Les textes produits par ChatGPT et son assistant de code Codex porteront bientôt un filigrane invisible dans l'Union européenne, et un détecteur capable de les reconnaître sera mis à disposition. L'accès à cet outil sera d'abord limité à des chercheurs et à des organismes spécialisés, pas au grand public.

Ce qu'impose l'AI Act

L'obligation vient de l'article 50 du règlement européen sur l'IA, dont l'application concrète soulève déjà des difficultés. Depuis le 2 août 2026, les fournisseurs de systèmes qui génèrent texte, image, son ou vidéo doivent rendre leurs sorties détectables par une machine comme contenu artificiel (IEEE Spectrum). Les systèmes déjà sur le marché ont jusqu'au 2 décembre 2026 pour s'y conformer, sous peine de sanctions pouvant atteindre 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial (Implicator.ai).

Un code de bonne conduite sur la transparence, publié le 10 juin 2026, avait déjà réuni environ 190 signataires, dont OpenAI, Google, Anthropic, Meta et Microsoft. OpenAI appose aujourd'hui des marqueurs de provenance sur ses images et ses sons. L'entreprise prévoit d'étendre ce marquage au texte, sans avoir fixé de date ni publié de spécification.

Un détecteur tenu à distance

Le marquage repose sur une technique voisine de SynthID-Text, développée par Google DeepMind en 2024. À chaque mot produit, le modèle choisit parmi plusieurs options possibles; une clé cryptographique biaise discrètement ces choix pour laisser un motif statistique invisible à la lecture, repérable seulement avec le bon détecteur.

Si cet outil reste réservé aux chercheurs, c'est que le diffuser faciliterait son contournement. OpenAI dit avoir construit un détecteur efficace à 99,9 % sur les textes de ChatGPT sans jamais le publier: il résiste mal à la réécriture et pourrait pénaliser à tort les personnes non anglophones (Engadget). La fronde contre ce genre de marquage s'est déjà organisée autour d'outils de suppression, dont nous avons vérifié le code.

La robustesse est le point faible. SynthID-Text identifie 98,4 % des réponses d'environ 200 jetons, mais tombe sous 50 % sur les textes courts. Des chercheurs de l'ETH Zurich ont effacé le filigrane dans plus de 90 % de leurs essais par simple paraphrase. Le détecteur ne lit que les marques posées par le système qui l'a conçu, jamais celles d'un modèle concurrent, et ne garantit rien: une marque repérée indique que le texte a pu passer par le modèle, pas qu'il en vient avec certitude.

Réserver l'accès aux chercheurs et aux organismes spécialisés répond aussi à un usage attendu, la détection des devoirs rédigés par IA, qu'OpenAI redoute de voir se retourner contre les élèves non anglophones, surreprésentés parmi les faux positifs. Pour l'enseignement, le reste du public et les plateformes, aucun moyen de vérification n'est prévu à ce stade.

Début octobre 2026, ChatGPT n'applique encore aucun filigrane à ses textes, et aucun détecteur n'est accessible au public.