Le gouvernement dit avoir tenu parole : les 30 000 climatiseurs mobiles promis lors de la canicule de juin ont été livrés, et même dépassés. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé le 30 juillet 2026 que « 33 000 climatiseurs » d'appoint ont été acheminés dans les hôpitaux et Ehpad. Mais dans le secteur, la mesure passe pour une rustine.
Une enveloppe d'urgence de 100 millions d'euros
Face à la vague de chaleur historique de fin juin, l'exécutif avait débloqué en urgence une enveloppe de 100 millions d'euros, correspondant selon Matignon à l'achat d'environ 30 000 appareils mobiles pour les établissements de santé. Un mois plus tard, la ministre présente la livraison comme une « promesse tenue » : le matériel « va permettre un confort de travail pour les soignants et aussi bien sûr un confort pour les patients », a-t-elle déclaré sur franceinfo. L'annonce intervient alors que le bilan sanitaire de la canicule reste lourd et que les établissements activent régulièrement le plan ORSAN.
« Grand public, livré dans l'urgence »
Côté professionnels, l'unanimité n'est pas au rendez-vous. Pour Jordan Jamelot, de la CGT, il s'agit de simples « appareils d'appoint », « grand public, livrés dans l'urgence », dont la robustesse est insuffisante pour un usage professionnel intensif 24h/24 en milieu hospitalier (Egora). Le syndicat rappelle que « la moitié des surfaces hospitalières » ne dispose toujours pas d'une climatisation adéquate, et juge la situation « pitoyable ». Des interrogations émergent aussi sur la transparence des marchés publics, au regard d'un coût apparent avoisinant 3 000 euros par appareil, et sur des problèmes techniques concrets (compatibilité des prises électriques).
Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière, déplore que ces décisions « viennent un peu au dernier moment » et plaide pour des « plans stratégiques à long terme » : rénovation thermique des bâtiments et végétalisation, plutôt qu'un déploiement d'urgence de climatiseurs.
La contradiction environnementale
Au-delà de l'efficacité, la mesure heurte une logique d'adaptation de fond. Chaque climatiseur rejette à l'extérieur la chaleur qu'il extrait des chambres : en pleine canicule, ces rejets aggravent l'îlot de chaleur urbain, réchauffant les rues jusqu'à plusieurs degrés supplémentaires la nuit selon Le Moniteur. S'y ajoutent la consommation électrique et les fluides frigorigènes, dont franceinfo rappelle l'impact climatique.
Le débat renvoie ainsi à une question plus large : celle de la conception thermique des bâtiments et de la place de l'adaptation structurelle dans la réponse publique. Face à des étés qui s'annoncent durablement plus chauds, les soignants réclament autre chose qu'un parc de climatiseurs mobiles déployés dans l'urgence, canicule après canicule.