Une étude parue le 26 août 2026 dans Science Advances chiffre à 560 millions le nombre d'enfants de moins de dix ans qui subissent chaque année au moins un mois de stress thermique supplémentaire imputable au réchauffement d'origine humaine. Ces enfants représentent 43 % de leur classe d'âge, contre 30 % (190 millions) chez les 60-69 ans, une exposition presque trois fois plus large que celle des aînés, quand ces derniers restent la figure familière du risque de canicule depuis l'été 2003.

Ce que mesure l'étude

Le travail, mené par Rosa Pietroiusti (Vrije Universiteit Brussel) et ses coauteurs, décompose par génération la part de chaleur directement attribuable au changement climatique (Science Advances, DOI 10.1126/sciadv.aeb3232 ; reprise par phys.org et Carbon Brief).

La mesure retenue est celle de la chaleur humide, exprimée par la température au thermomètre mouillé (wet-bulb globe temperature). Un « jour de stress thermique » est une journée dépassant 28 °C à ce thermomètre, seuil correspondant à un stress thermique modéré. Cette grandeur combine chaleur et humidité de l'air, ce qui la rend plus pertinente que la seule température : lorsque l'air est déjà chargé de vapeur d'eau, la sueur ne s'évapore plus, et le corps perd son principal moyen de se refroidir.

Pour isoler la part du climat, les auteurs comparent le monde réel (année de référence 2023, soit environ +1,3 °C par rapport à l'ère préindustrielle) à un monde reconstruit sans réchauffement humain. La différence entre les deux donne les jours « attribuables ». Les effectifs de population proviennent du Wittgenstein Centre et du projet ISIMIP. En additionnant l'exposition totale, et non plus seulement la part attribuable, 350 millions d'enfants (27 %) subissent aujourd'hui au moins cinq mois de stress thermique par an, contre 120 millions (9 %) dans le monde sans changement climatique.

Barres comparant l'exposition au stress thermique des enfants de 0 à 9 ans et des personnes de 60 à 69 ans, monde entier : 43 % (560 millions) des enfants sous au moins un mois supplémentaire par an attribuable au climat et 27 % (350 millions) sous au moins cinq mois au total, contre 30 % (190 millions) et 18 % (120 millions) chez les aînés.

Part de chaque classe d'âge exposée au stress thermique (chaleur humide, thermomètre mouillé ≥ 28 °C), monde entier. Source : Pietroiusti et al., Science Advances (2026). Deux mesures distinctes : le mois « supplémentaire » est la part attribuable au climat, les cinq mois sont l'exposition totale.

Pourquoi un enfant chauffe plus vite

La vulnérabilité de l'enfant tient à sa physiologie, bien documentée en médecine de la chaleur. Un jeune enfant présente un rapport surface corporelle sur masse plus élevé qu'un adulte, offrant à volume donné proportionnellement plus de peau. Cet avantage pour perdre de la chaleur à l'ombre devient un handicap quand l'air ambiant est plus chaud que la peau, car la même surface capte alors davantage de chaleur de l'environnement.

Le second facteur est la sudation. Dans toutes les conditions, le taux de sudation de l'enfant reste inférieur à celui de l'adulte. Chez l'adulte, l'évaporation de la sueur assure environ un quart des échanges thermiques ; ce canal est nettement plus réduit chez le jeune enfant, dont les glandes sudoripares sont moins productives (synthèse relayée par l'Association française de pédiatrie ambulatoire). La température ambiante de neutralité thermique, celle où le corps n'a besoin ni de lutter contre le froid ni contre le chaud, se situe autour de 28 °C chez l'adulte et de 32 °C chez le nouveau-né. L'organisme de l'enfant bascule donc plus tôt en régime de lutte contre la chaleur.

La chaleur humide vient frapper exactement ce maillon faible. En bloquant l'évaporation, elle neutralise le mécanisme de refroidissement déjà limité de l'enfant, quand l'adulte dispose encore d'une marge. S'ajoute la dépendance : un nourrisson ne peut ni boire ni gagner l'ombre de lui-même. Les conséquences vont de la déshydratation au coup de chaleur, avec des effets documentés sur l'apprentissage et le développement cognitif, rappelle l'étude. Le logement joue aussi un rôle d'amplificateur, tout comme les nuits qui ne redescendent plus sous 20 °C, qui privent l'organisme de sa fenêtre de récupération.

Deux barres : la part des enfants de 0 à 9 ans subissant au moins cinq mois de stress thermique par an passe de 9 % (120 millions) dans un monde sans changement climatique à 27 % (350 millions) dans le climat actuel réchauffé de 1,3 degré, soit près du triple.

Enfants (0-9 ans) sous au moins cinq mois de stress thermique par an : monde contrefactuel sans réchauffement contre climat actuel (+1,3 °C). Source : Pietroiusti et al., Science Advances (2026) ; attribution via les modèles ISIMIP.

Enfants et aînés : deux vulnérabilités, une géographie

Le grand âge reste physiologiquement fragile face à la chaleur, car le vieillissement diminue la fonction des glandes sudoripares et la réponse du flux sanguin cutané, ce qui altère la thermorégulation. Mais l'étude compte 120 millions de 60-69 ans (18 %) sous au moins cinq mois de stress thermique, là où les enfants sont 350 millions. Sur les deux mesures, la classe la plus jeune passe devant, pour une raison démographique autant que physiologique : les régions où la chaleur humide est la plus intense abritent des populations jeunes.

Les auteurs situent les impacts les plus lourds en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est et en Afrique de l'Ouest, où se cumulent des climats déjà chauds et humides et une forte proportion d'enfants. Le pourtour méditerranéen compte, lui, 13,2 millions d'enfants exposés à au moins un mois de stress thermique supplémentaire. Rosa Pietroiusti précise que l'étude « porte vraiment sur la chaleur humide, à des niveaux encore assez rarement ressentis en Europe ». En France métropolitaine, le seuil des 28 °C au thermomètre mouillé est franchi de façon exceptionnelle, et le risque pour les enfants passe surtout par la chaleur sèche des vagues estivales, dont les déterminants européens sont détaillés ailleurs, et par ses répercussions, y compris sur la santé mentale.

Ce que change chaque dixième de degré

L'étude projette l'exposition selon le niveau de réchauffement planétaire. À +1,5 °C, seuil de référence de l'accord de Paris, 620 millions d'enfants (49 %) subiraient au moins un mois de stress thermique supplémentaire par an. À +2 °C, ils seraient 650 millions, soit 59 % de la classe d'âge. La mesure la plus sévère, celle des cinq mois de stress au total, suit la même pente : 390 millions d'enfants (31 %) à +1,5 °C, 420 millions (37 %) à +2 °C.

Trois barres croissantes : la part des enfants de 0 à 9 ans sous au moins un mois supplémentaire de stress thermique par an passe de 43 % (560 millions) au réchauffement actuel de 1,3 degré à 49 % (620 millions) à 1,5 degré et 59 % (650 millions) à 2 degrés.

Enfants (0-9 ans) sous au moins un mois supplémentaire de stress thermique par an, selon le réchauffement planétaire. Source : Pietroiusti et al., Science Advances (2026).

Ces chiffres rejoignent le constat du Lancet Countdown, qui suit chaque année la santé face au climat : en 2024, les nourrissons de moins d'un an et les plus de 65 ans ont connu en moyenne 20 jours de vague de chaleur, le niveau le plus élevé de cette série, et les décès liés à la chaleur ont atteint 546 000 par an en moyenne sur 2012-2021. La personne moyenne a été exposée à 16 journées chaudes dangereuses de plus qu'attendu du seul fait du réchauffement.

Note méthodologique
  • Étude primaire : R. Pietroiusti et al., Science Advances, 26 août 2026, DOI 10.1126/sciadv.aeb3232. Chiffres repris via les communiqués et analyses de phys.org, Carbon Brief, News-Medical et RTBF, l'article intégral étant sous accès restreint.
  • Métrique : chaleur humide mesurée au thermomètre mouillé (wet-bulb globe temperature). Un jour de stress thermique dépasse 28 °C à ce thermomètre (stress modéré). Le seuil et la formulation exacte proviennent des reprises ci-dessus ; la valeur de 28 °C est celle documentée par Carbon Brief.
  • Attribution : comparaison entre le climat observé (année de référence 2023, ≈ +1,3 °C) et un monde contrefactuel sans réchauffement humain, à l'aide de modèles climatiques et de données de population (Wittgenstein Centre, ISIMIP ; scénario démographique SSP2). Les projections à +1,5 °C et +2 °C sont des sorties de modèles, non des observations.
  • Deux mesures à ne pas confondre : « ≥ 1 mois supplémentaire » désigne la part attribuable au climat ; « ≥ 5 mois » désigne l'exposition totale sur l'année. Elles ne s'additionnent pas.
  • Physiologie : synthèses de médecine pédiatrique et de la chaleur (AFPA) ; ordres de grandeur (sudation, neutralité thermique) issus de la littérature clinique et à considérer comme des repères, non comme des valeurs universelles.
  • Contexte : Lancet Countdown, Heat and health (rapports 2024-2025).
  • Réserve : la métrique de chaleur humide est rarement atteinte en France métropolitaine ; les chiffres mondiaux de l'étude ne s'y transposent pas directement.