF (Système de combat aérien du futur), porté par la France, l'Allemagne et l'Espagne, avec Dassault, Airbus et Indra. Son cœur, le New Generation Fighter, devait incarner cette 6e génération, entouré de « remote carriers » et d'un cloud de combat. Mais le programme a été enterré sous sa forme franco-allemande le 8 juin 2026, miné par les querelles de partage industriel entre Dassault et Airbus. La France doit désormais inventer seule un successeur au Rafale, alors que ses concurrents avancent. La 6e génération, pour Paris, reste un horizon à reconquérir.
Sources : Sixth-generation fighter (Wikipedia), Future Combat Air System (Wikipedia), Global Combat Air Programme (Wikipedia).