Entre le 27 juillet et le 20 août 2026, la France a enregistré au moins 817 décès de plus qu'attendu, a estimé Santé publique France (SpF) dans son dernier bulletin « canicule et santé ». C'est la quatrième et dernière vague d'un été qui bat le record de 1900, et de loin la moins meurtrière. Additionnés aux trois épisodes précédents, ces morts portent le bilan provisoire de la saison à près de 8 000 décès en excès. Le décompte reste une estimation, appelée à évoluer.
La croix verte d'une pharmacie de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, a affiché 43 °C. À Mâcon, un tableau de bord de voiture a relevé la température la plus élevée de l'histoire de la ville. Ces images, versées cet été sur les banques d'images libres, disent la chaleur de l'air ; elles ne disent pas le nombre de morts qu'elle laisse derrière elle. Ce chiffre-là, la France l'apprend avec deux semaines de retard, quand remontent les registres d'état civil.
La dernière vague, la moins lourde
L'épisode du 27 juillet au 20 août a touché 79 départements. Sur cette période, SpF chiffre l'excès de mortalité toutes causes à 817 décès, soit 5,2 % de plus que ce qui était attendu. L'agence publie ce type d'estimation une quinzaine de jours après la fin de l'épisode, le temps que l'Insee agrège les décès déclarés dans les mairies.
L'« excès de mortalité » désigne l'écart entre les décès effectivement observés et ceux qu'on aurait comptés, à la même période du calendrier, sans vague de chaleur. Pour établir cette mortalité attendue, SpF modélise les décès des six années précédentes à la même date, en écartant les années marquées par un événement exceptionnel. La méthode est commune aux agences sanitaires européennes, sous le nom d'Euromomo. L'indicateur capte une hausse anormale des décès sans distinguer, cas par cas, la part qui revient à la température ; il mesure un surcroît de mortalité, pas des victimes directement identifiées.
L'épisode d'août n'a pas eu la brutalité de celui de juin. Il a été plus long que fort, une chaleur de plateau qui s'est installée en fin de saison, quand la fatigue thermique des semaines précédentes ne s'était pas dissipée. Cette forme d'exposition, moins visible au thermomètre qu'un pic à 43 °C, use les organismes déjà éprouvés. Les dispositifs sanitaires, plan ORSAN et vigilance de Météo-France, ont tourné une bonne partie de l'été, la vigilance rouge ayant concerné jusqu'à 72 départements au plus fort de la première vague, le 24 juin.
Cette dernière vague ferme un été à quatre temps. Le premier remonte à la fin mai (24-28 mai, 95 décès en excès). Le deuxième, du 17 juin au 2 juillet, reste le plus meurtrier de tous, avec 5 764 décès en excès. Le troisième, du 3 au 22 juillet, a fait 1 243 morts de plus qu'attendu. Le dernier ajoute ses 817.
Bout à bout, les quatre estimations cumulent 7 919 décès en excès sur la saison. Le total garde le statut de provisoire tant que l'état civil n'est pas consolidé, ce qui demande environ un mois par épisode. Le précédent l'a montré. La première estimation de la vague de juin, fin juin, tournait autour d'un millier de décès et se disait « vouée à s'alourdir » ; elle s'est fixée à 5 764. Le chiffre de la dernière vague peut donc encore bouger.
La comparaison avec les étés récents situe l'ampleur du bilan. Les quatre vagues de 2023 avaient totalisé 758 décès en excès, les trois de 2022 en avaient réuni 2 816. La seule première vague de juin 2026 a dépassé, à elle seule, ces deux étés réunis.
Les grands âges, presque seuls sur la dernière vague
Sur les 817 décès en excès de l'épisode d'août, 751 concernent des personnes de 75 ans et plus. Neuf sur dix, donc. Cette concentration marque une évolution au fil de l'été. Pendant la première vague de juin, la plus intense, les 75 ans et plus représentaient déjà les deux tiers des morts en excès (3 719 sur 5 764), mais la surmortalité touchait aussi des tranches d'âge plus jeunes, atteintes lors des pics aigus. En août, la mortalité s'est repliée presque entièrement sur les âges élevés.
Ce glissement tient à la physiologie du grand âge autant qu'à la forme de l'épisode. Avec les années, la thermorégulation se dégrade : la production de sueur baisse, la circulation périphérique évacue moins bien la chaleur, et le corps met plus de temps à réagir. La sensation de soif s'émousse aussi, si bien qu'une personne de 80 ans peut se déshydrater sérieusement sans en ressentir le besoin de boire. La déshydratation épaissit le sang, le cœur force pour compenser. S'y ajoutent les pathologies chroniques (insuffisance cardiaque, rénale, diabète) et des médicaments courants (diurétiques, psychotropes) qui interfèrent avec l'hydratation ou la régulation thermique.
La biologie n'explique pas tout. La surmortalité de chaleur frappe d'abord les personnes isolées, peu mobiles, parfois oubliées quelques jours de trop. Le logement pèse tout autant. Un appartement mal isolé, sous les toits, sans volet ni pièce fraîche, se transforme en piège thermique dont un résident âgé ne sort pas de lui-même. Les établissements accueillant des personnes âgées concentrent une part de ce risque, entre dépendance, polymédication et bâti qui garde la chaleur. C'est pourquoi les campagnes de prévention insistent chaque été sur le repérage et la visite des proches, plus que sur le seul conseil de boire.
La nuit ne répare pas toujours ce que le jour a entamé. Quand la température ne redescend plus assez bas, l'organisme n'a pas le répit dont il a besoin pour se refroidir, et la contrainte s'accumule d'un jour sur l'autre. C'est le mécanisme des nuits tropicales, particulièrement éprouvant pour les personnes âgées et les malades. L'été 2026 en a battu le record : dans les Pyrénées-Orientales, à Vivès, le thermomètre n'est pas descendu sous 30,6 °C dans la nuit du 8 au 9 juillet.
Le fond du tableau : l'été le plus chaud depuis 1900
La surmortalité de l'été se lit sur une toile de fond thermique qui bat tous les records depuis 1900. Avec une température moyenne de 24,0 °C de juin à août, soit 3,6 °C au-dessus de la normale 1991-2020, l'été 2026 est le plus chaud mesuré en France métropolitaine depuis le début des relevés, en 1900, selon le bilan climatique de Météo-France. Il relègue le précédent record, l'été 2003 (23,18 °C, +2,7 °C), à plus de huit dixièmes de degré, et l'été 2022 (+2,3 °C) plus loin encore. Sur les seules températures maximales, l'écart à la normale grimpe à 4,8 °C.
Les repères habituels ont sauté un à un. Le seuil de 40 °C, franchi 88 fois lors de l'été 2003, l'a été 178 fois cette année. La France a compté 53 jours en vague de chaleur, contre 33 en 2022. Neuf dixièmes du territoire ont dépassé au moins une fois 35 °C ; 45 %, au moins une fois 40 °C. À cette chaleur s'est ajoutée la sécheresse, avec un déficit de précipitations d'environ 40 %, l'un des étés les plus secs jamais observés.
Derrière ces trois vagues, une même mécanique atmosphérique. Un anticyclone puissant s'installe et se bloque au-dessus de l'Europe de l'Ouest ; l'air y descend, se comprime et se réchauffe, tandis que le ciel dégagé laisse le soleil chauffer un sol de plus en plus sec. Faute de pluie pour évaporer et rafraîchir, l'énergie solaire part entièrement en chaleur : ce dôme s'auto-entretient, jour après jour, jusqu'à ce que la circulation d'altitude le déplace. La sécheresse des sols, à un niveau très bas dès le début d'août, a nourri les épisodes suivants.
L'épisode n'a pas épargné le reste du continent. Selon le service européen Copernicus, juillet 2026 a été le deuxième mois de juillet le plus chaud jamais mesuré en Europe de l'Ouest, et les eaux de surface de la Méditerranée et de l'Atlantique nord ont battu leurs records de saison. Cette mer surchauffée agit comme un radiateur : elle réchauffe l'air des côtes, freine le rafraîchissement des nuits et charge en humidité les orages qui referment les vagues de chaleur. Elle a aussi nourri, en juillet et en août, des feux de forêt sur un sol asséché.
Cette chaleur n'a plus rien d'un aléa isolé. Météo-France chiffre à 2,4 °C (entre 1,8 et 3,0 °C) la part de l'anomalie de l'été directement imputable au changement climatique d'origine humaine, et juge qu'un tel niveau de chaleur aurait été « quasi impossible » sans lui. La relation entre réchauffement et vagues de chaleur est l'une des mieux établies de la science climatique : à chaque dixième de degré gagné sur la moyenne, les extrêmes deviennent plus fréquents, plus intenses et plus longs. Le lien avec la mortalité suit la même pente, que documentent les séries françaises de long terme.
Ce que le chiffre ne dit pas encore
L'excès de mortalité toutes causes n'est pas le dernier mot. Deux limites l'accompagnent, que SpF rappelle à chaque bulletin. La première : cet indicateur mesure une hausse anormale des décès, il ne compte pas les morts directement attribuables à la chaleur. Cette seconde estimation, fondée sur la relation statistique entre température et mortalité propre à chaque territoire, ne paraîtra que dans le bilan de fin de saison. La seconde limite : le calcul ne porte que sur les jours de canicule déclarée, et laisse de côté les journées chaudes qui n'ont pas franchi les seuils d'alerte mais pèsent aussi.
Reste une trajectoire déjà nette. En 2003, la canicule d'août avait fait près de 15 000 morts en France, et pris le pays au dépourvu ; le plan national canicule et la vigilance météo sont nés de ce choc. Vingt-trois ans plus tard, l'alerte a progressé, l'adaptation moins, et un été peut de nouveau approcher les 8 000 décès en excès sans provoquer le même sursaut. Le bilan sanitaire complet de l'été 2026, avec l'estimation des décès attribuables à la chaleur, est attendu à l'automne.
Note méthodologique
- Surmortalité (excès de mortalité toutes causes). Chiffres de Santé publique France, bulletins et communiqués « canicule et santé » 2026 (méthode Euromomo : observé moins attendu, l'attendu étant modélisé sur les six années précédentes). Épisodes retenus : 24-28 mai (95), 17 juin – 2 juillet (5 764), 3-22 juillet (1 243), 27 juillet – 20 août (817). Cumul : 7 919. Ces estimations sont provisoires et régulièrement révisées à la hausse à mesure que l'état civil se consolide (environ un mois par épisode) ; un total cumulé cité à une date donnée peut donc différer légèrement de la somme des estimations d'épisodes. Source : santepubliquefrance.fr.
- Répartition par âge. SpF : 3 719 des 5 764 décès en excès de la 1re vague (64,5 %) et 751 des 817 de la dernière (91,9 %) concernent les 75 ans et plus.
- Comparaisons historiques de mortalité. Étés 2022 (2 816) et 2023 (758) ; canicule d'août 2003 (~15 000), SpF.
- Données climatiques. Météo-France, bilan climatique de l'été 2026 : température moyenne 24,0 °C (+3,6 °C / normale 1991-2020 ≈ 20,4 °C) ; 2003 = 23,18 °C, 2022 = 22,69 °C, 2025 = 22,23 °C, 2018 = 21,96 °C. Les anomalies des étés 2025 et 2018 sont dérivées de la normale de référence. Franchissements de 40 °C : 72 (2019), 88 (2003), 178 (2026). 53 jours de vague de chaleur, déficit de précipitations ≈ 40 %, nuit tropicale record à 30,6 °C (Vivès, 8-9 juillet). Attribution : +2,4 °C [1,8-3,0] imputables au changement climatique.
- Graphiques. Réalisés au gabarit ZapNews (générateur
design-system/charts/_generator/canicule-2026-surmortalite-france.mjs, données dans le dossier joint). Le graphique en cascade agrège des estimations provisoires ; les valeurs peuvent évoluer avec les révisions de SpF. - Réserve. Un excès de mortalité toutes causes n'équivaut pas à un nombre de décès directement attribués à la chaleur ; l'estimation attribuable paraîtra dans le bilan sanitaire de fin de saison.