Invité du podcast « Chaleur humaine » du Monde, l'explorateur et chercheur Christian Clot avance une mesure d'adaptation « facile à mettre en place, qui ne coûte rien » : décaler nos horaires de vie de deux à trois heures pendant l'été. Une majorité d'Européens y serait prête — mais le débat reste absent en France.

« Il n'y a pas de véritable adaptation à la chaleur »

Fondateur du Human Adaptation Institute, Christian Clot étudie les réactions du corps et du cerveau en conditions réelles, jusque dans une chambre climatique chauffée à 50 °C. Son constat coupe court aux illusions : biologiquement, « il n'y a pas de véritable adaptation à la chaleur ». Le corps peut s'acclimater un temps — davantage de glandes sudoripares, meilleure circulation sanguine — mais cette acclimatation disparaît dès que les températures baissent, et au-delà de 40 °C, « il n'y a plus de vraie acclimatation ».

Le cerveau, lui, paie l'addition. Pour maintenir la température corporelle autour de 36,5-37 °C, il rogne sur ses propres performances : « On a vraiment une dégradation de la compétence cognitive. » Mémoire à court terme en berne, difficulté croissante à mener des actions complexes, irritabilité. Selon l'enquête du Human Adaptation Institute menée en France, en Espagne et en Pologne, 46,5 % des personnes signalent une baisse de motivation et de capacité au travail, et 68 % des Français une dégradation notable du sommeil lors de la canicule d'août 2025. Les effets deviennent significatifs dès 24 °C de moyenne sur vingt-quatre heures, ou au-delà de 32 °C pendant quelques heures.

Décaler l'horloge plutôt que subir

Faute d'adaptation physiologique, reste l'adaptation comportementale. La piste que défend Clot est simple : reculer nos habitudes de deux à trois heures dès juin, pour vivre et travailler aux moments les plus frais et se mettre à l'abri au cœur de la journée. À défaut, il rappelle l'évidence trop souvent négligée — boire trois à quatre litres par jour, mais d'une eau suffisamment minéralisée, faute de quoi les reins n'assimilent pas correctement l'eau.

L'idée est loin d'être marginale : d'après l'entretien au Monde, 82 % des Européens se disent prêts à changer d'horaires en fonction de la chaleur. Dans le même sondage, seuls 23 % jugent les politiques publiques actuelles suffisantes. La demande sociale existe ; ce qui manque, c'est le débat.

Un débat déjà tranché ailleurs

Car d'autres pays n'attendent pas. L'Espagne a inscrit dans la loi (décret-loi de 2023) l'obligation d'adapter la journée de travail pour éviter les tâches en extérieur aux heures les plus chaudes. Été 2026, le bâtiment d'Estrémadure est passé à sept heures en poste matinal intensif ; Barcelone a distribué 1 400 bracelets connectés à ses agents de terrain, et le pays a instauré jusqu'à quatre jours de « congé climatique ». Autant de dispositifs qui font de la sieste et des horaires décalés non plus un folklore méridional, mais une politique de prévention.

En France, la question du temps — quand travailler, quand ouvrir écoles et commerces, quand faire courir les enfants — reste largement hors du champ politique. Pour Clot, c'est pourtant le levier le plus accessible face à des étés qui s'installent. Reste à décider, collectivement, de bouger les aiguilles.

Voir aussi : le modèle espagnol du travail face à la chaleur et ce que devient la vie à 40 °C.