La France sort de son été le plus chaud jamais mesuré, avec environ 7 300 décès en excès recensés par Santé publique France à la mi-août 2026. Pour Aline Leclerc, chroniqueuse au service Économie du Monde, ce bilan doit servir de leçon au monde du travail : selon elle, les seules « recommandations » adressées aux employeurs ne protègent pas assez les salariés exposés, et l'État ne peut attendre neuf mois pour rouvrir le dossier.
Un été de référence
Entre la mi-juin et la fin août, la France a cumulé 52 jours de vague de chaleur, un record devant les 33 jours de 2022 et les 22 jours de 2003, selon Santé publique France. Trois épisodes se sont enchaînés : 14 jours en juin, 16 en juillet, 22 à partir de fin juillet. Près des trois quarts des décès en excès concernent les 75 ans et plus, mais la surmortalité remonte désormais dès la tranche des 45 ans, celle des actifs.
Ce que le droit impose déjà
Depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable au 1er juillet 2025, l'employeur doit inscrire le risque chaleur dans son document unique, adapter les horaires et l'organisation du travail, aménager les postes et fournir de l'eau potable fraîche, au moins trois litres par jour et par travailleur sur les chantiers sans eau courante. Les obligations se durcissent selon les paliers de vigilance de Météo-France, du jaune au rouge. Mais, comme le rappelle le Code du travail numérique, aucune température maximale n'impose l'arrêt du travail, et le droit de retrait suppose un « danger grave et imminent » que la seule chaleur ne caractérise pas.
Pourquoi les « recommandations » ne suffisent pas
L'argument d'Aline Leclerc vise la part non contraignante du dispositif. Chaque été, l'État double le décret de consignes et de rappels aux employeurs — sans obligation de résultat ni sanction automatique de l'inspection du travail. Un registre qu'elle juge trop faible face aux chantiers en plein soleil, aux ateliers mal ventilés ou aux entrepôts surchauffés. Son constat rejoint celui des syndicats : la CGT réclame une réforme d'urgence de la loi et un chiffrage de la « surmortalité au travail », quand le gouvernement mise sur des accords de branche négociés d'ici 2027. Le bilan de l'été 2023 avait déjà recensé onze accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur, la moitié dans la construction.
Anticiper avant l'été prochain
L'enjeu, pour la chroniqueuse, est d'employer les neuf mois qui séparent de l'été 2027 à transformer les recommandations en règles opposables, au lieu de rouvrir le dossier dans l'urgence de la prochaine vague. Le calendrier du ministère du Travail prévoit des négociations sectorielles jusqu'à l'automne 2026, pour des dispositifs opérationnels en 2027. Santé publique France doit publier son bilan définitif de l'été 2026 en octobre.