Le 1er octobre, Mediapart a publié des conversations Messenger de 2013-2014 attribuées à Jordan Bardella, qui les dénonce comme de « faux grossiers ». Sur CNews, Pascal Praud a suggéré que l'intéressé demande à Meta une archive de ses propres échanges pour se défendre. La question est d'abord technique. Un tel historique est-il récupérable, et que prouve-t-il ?
Deux voies pour récupérer ses messages
N'importe quel titulaire d'un compte peut extraire ses données. La première voie passe par l'outil « Télécharger vos informations », dans Paramètres puis Espace comptes, Vos informations et autorisations. L'utilisateur sélectionne la catégorie « Messages », une période et un format, HTML pour la lecture ou JSON pour le traitement. L'archive livrée contient un dossier messages avec les échanges, y compris certains disparus de l'interface courante. Le téléchargement ne modifie ni n'efface rien (Frandroid). Pour un compte ancien, le fichier compressé peut atteindre plusieurs gigaoctets.
La seconde voie est le droit d'accès prévu par l'article 15 du RGPD : toute personne peut obtenir du responsable de traitement une copie gratuite de ses données, avec réponse sous un mois, prolongeable de deux mois pour les demandes complexes (CNIL). Une asymétrie compte ici. Un message effacé d'un côté reste présent dans l'archive de l'interlocuteur. C'est d'ailleurs par ce canal que Mediapart dit avoir travaillé, à partir de sources de l'entourage de Jordan Bardella.
Ce que l'archive atteste, et ce qu'elle ne dit pas
Dans son enquête, Mediapart s'appuie sur une extraction fournie par Meta et authentifiée par un huissier. Selon le cofondateur du journal Edwy Plenel, ce constat garantit que les messages n'ont pas été modifiés après coup, et l'extraction permet de dater les échanges et de confirmer que le compte était référencé sous le nom de Jordan Bardella (Euronews). L'attribution à la personne repose sur des éléments biographiques cités dans les conversations : origine italienne de la mère, entretien au Parisien en 2013, échec au concours de Sciences Po.
La portée probante reste toutefois bornée. Une extraction authentifiée atteste l'intégrité du contenu tel que Meta le stocke et la date d'émission, pas l'identité de la main qui a tapé. Face à ce dossier, l'intéressé a saisi la justice pour diffamation et qualifie les visuels de captures manipulables.
L'archive personnelle que proposait Pascal Praud se heurte à la même limite, en sens inverse : télécharger son propre historique montre ce que le compte contient, mais ne peut pas prouver l'absence d'un message supprimé douze ans plus tôt, puisqu'une trace peut subsister chez le destinataire sans figurer chez l'expéditeur. Aucune extraction du compte de Jordan Bardella n'a été rendue publique.
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