Les entreprises ne se contentent plus de « gagner du temps » avec l'IA : elles exigent désormais un effet visible sur le chiffre d'affaires et les marges. C'est le principal enseignement d'une enquête du cabinet américain Futurum Group menée auprès de 830 décideurs informatiques au premier semestre 2026. L'« impact financier direct » y devient la métrique reine du retour sur investissement, tandis que l'IA agentique — des logiciels capables d'agir de façon autonome — s'impose comme la première priorité technologique.
La productivité n'est plus le juge de paix
Pendant la phase d'expérimentation de l'IA générative, les entreprises évaluaient surtout leurs déploiements à l'aune des gains de productivité : lignes de code produites plus vite, tickets traités en plus grand nombre. Cette métrique s'efface. Selon le rapport de Futurum (« 1H 2026 Enterprise Software Decision Maker Survey »), la productivité comme critère numéro un du ROI recule de 23,8 % à 18,0 % des réponses.
À sa place monte l'« impact financier direct », qui regroupe croissance du chiffre d'affaires (10,6 %) et rentabilité (11,1 %), soit 21,7 % des réponses au total — une part qui a quasiment doublé en un an. L'efficacité opérationnelle (19,2 %) et l'expérience client (8,2 %, en repli) complètent le tableau. Autrement dit, le centre de gravité se déplace vers des résultats mesurables au compte de résultat plutôt que vers des économies de temps.
Keith Kirkpatrick, vice-président et directeur de la recherche chez Futurum, résume la bascule : « L'acheteur de 2026 est nettement plus averti que celui de 2025. L'argument de la productivité était le bon indicateur pour la phase pilote de l'IA générative, mais le marché a mûri. Les entreprises exigent désormais que chaque capacité d'IA soit reliée à la croissance du revenu ou à l'amélioration des marges. » Et de prévenir les fournisseurs : vendre un outil sur la promesse de « gagner quatre heures par semaine », c'est « entamer une conversation perdue d'avance ».
L'IA agentique, priorité qui bondit
Deuxième signal fort : les agents autonomes et l'IA agentique deviennent la première priorité technologique déclarée, citée par 17,1 % des répondants contre 13,0 % un an plus tôt, soit une hausse de 31,5 % en glissement annuel. Dans le même mouvement, 38,8 % des acheteurs s'attendent à consommer l'IA générative « principalement via des agents », et 45,7 % en font leur premier critère de sélection d'un logiciel. Pour Futurum, le message est clair : la phase pilote de l'IA en entreprise est terminée.
Cette maturité affichée ne gomme pas les difficultés. L'enquête relève que 43 % des entreprises peinent encore à mesurer la valeur business de leur IA — près de la moitié du marché ne dispose donc pas de l'instrumentation nécessaire pour rattacher l'activité des modèles à des résultats financiers. L'exigence de « P&L » précède, pour beaucoup, les moyens de la satisfaire.
À prendre avec précaution
Ces chiffres émanent d'un cabinet d'analystes qui vend rapports et tableaux de bord aux grands comptes ; ils reposent sur des réponses déclaratives de décideurs, non sur des résultats financiers audités. La distinction entre « priorité affichée » et ROI réellement constaté reste donc à faire. L'enquête, en revanche, converge avec un discours de plus en plus répandu : après l'euphorie des projets pilotes, les directions financières veulent des preuves chiffrées, et les agents autonomes sont sommés de les fournir.