La vague de chaleur qui couvre la France depuis le 28 juillet a atteint 17 jours consécutifs le jeudi 13 août, a annoncé Météo-France. Au sens de l'indicateur thermique national, l'épisode devient le troisième plus long jamais mesuré depuis le début du décompte, en 1947, derrière juillet 1983 (23 jours) et juillet 2006 (21 jours). Il a dépassé en durée la canicule d'août 2003, qui reste, elle, la plus intense et la plus meurtrière que le pays ait connue.

Dix-sept jours sans interruption

L'annonce porte sur une seule grandeur : la durée. Météo-France identifie une vague de chaleur nationale à partir de l'indicateur thermique national, la moyenne des températures relevées dans une trentaine de stations réparties sur le territoire. L'épisode s'ouvre quand cet indicateur dépasse 25,3 °C sur une journée, ou reste au-dessus de 23,4 °C pendant au moins trois jours ; il se referme lorsque l'indicateur repasse sous 23,4 °C deux jours de suite, ou sous 22,4 °C. Depuis le 28 juillet, ce seuil n'a pas été franchi à la baisse. À l'échelle du pays, il s'agit donc d'un même épisode continu, entré ce 13 août dans sa dix-septième journée.

Cette continuité nationale coexiste avec une perception de vagues successives. L'été 2026 a d'abord aligné plusieurs épisodes distincts et séparés par de vraies accalmies, dont la quatrième vague de fin juin et juillet, puis une remontée du mercure début août souvent décrite comme une nouvelle vague. Sur l'indicateur national, ces poussées d'août n'ouvrent pas un nouvel épisode. Elles prolongent celui du 28 juillet, l'indicateur n'étant jamais retombé assez bas ni assez longtemps pour le clore. Le décompte des épisodes ressentis localement et la durée d'un épisode national continu mesurent deux choses différentes.

Le 13 août, une quatre-vingtaine de départements étaient placés en vigilance orange canicule, avec un nouveau pic attendu autour de 40 °C sur l'ouest ce jour-là, puis sur l'est le lendemain. Depuis le début de l'épisode, la valeur la plus élevée a été relevée le 29 juillet, avec 42,7 °C à Bélis, dans les Landes, et 40,7 °C à Bordeaux.

Trois semaines en 1983, le record de durée

La série de référence remonte à 1947. Sur cette période, deux épisodes ont duré plus longtemps que celui en cours : juillet 1983, du 9 au 31, et juillet 2006, du 10 au 30. La canicule d'août 2003 s'était étendue du 2 au 17, soit 16 jours sur l'indicateur national ; c'est cette durée que l'épisode actuel vient de dépasser.

Classement des vagues de chaleur nationales continues les plus longues depuis 1947, indicateur thermique national : juillet 1983, 23 jours ; juillet 2006, 21 jours ; la vague en cours, 17 jours et toujours ouverte ; août 2003 et juillet-août 2018, 16 jours chacune.

Une durée continue ne se confond pas avec le nombre total de journées caniculaires d'un été. Sur l'ensemble de la saison 2003, marquée par plusieurs séquences, le décompte cumulé atteignait 22 jours de vague de chaleur, alors que l'épisode continu du mois d'août en comptait 16. Le classement présenté porte sur les épisodes continus, chacun mesuré d'un bout à l'autre sans rupture du seuil national.

Trois grandeurs restent à distinguer. La durée dit combien de temps l'air est resté chaud. L'intensité mesure à quel point. Sur ce plan, la canicule de fin juin 2026 conserve le record, et août 2003, avec un indicateur culminant à 29,35 °C, demeure l'épisode le plus sévère depuis 1947. La mortalité, enfin, dépend de la combinaison des deux et de l'exposition. L'été 2003 a causé environ 15 000 décès en France, un bilan sans équivalent depuis, que les plans canicule et l'adaptation mis en place ensuite ont contribué à réduire lors des épisodes suivants (répartition et facteurs). Un épisode long n'est donc pas mécaniquement le plus dangereux.

Pourquoi elle dure

La persistance tient d'abord à une configuration atmosphérique bloquée. Un anticyclone puissant s'est installé sur l'Europe de l'Ouest et du centre, dans une structure quasi stationnaire où les hautes pressions restent en place plusieurs jours au lieu d'être balayées par la circulation d'ouest. Sur son flanc, un flux de sud achemine vers la France une masse d'air subtropical venue de la péninsule Ibérique et du Maghreb. Sous l'anticyclone, l'air subside, se comprime et se réchauffe, le ciel dégagé laisse le soleil chauffer le sol, et cette advection entretient un apport continu d'air chaud.

Une rétroaction avec la sécheresse prolonge l'épisode. Des sols très secs ne consacrent plus d'énergie à évaporer l'eau : ce flux de chaleur, qui d'ordinaire rafraîchit l'air en surface, sert alors presque entièrement à élever la température, ce qui aggrave à son tour l'assèchement (mécanisme et attribution). À cela s'ajoute le réchauffement de l'arrière-plan : chaque épisode se construit sur une ligne de base plus élevée, si bien que les mêmes situations météorologiques produisent des chaleurs plus fortes et plus tenaces qu'au XXe siècle.

Jours cumulés de vague de chaleur en France par décennie, indicateur thermique national : 71 jours sur 2006-2015, 144 jours sur 2016-2025, soit un doublement.

Cette tendance se lit dans les statistiques nationales. Météo-France recense une cinquantaine de vagues de chaleur depuis 1947, dont la moitié après 2010, c'est-à-dire en quinze ans contre plus de soixante auparavant. Le nombre de journées passées en vague de chaleur a doublé d'une décennie à la suivante, ce qui fait des épisodes longs, autrefois exceptionnels, un trait attendu des étés français (tendance de fond).

Note méthodologique

Les durées et le classement reposent sur l'indicateur thermique national de Météo-France, moyenne quotidienne des températures d'environ 30 stations, série commencée en 1947. Une vague de chaleur nationale correspond au dépassement des seuils de cet indicateur (25,3 °C sur un jour, ou au moins 23,4 °C pendant trois jours) et se termine à son passage durable sous 23,4 °C. La durée retenue est celle d'un épisode continu, à distinguer du nombre cumulé de journées caniculaires d'une saison. Les valeurs (23 jours en 1983, 21 en 2006, 16 en 2003 et 2018, 17 pour l'épisode en cours au 13 août) peuvent varier d'un jour selon les dates exactes de bornage et l'arrondi. Chiffres de durée et de vigilance d'après Météo-France, via franceinfo et actu.orange.fr (13 août 2026). Statistiques de fréquence et de nombre de jours d'après Météo-France. L'épisode restait ouvert à la date de publication ; sa durée finale sera connue à sa clôture.