La France respire de nouveau. Après onze jours d'une canicule d'une intensité historique, les températures sont redevenues supportables sur l'essentiel du territoire ce dimanche 28 juin 2026. Mais l'épisode laisse une trace lourde : environ 1 000 décès de plus que la normale ont été recensés depuis mercredi, selon une première estimation de Santé publique France. Un chiffre encore provisoire, « voué à s'alourdir », alors que le Haut-Rhin et le Bas-Rhin restaient les deux derniers départements en vigilance rouge, jusqu'à 22 heures dimanche soir.
Un épisode caniculaire d'une ampleur exceptionnelle
Pendant onze jours, une masse d'air brûlante a stagné au-dessus de la France, touchant jusqu'aux deux tiers du pays. Le pic a été atteint en milieu de semaine : jeudi, 72 départements étaient simultanément placés en vigilance rouge par Météo-France, un record absolu depuis la création de ce niveau d'alerte. Au plus fort de l'épisode, selon des calculs de l'AFP, près de 100 millions de personnes — résidents de France et de pays voisins confondus — étaient exposées à des températures dépassant les 35 °C.
L'intensité de la vague a conduit plusieurs responsables à la comparer d'emblée à la canicule de 2003. Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles de Météo-France, a estimé que l'épisode était « au moins équivalent » à celui d'août 2003, qui avait provoqué la mort de plus de 14 000 personnes en France. La situation a depuis nettement reflué : ce dimanche, plus aucun nouveau département ne devait être maintenu en vigilance rouge à partir de lundi, l'alerte maximale étant levée le soir même dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Une cinquantaine de départements restaient toutefois concernés par une vigilance orange, pour canicule résiduelle et pour risques d'orages, après une nuit marquée par de violentes intempéries.
Environ 1 000 décès « de plus que la normale »
C'est dans ce contexte de décrue que Santé publique France a livré, dimanche, un premier ordre de grandeur de l'impact sanitaire. Dans un communiqué, l'agence indique que l'épisode a été « marqué par une augmentation des décès » et chiffre à environ 1 000 le nombre de morts supplémentaires recensés depuis mercredi, par rapport à ce que l'on observe habituellement à cette période de l'année.
Ce chiffre demande à être manié avec précaution. Il ne s'agit pas d'un décompte de personnes dont la mort serait directement et formellement imputée à la chaleur, mais d'une estimation de surmortalité : l'écart entre les décès observés et les décès attendus. Le ministère de la Santé a d'ailleurs reconnu, en fin de semaine, ne pas disposer de « chiffres exhaustifs sur les décès directement attribuables à la chaleur ». Le bilan définitif, lui, ne sera connu que dans plusieurs mois.
L'exécutif a toutefois tenu à fixer un repère : interrogé sur un éventuel parallèle avec 2003, le ministre de la Santé a estimé que le bilan n'atteindrait « probablement pas » l'ordre de grandeur des quelque 15 000 morts de cet été-là. Une prudence qui n'efface pas l'inquiétude : tout au long de l'épisode, le ministère s'est dit « préoccupé » par des « décès à domicile » signalés à travers le pays.
Comment se calcule la surmortalité
Pour comprendre le chiffre de 1 000, il faut revenir à la méthode. La surmortalité, ou excès de mortalité, correspond à une différence simple, notée O–E : le nombre de décès observés (O) moins le nombre de décès attendus (E) pour la période, ces derniers étant estimés à partir des données historiques. Quand l'observé dépasse nettement l'attendu pendant un épisode de chaleur, on parle d'excès de mortalité.
La surmortalité se lit comme une surface : l'aire entre les décès observés et les décès attendus. La courbe journalière est un modèle illustratif (Santé publique France n'a pas publié de série quotidienne au 28 juin) calibré pour un excès d'environ 1 000 ; les repères agrégés (2022 : 2 816 décès, +16,7 % ; 2003 ≈ 15 000) sont des chiffres officiels. ⚡ZapNews.
Cette première estimation repose sur l'hypothèse que la chaleur constitue « la cause principale » des excès observés sur la période. C'est un indicateur rapide mais grossier. Santé publique France a développé un second outil, plus précis, la « mortalité attribuable à la chaleur », qui met en relation, jour après jour, la mortalité observée dans les départements métropolitains avec les températures relevées localement par les stations météorologiques de référence. C'est ce second indicateur qui fournira, à terme, le bilan consolidé.
Deux limites importantes pèsent sur les premiers chiffres. D'une part, le calendrier : une première estimation de l'excès « toutes causes » n'intervient généralement qu'environ deux semaines après la fin de la vigilance orange, et les résultats définitifs sur la mortalité imputable à la chaleur ne sont disponibles que plusieurs mois plus tard, le temps de consolider l'état civil. D'autre part, la couverture : les données peuvent sous-estimer la réalité, en particulier pour les lieux de décès les moins bien suivis par le dispositif — au premier rang desquels les décès à domicile, justement ceux qui préoccupaient le ministère.
Les populations vulnérables, premières exposées
Comme lors des épisodes précédents, ce sont les personnes âgées et les malades chroniques qui paient le plus lourd tribut. Les cas les plus graves recensés pendant l'épisode renvoyaient à des déshydratations, des hyperthermies ou des décompensations de pathologies préexistantes, en particulier chez les plus de 65 ans.
Le rappel des bilans passés éclaire cette vulnérabilité. À l'été 2022, Santé publique France avait dénombré 2 816 décès en excès durant les trois vagues de chaleur, soit une hausse de 16,7 % par rapport à la mortalité attendue ; les personnes de 75 ans et plus représentaient à elles seules 2 272 de ces décès, soit la très grande majorité. En 2003, la canicule avait surpris par sa brutalité et son ampleur, faisant plus de 14 000 morts, là encore très majoritairement parmi les personnes âgées et souvent isolées. C'est précisément pour ne pas revivre ce traumatisme qu'a été bâti, depuis, tout l'arsenal de la vigilance Météo-France et des plans sanitaires — un dispositif dont l'efficacité reste régulièrement interrogée, comme le rappellent les comparaisons entre les canicules de 2003 et de 2026.
Une mobilisation sanitaire sous tension
L'impact ne se mesure pas qu'en décès. Sur le terrain, les services de secours et hospitaliers ont connu une forte tension. Les services d'urgence ont fait état d'une hausse de plus de 40 % de leurs volumes d'appels et de leurs interventions au plus fort de la vague. À Strasbourg, encore en première ligne ce dimanche, les Hôpitaux universitaires ont activé leur « plan blanc », le protocole de mobilisation exceptionnelle des moyens hospitaliers. En région parisienne, les services d'urgence d'abord saturés avaient vu leur activité refluer en cours de journée à mesure que les températures redescendaient.
Au-delà des frontières françaises, l'épisode s'inscrit dans une vague continentale : l'Organisation mondiale de la santé a fait état de plus de 1 300 décès liés à la chaleur à travers l'Europe depuis le 21 juin.
Et maintenant ?
La fin de la vigilance rouge ne signe pas la fin de l'épisode au plan sanitaire. Les effets de la chaleur sur la santé peuvent se manifester avec un décalage de plusieurs jours, et le décompte des décès continuera de s'affiner dans les semaines à venir. La vigilance orange maintenue sur une cinquantaine de départements, désormais autant pour les orages que pour la chaleur, rappelle que l'instabilité météorologique persiste.
Surtout, cet épisode de juin — un mois traditionnellement plus clément — confirme la tendance de fond : des vagues de chaleur plus précoces, plus longues et plus intenses, dont le pic enregistré dans le Sud-Ouest puis sur l'ensemble du pays restera dans les annales. Pour les autorités sanitaires comme pour les épidémiologistes, le bilan provisoire de « 1 000 décès de plus que la normale » constitue moins un point final qu'un point de départ : celui d'un travail de consolidation qui, dans quelques mois, dira l'ampleur réelle de cette canicule de tous les records.