À la campagne d'observation d'août 2026, qui fixe la situation au 1er septembre, 1 424 petits cours d'eau français ne coulent plus normalement : soit leur écoulement n'est plus visible, l'eau ne subsistant qu'en flaques déconnectées, soit leur lit est totalement à sec. C'est 44 % des quelque 3 230 stations que l'Office français de la biodiversité (OFB) surveille chaque été depuis 2012, et 30 de plus qu'au pic d'août 2022, l'année de référence de la sécheresse. L'établissement public qualifie le niveau de dégradation d'« exceptionnel ». La donnée est publique, mesurée à l'œil par ses agents sur le terrain, et elle décrit un phénomène appelé à se répéter avec le réchauffement.
Ce que voit le réseau ONDE
L'observatoire national des étiages, ONDE, ne mesure pas un débit. Ses agents se rendent chaque mois, de mai à septembre, sur environ 3 230 petites stations réparties dans tous les départements, et classent ce qu'ils voient selon un protocole national en trois modalités. Un écoulement visible signifie que l'eau circule en continu. Une rupture d'écoulement, dite « écoulement non visible », signale que l'eau ne s'écoule plus et ne subsiste qu'en flaques isolées. L'assec correspond à un lit sec sur plus de la moitié de la station, l'eau s'étant évaporée ou infiltrée.
Ces stations sont volontairement placées sur les têtes de bassin, les rus et les petits affluents de l'amont. Ce sont les premiers vaisseaux du réseau hydrographique à se vider, et donc les premiers témoins d'une sécheresse hydrologique. Là où l'étiage des grands fleuves régulés reste soutenu par des barrages, le petit chevelu de l'amont dépend directement de la pluie et de la nappe qui l'alimente.
Un été qui a dépassé 2022 plus tôt et plus haut
La saison 2026 s'est dégradée dès le début de l'été. Au fil des campagnes mensuelles, le nombre de cours d'eau en rupture ou en assec est passé de 821 en juin à 1 372 en juillet, puis 1 424 en août. Ce dernier relevé dépasse le record précédent, les 1 394 cours d'eau dégradés d'août 2022, et se situe très au-dessus des 1 135 d'août 2025.
Cours d'eau en rupture d'écoulement ou assec, par campagne ONDE mensuelle. Réseau d'environ 3 230 stations. ⚡ZapNews.
Le calendrier importe autant que le total. En 2022, le maximum estival avait été atteint en août avant de refluer en septembre. En 2026, la barre de 2022 est franchie dès la campagne d'août, sans qu'un reflux soit encore acquis, ce qui laisse la saison se prolonger sur des réserves déjà épuisées.
Le record ne tient pas à la modalité intermédiaire. Sur les 3 229 stations d'août, la classe la plus sévère, l'assec pur, atteint 1 177 lits totalement à sec, davantage qu'au record de 2022 (1 100). Les ruptures d'écoulement, où l'eau stagne encore en flaques, restent un peu moins nombreuses qu'il y a quatre ans, 247 contre 294. Ce sont donc les cours d'eau entièrement asséchés qui font le bilan de 2026.
Stations ONDE par modalité, campagne d'août, années 2022, 2025 et 2026. ⚡ZapNews.
Une géographie du manque
Aucune région n'est épargnée, mais la dégradation se concentre. Vingt et un départements comptent au moins 60 % de leurs stations en rupture ou en assec. Les plus touchés dessinent un axe qui court de la façade atlantique au nord-est : la Vendée et la Loire-Atlantique voient près de neuf stations sur dix privées d'écoulement, la Haute-Marne et la Creuse plus de huit sur dix, la Côte-d'Or, la Nièvre et les Deux-Sèvres environ trois sur quatre. Les Charentes et une large diagonale centrale suivent.
Part des stations ONDE en rupture d'écoulement ou assec, campagne d'août 2026. Valeur normalisée par département. ⚡ZapNews.
À l'inverse, les hauts massifs restent les mieux lotis. Dans les Alpes et les Pyrénées, l'eau de fonte et des précipitations plus abondantes maintiennent l'écoulement. Le contraste recoupe celui qui se lit déjà sous terre, où deux tiers des points de suivi des nappes affichaient un niveau inférieur aux normales au début de l'été, selon le Bureau de recherches géologiques et minières.
Pourquoi les petits cours d'eau s'éteignent
Le mécanisme relie trois horloges. Un petit cours d'eau d'amont vit d'abord de la pluie, puis, quand elle cesse, de la nappe qui affleure et le draine. Cette réserve souterraine se recharge surtout d'octobre à mars, lorsque les précipitations dépassent l'évapotranspiration et que l'excédent s'infiltre. D'avril à septembre, la végétation active et la chaleur consomment presque toute l'eau disponible, la recharge s'arrête et la nappe se vide. Quand elle descend sous le niveau du lit, elle cesse d'alimenter le ru, l'écoulement se fragmente en flaques, puis disparaît.
La chaleur de 2026 a accéléré la dernière étape. La quantité de vapeur d'eau que l'air peut contenir croît d'environ 7 % par degré, selon la relation de Clausius-Clapeyron, si bien qu'un air plus chaud assèche plus vite les sols, les plantes et les filets d'eau restants. Une nappe entrée dans l'été à un niveau déjà bas, faute de recharge hivernale suffisante, puis vidée par une évaporation intense, ne peut plus soutenir l'écoulement de surface. C'est cet enchaînement, plus que le seul déficit de pluie, que les hydrologues jugent déterminant.
L'étiage, la période de plus basses eaux, est un rendez-vous annuel normal ; l'assec généralisé de l'amont, lui, fragmente l'habitat aquatique. Poissons et invertébrés se retrouvent piégés dans des flaques qui se réchauffent et s'appauvrissent en oxygène, quand ils ne sont pas mis à nu ; la continuité écologique du cours d'eau se rompt, et sa reconquête après le retour de l'eau prend du temps.
La prochaine échéance est calendaire. Une nouvelle campagne ONDE sera menée fin septembre, et la recharge des nappes ne reprendra pas avant l'automne, à condition que les pluies reviennent. En 2022, le nombre de cours d'eau dégradés avait commencé à refluer dès septembre ; en 2026, il reste à vérifier si le point le plus haut a été atteint.
Note méthodologique. Période : campagnes d'observation d'ONDE de juin à septembre, années 2022, 2025 et 2026 ; le relevé le plus récent est la campagne usuelle d'août 2026, qui définit la « situation au 1er septembre 2026 ». Source des données : réseau ONDE de l'Office français de la biodiversité, déployé depuis 2012, environ 3 230 stations observées visuellement selon un protocole national en trois modalités (écoulement visible ; écoulement non visible, ou rupture d'écoulement ; assec). Les décomptes de cet article sont une agrégation, par ZapNews, des observations brutes diffusées par l'API Hub'Eau (réseau Onde OFB, campagnes usuelles), extraites le 4 septembre 2026. Un cours d'eau est compté « dégradé » quand sa station est classée en rupture d'écoulement ou en assec. Effectifs par campagne d'août : 3 229 stations observées en 2025 et 2026, 3 248 en 2022 (dont une trentaine non classées, exclues de la répartition par modalité). La carte porte une valeur normalisée, la part des stations dégradées de chaque département ; Paris et la petite couronne, dépourvus de petit cours d'eau suivi, ne sont pas observés. Le caractère « exceptionnel » et le rang de record depuis 2012 sont ceux relevés par l'OFB. État des nappes : BRGM. Réserve : les campagnes usuelles s'étalent sur une fenêtre de plusieurs jours autour de la fin du mois, et les campagnes complémentaires ponctuelles ne sont pas comptées ici. La source à l'origine de l'item, un article de Libération à accès payant, n'est pas citée ; l'ensemble des données provient de sources publiques. Générateurs et jeux de données des visuels sous design-system/.