Le premier ministre Sébastien Lecornu a prévenu mercredi 24 juin ses ministres et leurs équipes qu'ils devaient se préparer à « un scénario où il n'y aurait pas de vacances à proprement parler » cet été. En cause, selon Matignon, « l'enchaînement des crises » et « l'incertitude sur la durée de la canicule », qui empêchent de fixer un calendrier estival (franceinfo, LCP).

Un message lancé en plein pic de chaleur

L'alerte a été transmise par les services du premier ministre le jour même du Conseil des ministres tenu à l'Élysée, alors que la France traversait l'un des épisodes caniculaires les plus intenses de son histoire récente. Le 24 juin marquait la journée la plus chaude jamais enregistrée dans le pays, avec 58 départements en vigilance rouge, un chiffre porté à 72 le lendemain (La Gazette France).

Matignon n'a pas tranché : aucune décision définitive d'annuler les congés n'a été prise. Il s'agit, selon l'entourage du premier ministre, « d'une forme d'alerte » destinée à anticiper plusieurs hypothèses, sans interdire le repos. Lecornu avait déjà, la veille, demandé au gouvernement de bâtir trois scénarios de gestion de la crise, dont celui d'une chaleur s'étirant sur une bonne partie de juillet (voir notre article).

La canicule n'est toutefois pas la seule raison invoquée. L'« enchaînement des crises » cité par Matignon renvoie à un agenda déjà chargé pour l'exécutif, sommé de garder le gouvernement en ordre de marche au moment où la trêve estivale relâche traditionnellement la pression politique. La ministre Monique Barbut a par ailleurs prévenu que de nouvelles chaleurs extrêmes étaient attendues entre le 6 et le 14 juillet, repoussant d'autant l'horizon d'une éventuelle accalmie.

Vacances en France et départs à signaler

Les consignes transmises sont précises. Si les congés sont maintenus, ils devront « dans la mesure du possible » être pris en France. Et les membres du gouvernement qui envisageraient malgré tout de partir à l'étranger auraient l'obligation de le « signaler ». L'idée : garantir que chaque ministre reste joignable et mobilisable rapidement en cas d'aggravation de la situation.

Le rappel n'a pas été du goût de tous. Dans plusieurs cabinets, des conseillers ont fait part de leur agacement, l'un d'eux dénonçant des journées « de 8 h 30 à minuit » sans perspective de coupure (LCP).

L'ombre de 2003

Derrière cette précaution affichée plane le souvenir de la canicule d'août 2003, qui avait causé environ 15 000 morts. À l'époque, le ministre de la Santé Jean-François Mattei avait été vivement critiqué pour s'être exprimé en polo depuis sa maison de vacances du Var, en pleine crise sanitaire. Pour Lecornu, dont le gouvernement enchaîne les fronts, l'enjeu est aussi politique : éviter qu'une image de plage ne vienne nourrir l'accusation d'un exécutif déconnecté pendant que les Français suffoquent.