Les vagues de chaleur qui ont traversé l'Europe durant l'été 2026 auront coûté environ 113 milliards d'euros de production perdue à trente pays du continent, chiffre l'assureur Allianz dans une étude publiée fin septembre. La France, troisième pays le plus touché en valeur absolue, encaisse à elle seule 20,1 milliards. À eux trois, l'Italie, l'Allemagne et la France concentrent près des deux tiers de la facture.

Le montant équivaut à 0,46 % du produit intérieur brut cumulé des trente économies étudiées, et à près de 60 % de l'ensemble des pertes météorologiques recensées dans le monde en 2025 (environ 210 milliards de dollars). L'Italie porte la charge la plus lourde, 28 milliards d'euros, devant l'Allemagne (25 milliards) et la France. Le reste de l'Europe, vingt-sept pays, se partage les 40 milliards restants.

Barres du coût des vagues de chaleur 2026 par pays : Italie 28, Allemagne 25, France 20,1 milliards d'euros, reste de l'Europe 39,9 ; total 113 milliards.

Le chiffre d'Allianz ne recense pas les dégâts matériels — toitures arrachées, cultures grillées, routes fondues. Il mesure un manque à gagner : la richesse qui n'a pas été produite parce qu'il faisait trop chaud pour travailler et pour consommer normalement. La méthode retient, pour chaque pays, son épisode de cinq jours le plus intense entre juin et août, corrigé de l'humidité et de la population exposée, puis en déduit l'effet sur la croissance annuelle. Rapportée à la taille de chaque économie, c'est Chypre qui souffre le plus, avec 1,74 point de PIB amputé.

Un été qui a battu ses propres records

L'ampleur de la note se lit d'abord au thermomètre. Selon le service européen Copernicus (C3S), l'été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en Europe de l'Ouest, avec une température moyenne de 21,69 °C entre juin et août, soit 2,54 °C au-dessus de la normale climatique 1991-2020. Le précédent record, celui de la canicule de 2003, est dépassé. À l'échelle du continent entier, l'été se classe au troisième rang, derrière 2024 et 2022.

La chaleur est montée tôt et haut. Une première vague s'installe dès le 24 mai, une deuxième à la mi-juin, une troisième début juillet. Le 19 juillet, la station d'Orani, en Sardaigne, relève 48,4 °C, une des valeurs les plus élevées jamais observées sur le continent. En France, le mercure atteint 44,3 °C à Pissos, dans les Landes, le 23 juin. Surtout, la fournaise a poussé assez loin vers le nord pour faire tomber des records nationaux de chaleur en Tchéquie, en Allemagne, en Autriche, au Bélarus et jusqu'au Danemark, où Ødum a mesuré 37,0 °C le 27 juin.

Températures maximales relevées par pays durant l'été 2026 : pointe à 48,4 °C en Sardaigne, records nationaux battus de la Tchéquie au Danemark (37,0 °C).

Cette chaleur ne tombe pas sur un climat neutre. Depuis les années 1980, Allianz recense une multiplication par sept des épisodes de stress thermique, et une mortalité moyenne par épisode multipliée par cinq. Le réchauffement de l'arrière-plan décale toute la distribution : un été qui aurait été exceptionnel il y a trente ans devient la nouvelle référence, et les extrêmes qui le bordent dépassent des seuils jamais franchis. Le bilan humain de l'épisode se compte en milliers de décès en excès à l'échelle du continent, dont plusieurs milliers pour la seule France.

Pourquoi un degré de trop coûte de l'argent

Le lien entre le thermomètre et le PIB passe d'abord par le corps humain. Les travaux d'Allianz situent autour de 30 °C un seuil au-delà duquel la production horaire d'un travailleur commence à décrocher : chaque degré supplémentaire lui retranche environ 3 % dans la plage 30-35 °C. Au-delà du seuil, il faut multiplier les pauses, l'absentéisme monte, les chantiers et les ateliers non climatisés ralentissent. Dans le même mouvement, la demande d'électricité grimpe d'environ 1,2 % par degré, tirée par la climatisation là où elle existe.

Courbe de la production horaire du travail selon la température : stable jusqu'à un seuil de 30 °C, puis déclin d'environ 3 % par degré, jusqu'à −15 % à 35 °C.

L'exposition varie fortement d'un pays à l'autre, et l'humidité y pèse lourd. Une chaleur humide bride davantage le corps qu'une chaleur sèche de même température, parce que la transpiration évacue moins bien la chaleur quand l'air est déjà saturé de vapeur d'eau. Allianz le vérifie dans ses chiffres : l'épisode plus humide de l'Italie est associé à une perte de croissance supérieure à celle de la Hongrie, pourtant frappée par une chaleur plus forte mais plus sèche. La géographie du confort thermique intérieur creuse l'écart avec l'Amérique du Nord : à peine 19 % des logements européens sont climatisés, contre près de 90 % aux États-Unis.

Carte de l'Europe situant la perte de production due aux canicules de l'été 2026 : disques proportionnels au montant sur l'Italie (28 milliards d'euros), l'Allemagne (25) et la France (20,1), et un repère sur Chypre, pays le plus touché rapporté au PIB (1,74 point).

À ces effets directs s'ajoute la sécheresse, qui a accompagné la chaleur tout l'été. Quand les sols perdent leur humidité, ils cessent de se rafraîchir par évaporation et renvoient l'énergie solaire sous forme de chaleur : le déficit d'eau amplifie et prolonge les vagues de chaleur, un mécanisme de rétroaction bien identifié. Le Rhin, l'Elbe et le Danube ont connu des niveaux très bas, entravant la navigation fluviale, et les campagnes ont souffert, à l'image des agriculteurs confrontés à la répétition des étés secs. Les rendements agricoles baissent, la production hydroélectrique recule, les centrales thermiques peinent à se refroidir faute d'eau assez fraîche dans les rivières.

Une facture appelée à grossir

L'estimation de 113 milliards porte sur une seule saison. Dans une étude distincte publiée en mai, Allianz projette qu'en rejouant sur 2026-2030 les cinq années les plus chaudes de la décennie écoulée, les pertes cumulées de PIB atteindraient 5 à 7 % pour les économies les plus exposées, soit l'équivalent de 240 milliards de dollars pour la France sur cinq ans. La pression pèserait aussi sur les finances publiques, avec une perte annuelle de recettes fiscales estimée à 1,8 % du PIB pour la France, 1,3 % pour l'Italie et l'Espagne, 0,7 % pour l'Allemagne. L'assureur n'a pas publié de nouvelle projection au-delà de 2030.

Note méthodologique

Sujet. Coût économique des vagues de chaleur de l'été 2026 en Europe, d'après l'assureur Allianz, à partir d'un item de Libération (25 septembre 2026). Le paywall de la source n'a pas été franchi : l'article s'appuie sur les publications en accès libre d'Allianz Research, leurs reprises presse et les données ouvertes de Copernicus.

Chiffre central. Allianz Research, Climate Economics Report 2026 (« Climate Risk Tracker »), fin septembre 2026 : 113 Md€ (128 Md$) de production perdue sur 30 pays, soit 0,46 % de leur PIB combiné ; Italie 28 Md€, Allemagne 25 Md€, France 20,1 Md€ ; part relative maximale en Chypre (1,74 point de PIB). Méthode : épisode de 5 jours le plus intense de juin à août, ajusté de l'humidité et de l'exposition de la population. Il s'agit d'un manque à gagner (croissance), et non d'un cumul de dommages assurés — d'autres bilans, plus larges, circulent à des montants supérieurs (jusqu'à 180 Md€ tous dommages confondus selon certaines synthèses), sur un périmètre différent.

Seuil de productivité et projection 2026-2030. Allianz Research, Too hot to grow: the economic costs of extreme heat, 28 mai 2026 — seuil critique ~30 °C, décrochage ~3 % de production horaire par degré dans la plage 30-35 °C, demande d'énergie +1,2 %/°C ; scénario de pertes cumulées 2026-2030 (5-7 % du PIB pour les plus exposés). La courbe de dose-réponse présentée ici est un schéma de la relation, calé sur ce taux central, non une série observée.

Ancrage climatique. Copernicus C3S (bulletins climatiques, été et août 2026) : Europe de l'Ouest, moyenne juin-août 21,69 °C, +2,54 °C vs 1991-2020, plus chaud été mesuré (record précédent : 2003) ; Europe entière au 3ᵉ rang (derrière 2024 et 2022). Températures maximales et records nationaux : relevés des services météo nationaux compilés par C3S et la synthèse encyclopédique de l'épisode (2026 European heatwaves). Ces valeurs de pointe sont des relevés ponctuels de stations ; plusieurs correspondent à des records nationaux de chaleur, d'autres non (Italie, France, Grèce).

Réserves. Les montants économiques sont des estimations de modèle, sensibles aux hypothèses sur l'exposition et l'humidité ; le total 2026 peut encore être révisé. Le bilan humain (décès en excès) provient de méthodes d'attribution distinctes, préliminaires et non homogènes d'un pays à l'autre : il est cité en ordre de grandeur, sans addition entre sources.

Données et scripts : design-system/charts/_generator/data/canicules-2026-cout-economique-113-milliards/.