Demander à ChatGPT un itinéraire de vacances est devenu un réflexe pour une part croissante de voyageurs. Mais lui faire confiance en est un autre : une étude publiée dans le Journal of Travel Research montre que la résistance à ces outils tient moins à la technique qu'à des freins psychologiques et culturels tenaces.

Menée par le chercheur Tan Vo-Thanh (EMLV Business School), l'enquête repose sur 22 entretiens approfondis avec des voyageurs internationaux fréquents — au moins quatre séjours à l'étranger en trois ans. Objectif : comprendre pourquoi, malgré la promesse d'un « assistant de voyage » universel, tant d'usagers gardent leurs distances. Les chiffres du marché confirment cette prudence : selon Longwoods International, 25 % des voyageurs américains avaient utilisé un outil d'IA pour préparer un déplacement mi-2025 (contre 19 % un an plus tôt), mais seule une minorité — environ un tiers — se dit prête à s'en remettre vraiment à ChatGPT pour planifier.

Quatre barrières à l'adoption

L'étude distingue d'abord des freins concrets. La barrière d'usage : des interfaces fragmentées, où l'IA suggère un vol sans pouvoir le réserver, obligeant à jongler entre plateformes. La barrière de valeur : des recommandations génériques, dignes d'une liste « top 10 » sans plus-value par rapport à une simple recherche Google.

Vient ensuite l'obstacle majeur, la barrière de risque, incarnée par les hallucinations : des informations fausses assénées avec aplomb. Un participant raconte s'être vu proposer des sites classés à l'Unesco erronés ; d'autres évoquent des hôtels inexistants ou des règles de visa périmées — autant d'erreurs aux conséquences potentiellement coûteuses en voyage.

Un refus qui touche à l'intime

Le plus révélateur relève des menaces psychologiques. Planifier un voyage n'est pas une corvée à déléguer mais un rituel personnel : déléguer, c'est renoncer à une part d'autonomie et de plaisir. S'y ajoute une dimension culturelle. Chez les voyageurs iraniens interrogés, la recommandation touristique repose traditionnellement sur la confiance relationnelle — le conseil d'un proche expérimenté — face à laquelle l'IA paraît froide et désincarnée. Plusieurs dénoncent même des systèmes « biaisés par l'Occident », culturellement déphasés.

Vo-Thanh dessine ainsi trois profils de résistants : les opposants, attachés au geste personnel ; les temporisateurs, ni pour ni contre, qui attendent des preuves et des retours d'expérience ; et des leaders d'opinion critiques, qui contestent activement la neutralité de ces outils.

La leçon dépasse le tourisme et rejoint un constat plus large sur la méfiance des usagers envers l'IA : lever la résistance ne passe pas par plus de fonctionnalités, mais par la fiabilité, la transparence des sources et le respect de l'expérience humaine du voyage. Tant que l'IA n'aura pas gagné cette confiance-là, elle restera un outil de rêverie plus qu'un véritable agent de voyages.