La chaleur regagne du terrain. Lundi 10 août 2026, à la mi-journée, Météo-France a placé 22 départements du sud-est de la France en vigilance orange canicule, contre 13 la veille. Le même jour, 17 départements sont classés en danger élevé de feu de forêt, et près de 70 % du territoire vit sous restrictions d'eau. C'est la cinquième vague de chaleur de l'été 2026, un décompte que la France n'avait encore jamais atteint depuis que Météo-France recense ces épisodes en 1947. Le pic est attendu mercredi 12 et jeudi 13 août, avec plus de 35 °C au nord de la Loire et plus de 40 °C sur la moitié sud, avant un maintien de la chaleur jusqu'au week-end.

L'épisode : une bouffée qui remonte par le sud-est

La vigilance orange a d'abord été déclenchée dimanche 9 août sur treize départements : l'Ain, les Alpes-Maritimes, l'Ardèche, la Corse-du-Sud, la Drôme, le Gard, la Haute-Corse, la Haute-Savoie, l'Isère, le Rhône, la Savoie, le Var et le Vaucluse. Lundi midi, l'alerte s'étend à 22 départements, toujours groupés sur le quart sud-est, de la vallée du Rhône au pourtour méditerranéen et aux Alpes du Sud. La Drôme cumule les deux fronts : vigilance orange canicule et danger élevé de feu de forêt.

Carte de France des 22 départements en vigilance orange canicule le lundi 10 août 2026, groupés sur le quart sud-est : vallée du Rhône, pourtour méditerranéen, Alpes du Sud et Corse ; le reste du pays est hors vigilance orange.

L'air chaud remonte du sud par flux de sud à sud-ouest. Dimanche et lundi, le mercure atteint déjà 37 °C à Montélimar, 35 °C à Auxerre et 34 °C à Paris, soit sept à neuf degrés au-dessus des normales d'un mois d'août. Le météorologue Patrick Marlière décrit sur Europe 1 « l'amorce d'un temps caniculaire avec un pic attendu entre mercredi et jeudi », le maximum devant se maintenir « au moins jusqu'au prochain week-end ». La vigilance, cantonnée au sud-est en ce début de semaine, pourrait ensuite s'élargir vers le nord.

Frise des cinq vagues de chaleur de l'été 2026 en France, du 21 mai au 16 août : première du 21 au 30 mai, deuxième du 17 au 30 juin, troisième du 4 au 13 juillet, quatrième du 28 juillet au 2 août, cinquième du 9 au 16 août (en cours), soit environ 48 jours cumulés, un record de cinq épisodes contre quatre en 2017.

Cinq vagues, un décompte sans équivalent

L'été 2026 aligne sa cinquième vague de chaleur après celles de fin mai, de la seconde quinzaine de juin, du début et de la fin juillet. Le précédent maximum, quatre vagues sur une même année, remontait à 2017, selon le recensement de Météo-France relayé par CNews. Chacun de ces épisodes a laissé sa marque : la troisième vague avait porté 72 départements en vigilance orange le 9 juillet, la quatrième avait visé l'intérieur des terres fin juillet.

L'accélération se mesure sur près de huit décennies. Météo-France a recensé 51 vagues de chaleur depuis 1947. Vingt-cinq se sont produites entre 1947 et 2010, soit une tous les deux ou trois ans ; vingt-six depuis 2011, sur quinze étés seulement. La fréquence annuelle passe ainsi de 0,4 à 1,7 vague par an, une multiplication par plus de quatre.

Fréquence annuelle des vagues de chaleur recensées par Météo-France : 0,4 vague par an entre 1947 et 2010 (25 vagues en 64 ans), 1,7 vague par an entre 2011 et 2025 (26 vagues en 15 ans), soit environ 4,4 fois plus ; l'été 2026 en aligne cinq à lui seul.

Les pics de température de 2026 restent, eux, en deçà des records absolus. La barre nationale demeure fixée à 46,0 °C, mesurés à Vérargues (Hérault) le 28 juin 2019, devant les 44,1 °C de la canicule d'août 2003 (Météo-France). La singularité de l'été 2026 tient à la répétition des épisodes et à leur étalement, de la fin du printemps à la mi-août, davantage qu'à un thermomètre poussé à l'extrême un jour donné. Cette tendance de fond, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur, est attribuée au réchauffement climatique par Météo-France, qui prévoit un doublement de leur nombre d'ici 2050.

Le mécanisme : un dôme de chaleur sur des sols asséchés

Une canicule prolongée relève d'un blocage atmosphérique. Sous une crête d'anticyclone, l'air subit une compression en descendant vers le sol, la subsidence, qui le réchauffe et empêche les nuages de se former. Quand les ondulations du courant-jet ralentissent au point de devenir quasi stationnaires, cet anticyclone reste ancré plusieurs jours au même endroit et forme un dôme de chaleur, sous lequel toute une épaisseur de la troposphère se réchauffe. La configuration de l'été 2026 y ajoute une remontée d'air chaud par le sud, déjà à l'œuvre lors du troisième épisode de juillet, structuré par un jet stream en oméga.

À ce moteur atmosphérique s'ajoute un amplificateur au sol. Les précipitations manquent depuis le printemps, et l'humidité des sols superficiels est descendue à un niveau inédit aussi tôt dans l'été, inférieur à 1976, 2022 ou 2025 selon Météo-France. Un sol humide consacre une part de l'énergie solaire à évaporer son eau et à alimenter l'évapotranspiration des plantes, ce qui rafraîchit l'air proche du sol. Quand les réserves s'épuisent, ce climatiseur naturel s'arrête : l'énergie disponible chauffe alors directement le sol puis l'atmosphère, ce qui peut ajouter quelques degrés à la température et entretenir la sécheresse en retour.

Cette sécheresse des sols et de la végétation nourrit le second front, celui des incendies. Le dispositif Météo des forêts de Météo-France croise prévision météo et état de dessèchement de la végétation, et gradue le danger sur quatre niveaux, de faible à très élevé ; le niveau « élevé » signale que les conditions aggravent significativement le risque de départ et de propagation. Végétation desséchée, air chaud et sec, vent : la combinaison est réunie sur 17 départements ce 10 août. L'institut rappelle que neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine. Fin juillet déjà, la France avait connu 27 départements en danger élevé et un record de surfaces brûlées.

L'eau, le front le plus étendu

C'est la sécheresse, plus que la chaleur du jour, qui pèse sur la plus grande partie du territoire. Près de 70 % des départements appliquent des restrictions d'usage de l'eau, décidées par les préfets et cartographiées sur Propluvia. Ces arrêtés échelonnent les mesures de la vigilance à la crise, ce dernier stade réservant les prélèvements aux usages prioritaires que sont l'eau potable, la santé et la sécurité civile.

Le 10 août 2026, en France métropolitaine (96 départements) : 22 départements en vigilance orange canicule (23 %), 17 en danger élevé de feu de forêt (18 %) et environ 67 sous restrictions d'eau (près de 70 %). La sécheresse touche une part bien plus large du territoire que la chaleur.

Le niveau d'alerte reste en deçà du pic de 2022, année où 95 départements étaient soumis à restrictions et 78 placés en crise au 25 août, la conséquence d'un déficit de pluie qui, cette fois encore, s'est installé dès le printemps. La bascule d'une sécheresse commandée par le manque de pluie vers une sécheresse entretenue par la chaleur et l'évaporation est l'un des marqueurs des étés récents en Europe.

Le pic thermique de cette cinquième vague est attendu pour le milieu de semaine. Météo-France actualise sa carte de vigilance deux fois par jour, et la carte Météo des forêts porte sur le lendemain et le surlendemain.


Note méthodologique. Période : bulletin arrêté au lundi 10 août 2026, jour où Météo-France a porté à 22 le nombre de départements en vigilance orange canicule. Décomptes du jour (22 départements en vigilance orange, 17 en danger élevé de feu de forêt) : Météo-France, relayés par la presse (CNews, Europe 1) ; le total de 22 est celui de l'institut, la liste nominative des départements est reconstruite d'après la carte de vigilance et le communiqué de la veille. Part sous restrictions d'eau : ordre de grandeur (« près de 70 % ») d'après Propluvia ; converti en ~67 départements sur 96 pour la comparaison graphique. Nombre de vagues de chaleur (51 depuis 1947 ; 25 sur 1947-2010, 26 sur 2011-2025 ; record de 4 en 2017) : Météo-France, via CNews. Les dates des cinq vagues de l'été 2026 suivent l'indicateur thermique national (délimitation nationale approchée) ; la cinquième est en cours, sa date de fin est une prévision (pic les 12-13 août). Records nationaux (46,0 °C à Vérargues en 2019 ; 44,1 °C en 2003) : Météo-France. Normales : moyennes 1991-2020 (Tmax), valeurs de référence approchées pour le calcul des écarts. Mécanismes : Météo des forêts et dôme de chaleur ; rôle de l'assèchement des sols d'après Météo-Consult / La Chaîne Météo et Météo-Paris. Restrictions d'eau de 2022 : Réussir / Propluvia. Réserves : la source première de l'item est un direct payant du Figaro, non citée ici au profit de sources publiques ; les valeurs de température du 10 août sont des observations et prévisions de début d'épisode, susceptibles d'être révisées.