On imagine les personnes âgées en première ligne des canicules — et elles le sont, du côté de la mortalité. Mais quand on demande aux Français qui souffre le plus de la chaleur à l'intérieur de son logement, la réponse déjoue le cliché : ce sont les plus jeunes. Selon l'Observatoire Leroy Merlin, mené avec l'Ifop auprès de 6 042 personnes début juin 2026, 92 % des 18-24 ans déclarent au moins une difficulté liée à la chaleur chez eux, contre 80 % en moyenne tous âges. Ce n'est pas un hasard : la vulnérabilité à la chaleur n'est pas qu'une affaire d'âge, c'est d'abord une affaire de logement — et les jeunes cumulent les mauvais logements.

L'âge où la chaleur cesse d'être un simple inconfort

Chez les 18-24 ans, la chaleur au logement ne se résume pas à quelques nuits difficiles. Sept sur dix (70 %) estiment qu'elle a pesé sur leur santé physique ou mentale ; près des deux tiers (65 %) envisagent de déménager à cause d'elle — une proportion qui retombe à 36 % dans l'ensemble de la population. Plus frappant encore, 57 % disent avoir déjà dû quitter temporairement leur logement pendant un pic de chaleur, pour dormir ailleurs ou trouver un endroit vivable.

Barres : chez les 18-24 ans, 92 % éprouvent une difficulté liée à la chaleur dans leur logement (80 % en moyenne tous âges), 70 % voient leur santé affectée, 65 % envisagent de déménager, 57 % ont déjà dû quitter leur logement.

Ces chiffres décrivent une génération pour qui le logement d'été n'est plus un refuge mais un problème. À l'échelle du pays, l'enquête estime que près de 19 millions de Français ont déjà quitté leur domicile, ne serait-ce que quelques heures, à cause de la chaleur, et que 30 % jugent leur logement susceptible de devenir inhabitable en cas de canicule. La forte chaleur est désormais citée comme la première difficulté climatique du logement (41 %), loin devant le froid (20 %).

Pourquoi les jeunes ? Le logement, pas la biologie

Un jeune adulte n'est pas plus fragile qu'un autre face au thermomètre — au contraire, sur le plan physiologique. S'il souffre davantage, c'est parce qu'il vit, statistiquement, dans le pire type de logement pour l'été. Les données de l'Insee le montrent sans ambiguïté : plus de huit ménages de moins de 30 ans sur dix sont locataires, et moins de 5 % des moins de 25 ans sont propriétaires. Or c'est le propriétaire qui décide d'isoler, de poser des volets ou d'installer un brasseur d'air.

À ce statut s'ajoute le type de bien. Les jeunes habitent surtout des appartements, souvent petits, en ville dense, parfois sous les toits — exactement la combinaison qui chauffe le plus. Les habitants d'appartements ont environ trois fois plus de risque de souffrir d'un excès de chaleur que ceux de maisons individuelles, et les logements de petite surface comme les derniers étages figurent parmi les plus exposés. Le studio urbain en location résume à lui seul cette double peine : une exposition maximale, et aucun levier pour la corriger. Chez les locataires, 39 % jugent leur logement inconfortable l'été et 58 % estiment que leur statut les empêche de l'améliorer. Faute de pièce fraîche où récupérer, il ne reste plus qu'à partir — d'où le lien, pour beaucoup de jeunes, entre chaleur et envie de fuir vers un refuge climatique.

Le même été ne brûle pas tout le monde pareil

Si l'on quitte l'âge pour regarder la situation de logement, le même schéma se répète à chaque coupe. Dans les quartiers populaires, où l'habitat est plus dense, plus souvent surchauffé et davantage suroccupé — le taux de suroccupation y est deux à trois fois supérieur à la moyenne —, 59 % des habitants déclarent avoir souffert de la chaleur, contre 43 % dans le reste de la France, d'après le baromètre de l'ANRU. L'écart se creuse aussi selon le revenu : à l'échelle européenne, 35 % des 20 % les plus pauvres ne parviennent pas à garder leur logement frais l'été, contre 18 % des plus aisés (Eurostat). Et un simple équipement fait basculer le confort : 35 % des ménages dépourvus de volets ou de stores extérieurs souffrent particulièrement de la chaleur, contre 22 % de ceux qui en sont pourvus (Ademe).

Dumbbell de trois écarts de souffrance à la chaleur au logement : quartier populaire 59 % contre 43 % dans le reste de la France ; 20 % les plus pauvres 35 % contre 18 % des plus riches ; sans volets ni stores 35 % contre 22 % avec protections solaires.

Trois découpes, trois mesures issues d'enquêtes distinctes, mais une même mécanique : à aléa climatique égal, la souffrance dépend de la qualité du bâti et des moyens de l'adapter. Ce n'est pas neuf ni marginal. En 2025, près d'un Français sur deux (49 %) déclarait avoir souffert de la chaleur chez lui pendant au moins vingt-quatre heures selon le Médiateur national de l'énergie, une part qui grimpe à 64 % chez les bénéficiaires du chèque énergie. La Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) estime qu'un logement sur deux est une « bouilloire thermique » — confort d'été classé « insuffisant » au diagnostic de performance énergétique —, et que seuls 11 % offrent un « bon » confort d'été. L'enjeu n'est pas anecdotique : la chaleur a tué environ 5 700 personnes à l'été 2025 et près de 40 000 en moins de dix ans en France.

La climatisation, parade inégale

Face à des logements de plus en plus invivables, les Français s'équipent. La part des logements dotés d'un climatiseur, fixe ou mobile, a plus que doublé en dix ans : de 14 % en 2016 à 34 % en 2026.

Lollipop vertical : la part des logements français équipés d'un climatiseur passe de 14 % en 2016 à 25 % en 2020 puis 34 % en 2026 ; une adaptation qu'un locataire de petit logement ne peut souvent ni installer ni financer.

Mais cette parade est précisément celle qui échappe aux plus exposés. Installer une climatisation, un brasseur d'air ou des protections solaires suppose d'en avoir les moyens et, surtout, l'autorisation — deux choses qui manquent au jeune locataire d'un studio comme à l'habitant d'un logement social. La climatisation individuelle a en outre un revers collectif : elle rejette de l'air chaud dehors et aggrave l'îlot de chaleur urbain, celui-là même qui surchauffe les quartiers denses où vivent les plus vulnérables. C'est pourquoi le problème ne se règle pas à l'échelle du climatiseur mais à celle du bâti : isolation, volets extérieurs, ventilation nocturne, végétalisation — des travaux qui, dans le parc locatif, dépendent du propriétaire ou du bailleur, comme le rappellent les drames survenus dans le logement social. En attendant, ce sont les nuits qui trinquent, avec leurs effets documentés sur le sommeil et la santé.

Note méthodologique
  • Sondage principal : Observatoire Leroy Merlin — Le confort d'été, nouveau défi du logement durable, réalisé par l'Ifop auprès d'un échantillon de 6 042 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus, terrain du 3 au 17 juin 2026. Chiffres cités : 92 % des 18-24 ans en difficulté avec la chaleur (80 % en moyenne) ; 70 % santé affectée, 65 % envisagent de déménager, 57 % ont déjà dû quitter leur logement ; 30 % jugent leur logement potentiellement inhabitable, ~19 millions de Français ont déjà dû partir, 41 % citent la chaleur comme première difficulté.
  • Type et statut de logement : part de risque appartement vs maison et surexposition des petits logements / derniers étages, d'après l'Observatoire national de la précarité énergétique et le baromètre Qualitel 2025 (repris par la Fondation pour le logement). Statut des jeunes : Insee, L'accès à l'autonomie résidentielle des 18-24 ans (plus de 80 % de locataires chez les moins de 30 ans, moins de 5 % de propriétaires chez les moins de 25 ans).
  • Écarts d'exposition (graphique dumbbell) : quartiers populaires vs reste de la France, baromètre ANRU des quartiers populaires (59 % vs 43 %) ; revenu, Eurostat/SILC 2023 (35 % des 20 % les plus pauvres vs 18 % des plus riches, à l'échelle de l'UE) ; protection solaire, Ademe, baromètre Sobriétés et modes de vie 2025 (35 % sans volets vs 22 % avec). Ces trois écarts proviennent d'enquêtes différentes, avec des questions et des périmètres propres : ils mesurent une même réalité (souffrir de la chaleur chez soi) mais ne sont pas strictement comparables entre eux — à lire comme trois éclairages convergents, pas comme une série unique.
  • Climatisation : part de logements équipés d'un climatiseur, Ademe (14 % en 2016, 25 % en 2020, 34 % en 2026), reprise dans l'étude Logements bouilloires 2026 de la Fondation pour le logement.
  • Contexte sanitaire : 5 700 décès attribués à la chaleur à l'été 2025 et ~40 000 en moins de dix ans, Santé publique France (via la Fondation pour le logement).
  • Réserves : toutes ces données sont déclaratives — elles mesurent un ressenti (« souffrir de la chaleur », « juger son logement inhabitable »), sensible à la façon de poser la question et à la propension de chacun à se plaindre, qui peut varier avec l'âge. Elles décrivent une exposition et un inconfort perçus, à ne pas confondre avec la mortalité mesurée, dont la géographie par âge est différente (les décès frappent d'abord les personnes âgées). Les pourcentages sont arrondis.

Sources : Le Figaro Immobilier (article d'origine) ; Observatoire Leroy Merlin / Ifop (juin 2026) ; Fondation pour le logement, Logements bouilloires 2026 ; Insee ; ANRU ; Ademe ; Eurostat ; Médiateur national de l'énergie ; Santé publique France. Données et générateurs des graphiques : design-system/charts/_generator/data/canicule-jeunes-logement-exposition-chaleur/.