La direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) a publié le 19 octobre 2026 sa revue stratégique de la fonction publique à l'horizon 2035-2050. Le numérique et l'intelligence artificielle y figurent parmi six transitions à absorber, aux côtés du vieillissement de la population, du réchauffement climatique, des tensions de recrutement, des inégalités territoriales et de la contrainte budgétaire (DGAFP, Next). Selon la DGAFP, le numérique doit dégager du temps pour l'accompagnement individualisé des usagers, non supprimer des postes.
Vingt pour cent des agents « significativement exposés »
La revue consacre quatre pages au numérique. Elle part d'un constat d'usage. 82 % des démarches administratives sont réalisables en ligne, mais 44 % des personnes interrogées déclarent peiner à les accomplir ; d'où, pour la DGAFP, le besoin maintenu d'un accueil humain au guichet ou au téléphone, en particulier pour les publics fragiles et les dossiers complexes (Next).
Sur l'emploi, plus de la moitié des agents seraient très peu concernés par l'IA, l'exposition se concentrant dans les fonctions administratives et de support. La revue chiffre à 20 % des agents, soit 1,1 million de personnes, ceux qui seraient significativement exposés. L'IA transformerait les tâches plus que les métiers dans leur ensemble ; le temps ainsi libéré devrait être réaffecté vers l'expertise, le contrôle et la relation aux usagers. Des formations, des mobilités, voire des reconversions devront suivre, et le recrutement est appelé à privilégier l'esprit critique sur la capacité de synthèse.
Moins de prestataires, souveraineté en ligne de mire
La revue s'alarme aussi de la dépendance aux prestataires informatiques. Elle reprend la recommandation de la Dinum d'un seuil minimal de 37 % d'emploi interne, loin d'une moyenne mondiale de 67 % tous secteurs confondus, et plaide pour une forte réinternalisation des compétences. Elle cite l'Espagne en exemple : un plan de numérisation 2021-2025 doté de 2,6 milliards d'euros et un objectif de 1 700 fonctionnaires du numérique en 2026, spécialisés en IA, cybersécurité et science des données (Next).
Au-delà du numérique, la DGAFP identifie quatre chantiers d'ici 2035 et décrit trois modèles d'évolution pour 2050, de l'alignement sur le droit du travail au maintien du statut en passant par le renforcement de ses spécificités. Elle n'en retient aucun : « le choix appartient aux représentants de la Nation ». Le diagnostic a été nourri par neuf ateliers territoriaux réunissant près de 300 participants et un benchmarking de 25 pays (DGAFP, Acteurs publics).
Le thème du « temps libéré » prolonge un débat déjà ouvert : au printemps, Matignon a refusé de communiquer son chiffrage de l'impact de l'IA sur les effectifs publics, tandis que l'État engageait un plan pour développer et réguler l'IA dans la fonction publique. Côté moyens, le gouvernement a annoncé 655 millions d'euros supplémentaires pour l'IA. Les conclusions de la revue ont été rendues publiques pour le 80e anniversaire du premier statut général des fonctionnaires, la loi du 19 octobre 1946.