À force de leur parler, on oublie qu'ils prennent des notes. ChatGPT et Gemini se sont mis, chacun à sa manière, à mémoriser qui vous êtes : vos projets, vos habitudes, votre entourage, parfois des détails que vous ne pensiez pas avoir livrés. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut leur demander de tout recracher, puis décider quoi effacer. Mode d'emploi 2026.
Deux assistants, deux façons de vous connaître. ChatGPT construit sa connaissance de vous à partir de ce que vous lui dites, conversation après conversation. Gemini, lui, part d'un avantage de terrain : il est adossé à votre compte Google, c'est-à-dire à votre nom, à votre historique de recherche et, si vous l'y autorisez, à vos autres applications Google. Comprendre ces deux mécaniques, c'est comprendre pourquoi l'un peut vous surprendre en citant un voyage que vous préparez, et l'autre en connaissant votre prénom dès le premier message.
ChatGPT : une mémoire à deux étages
Depuis les évolutions successives de sa fonction « mémoire », ChatGPT combine deux couches distinctes, et la distinction est cruciale pour la vie privée.
La première, ce sont les souvenirs enregistrés (« saved memories ») : une liste explicite de faits que le modèle a décidé de retenir — votre métier, vos centres d'intérêt, le prénom de vos enfants, le fait que vous êtes végétarien ou que vous apprenez le portugais. Cette liste est consultable et modifiable ligne par ligne. C'est la seule partie de sa connaissance que vous voyez telle quelle.
La seconde couche est plus insidieuse : la référence à l'historique des conversations. Là, aucune liste. Le modèle relit vos échanges passés en arrière-plan et en tire un portrait de vous « au fil de l'eau », qui n'est jamais figé ni affiché. Une refonte déployée en 2026 (baptisée en interne « dreaming » par OpenAI) a poussé cette logique plus loin encore : le système révise vos anciennes conversations en tâche de fond, en extrait ce qui compte et met à jour un portrait de qui vous êtes « maintenant ». Pratique, mais cela signifie qu'une part de ce que ChatGPT sait de vous n'apparaît nulle part sous forme de fiche.
Le faire parler
Le test le plus simple tient en une phrase. Ouvrez une conversation et tapez, en français, quelque chose comme :
« Que sais-tu de moi ? Fais la liste de tout ce dont tu te souviens à mon sujet. »
Ou, pour viser la couche implicite :
« À partir de nos conversations passées, dresse mon profil : mes habitudes, mes préférences, ce que tu supposes de ma vie. »
Le résultat est souvent troublant de justesse — et parfois faux, ce qui est un problème d'un autre ordre. Attention toutefois : ce que le modèle « avoue » n'est pas exhaustif ni parfaitement fiable, c'est une reformulation, pas un export brut. Pour la vérité de référence, il faut aller dans les réglages.
Voir, corriger, effacer
Sur ordinateur, le chemin est : avatar de profil → Réglages → Personnalisation → Gérer les souvenirs. S'affiche alors la liste complète des souvenirs enregistrés, chacun daté. Sur mobile : menu → votre nom → Personnalisation → Gérer la mémoire.
De là, tout est possible :
- Supprimer un souvenir précis : survolez la ligne, cliquez sur l'icône corbeille (la suppression est immédiate et sans annulation).
- Tout effacer : en bas du panneau, « Effacer la mémoire de ChatGPT » remet le compteur à zéro.
- Corriger une erreur : le plus propre est de supprimer la ligne fautive, puis de dicter la bonne information (« Retiens que… »).
- Couper la mémoire : le même écran Personnalisation propose un interrupteur pour désactiver la mémoire ; les deux couches (souvenirs et historique) se coupent indépendamment.
Deux gestes complémentaires valent d'être connus. Pour un échange ponctuel sans laisser de trace, utilisez une conversation temporaire (qui n'alimente ni la mémoire ni l'historique). Et dans Réglages → Contrôles des données, désactivez « Améliorer le modèle pour tout le monde » si vous ne voulez pas que vos échanges servent à l'entraînement.
Gemini : ce que votre compte Google raconte déjà
Avec Gemini, la surprise vient souvent en sens inverse. Beaucoup d'utilisateurs découvrent qu'il connaît leur prénom dès le premier message : rien de magique, il lit simplement le profil du compte Google avec lequel vous êtes connecté. C'est le socle de base, présent même sans réglage particulier.
Au-delà, Google a ouvert la personnalisation : Gemini peut s'appuyer sur votre historique de recherche (Web & App Activity) pour affiner ses réponses, puis, à mesure que la fonctionnalité s'étend, se connecter à d'autres applications Google — Search, et progressivement Photos, YouTube et d'autres services. L'assistant décide, requête par requête, si aller piocher dans ces données améliorerait sa réponse. D'où l'impression, parfois, qu'il « en sait trop » sur vos préférences ou vos projets.
Le faire parler, là aussi
Les mêmes questions fonctionnent :
« Sur quelles données de mon compte Google t'appuies-tu pour me répondre ? »
« Que sais-tu de moi, et d'où vient cette information ? »
Gemini a tendance à être explicite sur ses sources (profil du compte, historique de recherche, applications connectées), ce qui aide à cartographier ce qui est branché.
Reprendre la main
La connaissance de Gemini se règle à deux endroits.
Côté Gemini d'abord : dans les paramètres de l'application, la section Personnalisation / applications connectées (« Personal Intelligence » selon les versions) liste ce qui est relié et permet de tout déconnecter. Google impose trois conditions cumulatives pour la personnalisation par la recherche : la fonction activée, votre autorisation explicite, et l'activité Web & App activée — couper l'une des trois suffit. Comme ChatGPT, Gemini propose des conversations temporaires, non enregistrées et non utilisées pour la personnalisation.
Côté compte Google ensuite, c'est là que se trouve la matière première. Sur myactivity.google.com, vous consultez et effacez votre activité sur le Web et les applications, votre historique de recherche, celui de YouTube, et vous pouvez programmer une suppression automatique (3, 18 ou 36 mois). Tarir cette source, c'est réduire d'autant ce que Gemini peut apprendre de vous.
L'angle vie privée : ce que dit le RGPD
Ces mémoires ne sont pas un simple confort : elles traitent des données personnelles, et le RGPD s'applique pleinement aux IA génératives déployées en Europe, sans exception, rappelle la logique posée par la CNIL dans ses recommandations IA. Vous disposez donc, en principe, des droits d'accès, de rectification, d'opposition et d'effacement.
En pratique, ces droits butent sur une difficulté technique bien réelle. Effacer un souvenir enregistré ou votre historique, oui, c'est immédiat. Mais faire disparaître une information vous concernant qui aurait servi à entraîner le modèle est une autre affaire : les données d'entraînement n'y sont pas rangées dans des cases identifiables, et un réentraînement complet du modèle à la demande d'une personne n'est pas réaliste. Ce qu'une demande d'effacement obtient concrètement, c'est le plus souvent un filtrage des sorties — empêcher le modèle de générer du contenu à votre sujet — plutôt qu'une véritable amputation de sa mémoire profonde.
D'où quelques réflexes de bon sens qui valent mieux qu'un recours a posteriori :
- Ne confiez pas à un chatbot ce que vous ne voudriez pas voir ressortir (données de santé, situation financière, informations sur des tiers).
- Faites le ménage régulièrement : un passage par la liste des souvenirs et par votre activité Google toutes les quelques semaines suffit à éviter la dérive.
- Utilisez les modes temporaires pour les sujets sensibles.
- Coupez la contribution à l'entraînement dès que la case existe.
En un test
Le plus parlant reste de le faire vous-même, ce soir : ouvrez ChatGPT, demandez-lui ce qu'il sait de vous, puis ouvrez la page « Gérer les souvenirs » pour comparer avec la liste officielle. Recommencez avec Gemini en lui demandant sur quelles données Google il s'appuie. En dix minutes, vous saurez précisément ce que ces deux assistants ont retenu — et vous aurez, entre vos mains, tous les boutons pour décider ce qu'ils gardent.