Plusieurs villes françaises, suisses et européennes enduisent le tronc de leurs jeunes arbres d'un revêtement blanc réfléchissant pour éviter que l'écorce n'éclate sous le soleil. Le geste, emprunté à l'arboriculture fruitière, gagne les alignements urbains à mesure que les étés se durcissent.
Un vieux geste de verger passé au trottoir
Le principe est celui du chaulage. On badigeonne le tronc et la base des charpentières d'un blanc arboricole, un lait de chaux dilué dans l'eau. Le blanc renvoie le rayonnement que l'écorce sombre, elle, absorbe. En plein soleil, un tronc foncé peut atteindre 50 à 60 °C quand l'air est à 35 °C ; badigeonné, il reste proche de la température ambiante.
L'enjeu sanitaire est l'échaudure, ou insolation du cambium : sous une écorce fine, les cellules vivantes cuisent, la conduction de sève se dérègle, et les fissures longitudinales s'installent au fil des dilatations. La chaux forme aussi une barrière contre certains insectes et limite mousses et lichens.
Longtemps réservée aux vergers professionnels de Provence, du Roussillon et de la vallée du Rhône, la pratique remonte vers la Normandie, la Bretagne et le nord de la France, régions où elle était inutile jusqu'ici. Le badigeon de chaux s'applique de mars à mai, avant les grosses chaleurs, en deux couches d'un produit perméable ; une peinture synthétique bouche les pores de l'écorce et fait plus de mal que de bien.
Poiriers sous enduit à La Tour-de-Peilz
Les villes déclinent le principe avec des produits récents. À La Tour-de-Peilz et à Genève, les services des espaces verts ont recouvert les poiriers de l'avenue de Jaman, plantés en 2015, d'un enduit baptisé Sunreflex, composé surtout d'eau et de microsilicium. Opaque, biodégradable, il se délave progressivement et laisse les jeunes arbres à écorce fine s'habituer au soleil et à la réverbération des voies ferrées et des façades voisines. La commune envisage d'étendre le traitement à d'autres sujets fragiles.
Autre option, l'argile kaolin, une poudre blanche pulvérisée qui dépose un film réfléchissant sur feuilles et fruits, limite l'évaporation et réduit le stress thermique. Elle doit être appliquée avant l'arrivée de la chaleur pour être efficace.
Le badigeon reste un palliatif. Il protège l'écorce sans remplacer l'arrosage, l'ombrage ni le choix d'essences adaptées, et son application manuelle a un coût. Il intervient sur des arbres déjà fragilisés : la mortalité de certaines essences a été multipliée jusqu'à quatre en moins de dix ans. L'enduit blanc rejoint la panoplie des mesures d'adaptation testées par les villes européennes.