Entre le 3 et le 22 juillet 2026, la France a enregistré 1 243 décès de plus qu'attendu, a estimé Santé publique France (SpF) dans un bulletin publié mercredi 19 août. Cette deuxième vague de chaleur de l'été a été bien moins meurtrière que la première, celle du 17 juin au 2 juillet, à laquelle l'agence rattache 5 764 morts en excès. Le chiffre de juillet reste une première estimation, appelée à évoluer à mesure que remontent les données d'état civil.
Une première estimation, à mi-chemin du bilan
Le nombre publié est un excès de mortalité « toutes causes » : l'écart entre les décès effectivement enregistrés pendant l'épisode et ceux que l'on aurait attendus, à la même période, sans vague de chaleur. Sur les vingt jours du 3 au 22 juillet, cet écart s'établit à 1 243 morts pour l'ensemble du pays, selon SpF.
L'agence livre cette estimation quinze jours après la fin de l'épisode, comme le prévoit sa procédure. À ce stade, les données de mortalité transmises par l'Insee ne sont pas encore complètes : leur consolidation demande environ un mois, et le décompte de juillet pourra donc bouger. Le bilan de la première vague de juin illustre cette dynamique. La première estimation de SpF, fin juin, tournait autour d'un millier de décès et se disait « vouée à s'alourdir » ; l'agence retient désormais 5 764 morts en excès pour la période du 17 juin au 2 juillet.
La mécanique de l'excès
Pour la mortalité « attendue », SpF modélise les décès observés au cours des six années précédentes, à la même période du calendrier, en écartant les années marquées par un événement exceptionnel. La mortalité observée vient de l'état civil des mairies, agrégé par l'Insee. La différence entre les deux courbes donne l'excès, calculé selon la méthode européenne Euromomo, commune aux agences sanitaires du continent.
Deux limites accompagnent ce chiffre, et SpF les rappelle à chaque bulletin. D'abord, un excès de mortalité toutes causes n'équivaut pas à un nombre de décès directement imputés à la chaleur : il capte une hausse anormale, sans distinguer la cause de chaque décès. L'estimation des morts réellement attribuables à la chaleur, fondée sur la relation statistique entre température et mortalité propre à chaque territoire, ne paraîtra qu'en fin de saison, dans le bilan de l'été. Ensuite, le calcul ne porte que sur les jours de canicule déclarée ; il laisse de côté les journées chaudes qui n'ont pas franchi les seuils d'alerte, mais pèsent aussi sur la mortalité.
La deuxième d'un été en série
L'épisode du 3 au 22 juillet est le deuxième d'une série. Après la vague de juin, la plus intense, une troisième séquence a couvert la France à partir du 28 juillet et s'est prolongée sur dix-sept jours, la troisième plus longue depuis 1947. Pendant l'épisode de juillet, Météo-France a placé plusieurs dizaines de départements en vigilance orange, sans atteindre l'extension de la vigilance rouge de juin, quand 72 départements avaient été concernés simultanément. La moindre intensité et la moindre durée de cette deuxième vague se retrouvent dans son bilan humain, trois à quatre fois inférieur à celui de juin.
Qui meurt, et pourquoi
Derrière le total se cache une population très ciblée. D'un été à l'autre, SpF retrouve la même structure d'âge : environ trois quarts des décès attribuables à la chaleur frappent les personnes de 75 ans et plus, et les femmes, plus nombreuses aux grands âges, y sont surreprésentées.
La chaleur tue par décompensation. Chez une personne âgée, malade chronique ou isolée, la thermorégulation est moins efficace : la sudation tarde, la sensation de soif s'émousse, et certains traitements aggravent la déshydratation. Le coup de chaleur, forme la plus aiguë, reste rare ; le plus souvent, la chaleur précipite une pathologie cardiaque, rénale ou respiratoire déjà installée. Les nuits tropicales, où la température ne redescend pas sous 20 °C, retirent à l'organisme la fenêtre de récupération nocturne : le stress thermique s'accumule d'un jour sur l'autre, et c'est cette addition qui use les corps les plus fragiles.
Loin de 2003, dans la fourchette des vagues récentes
Rapporté à l'histoire des canicules françaises, l'épisode de juillet reste modeste. La canicule d'août 2003 avait causé environ 15 000 morts, un ordre de grandeur jamais réatteint depuis. Les trois vagues de l'été 2022 avaient cumulé 2 816 décès en excès, les quatre de 2023 en avaient totalisé 758.
Le dispositif d'alerte et de prévention mis en place après 2003, avec la vigilance météo et le plan canicule, a réduit la létalité des épisodes à intensité comparable. Mais la fréquence des vagues, elle, augmente avec le réchauffement, et l'adaptation structurelle des villes et des logements reste en retard sur la montée des températures. La consolidation des données d'état civil, attendue en septembre, précisera le chiffre de juillet et celui, plus lourd, de la vague de juin.
Note méthodologique
- Jeu de données principal. Santé publique France, bulletins et bilans « canicule et santé ». L'excès de mortalité « toutes causes » est l'écart entre la mortalité observée (données d'état civil des mairies, transmises par l'Insee) et une mortalité attendue estimée sur les six années précédentes, selon la méthode Euromomo.
- Chiffre central. 1 243 décès en excès du 3 au 22 juillet 2026, première estimation publiée le 19 août (via Libération). Vague de juin (17 juin-2 juillet) : 5 764 en excès (15 910 attendus, 21 674 observés).
- Repères historiques. Canicule d'août 2003 : environ 15 000 morts ; été 2022 : 2 816 décès en excès sur les trois vagues (+16,7 %) ; été 2023 : 758 sur les quatre vagues. Sources : Santé publique France.
- Structure par âge. Environ 75 % des décès attribuables à la chaleur concernent les 75 ans et plus (bilan SpF de l'été 2023). Motif récurrent, utilisé pour situer la population touchée, non recalculé sur l'épisode de juillet 2026.
- Réserves. Estimation à quinze jours non consolidée (consolidation de l'état civil à un mois). Un excès de mortalité toutes causes n'est pas un décompte des décès directement causés par la chaleur ; l'estimation attribuable, fondée sur la relation température-mortalité, ne paraît qu'au bilan de fin d'été. Le calcul porte sur les jours de canicule déclarée, non sur l'ensemble des journées chaudes. Le relèvement progressif de la mortalité de référence, sous l'effet du réchauffement, tend à réduire mécaniquement l'excès mesuré.