Canicules, sécheresse et incendies de l'été 2026 ont coûté environ 16 milliards d'euros à la France, chiffre une mission flash de la commission des Finances de l'Assemblée nationale dont les conclusions ont été présentées début octobre. L'estimation dépasse la fourchette de 10 à 15 milliards avancée en septembre par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. Elle porte sur l'été le plus chaud mesuré en France depuis 1900.

Lancée fin août et présidée par le député Eric Coquerel (La France insoumise), la mission a entendu ministères, opérateurs publics, économistes, pompiers, agriculteurs et assureurs (Assemblée nationale). Son objet : additionner, secteur par secteur, ce que l'épisode climatique a retiré à l'économie française et aux comptes publics. Le total de 16 milliards équivaut à un peu plus de 0,5 % du produit intérieur brut.

Où tombe la facture

Un poste domine : l'agriculture. La mission l'évalue à 8,7 milliards d'euros de pertes nettes, une fois déduites les aides publiques — rendements de maïs, de fourrage et de fruits amputés par la chaleur et le manque d'eau. L'effet sur la croissance annuelle est estimé à environ 3 milliards, soit 0,1 point de PIB en moins. Les dépenses publiques non prévues au budget approchent 2,5 milliards, et les aides d'urgence versées aux exploitants atteignent 1,3 milliard, un montant que le gouvernement avait annoncé dès juillet comme dépassant le milliard d'euros.

Barres horizontales de la ventilation du coût de l'été 2026 pour la France selon la mission parlementaire : agriculture 8,7 milliards d'euros de pertes nettes, effet sur la croissance 3 milliards, dépenses publiques imprévues 2,5 milliards, aides d'urgence aux agriculteurs 1,3 milliard. Total provisoire d'environ 16 milliards, somme de coûts de nature différente avec un risque de double compte.

Sous ces grandes masses, la mission détaille des lignes plus fines. Les dépenses sanitaires supplémentaires sont chiffrées autour de 700 millions d'euros, dont environ 200 millions pour l'assurance maladie, 100 millions pour les hôpitaux et de 260 à 520 millions pour les établissements médico-sociaux. Les incendies pèsent au moins 300 millions, les dommages assurés des ménages 500 millions, et la hausse des factures d'électricité, tirée par la climatisation et par le recul de la production hydraulique, jusqu'à 800 millions.

Coquerel assortit ces chiffres d'une réserve que la mission inscrit noir sur blanc : l'addition réunit des coûts de nature différente, pertes privées, transferts publics et manque à gagner macroéconomique, avec un risque de double compte. Le total de 16 milliards vaut donc comme un ordre de grandeur provisoire, pas comme un solde comptable arrêté.

L'été qui a produit la note

La facture se lit d'abord au thermomètre. La température moyenne de l'été, de juin à août, a atteint 24,0 °C en France, soit 3,6 °C au-dessus de la normale 1991-2020 (Météo-France via Localtis). Les étés de référence sont dépassés : 2003 culminait à 2,7 °C au-dessus de la normale, 2022 à 2,3 °C. Juillet 2026, à 24,9 °C de moyenne nationale, est le mois le plus chaud jamais mesuré dans le pays, devant août 2003.

Barres verticales de l'écart de la température moyenne de l'été à la normale 1991-2020, pour les trois étés les plus chauds en France depuis 1900 : 2026 plus 3,6 degrés soit 24,0 °C, record ; 2003 plus 2,7 degrés soit 23,1 °C ; 2022 plus 2,3 degrés soit 22,7 °C.

La chaleur a frappé tôt et longtemps. Trois vagues se sont succédé, pour un cumul de 53 jours de vague de chaleur, le plus élevé jamais relevé, contre 33 jours en 2022. La première, à partir du 17 juin, a placé 72 départements en vigilance rouge le 24 juin. La valeur la plus haute de l'été, 44,3 °C, a été mesurée à Pissos dans les Landes. Sur l'indicateur national, un épisode continu a duré dix-sept jours sans interruption, le troisième plus long depuis 1947.

La sécheresse et le feu derrière les chiffres

La chaleur a marché avec le sec. Le déficit de pluie de l'été atteint 40 %, le deuxième plus fort depuis le début de la série homogène en 1959. Le creux se concentre sur juin et juillet : la France n'a reçu que 58 millimètres de pluie sur ces deux mois au niveau national, un plancher jamais atteint, sous les 62 millimètres de 1962 et les 72 millimètres de 1967 et 1976. Les sols se sont asséchés jusqu'à un niveau record, et 95 départements ont connu des restrictions d'eau. Le manque de pluie a surtout frappé la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et la Nouvelle-Aquitaine, trois régions où se concentrent aussi de grandes cultures et des massifs forestiers.

Barres verticales du cumul national de pluie de juin-juillet en millimètres, pour les étés les plus secs de France depuis 1959 : juin-juillet 2026, 58 millimètres, le plus bas jamais relevé ; 1962, 62 millimètres ; 1967, 72 millimètres ; 1976, 72 millimètres.

Sur ces sols secs et cette végétation inflammable, les feux ont parcouru une surface sans équivalent récent. Fin juillet, le ministère de l'Intérieur annonçait près de 98 000 hectares brûlés, au-delà du précédent record annuel de 2022 (décompte satellitaire EFFIS). France Assureurs recense pour les seuls incendies 25 000 sinistres et près de 500 millions d'euros de dommages assurés, dont 1 800 dossiers de pertes d'exploitation ; à Biscarrosse, des sinistrés des Landes dénoncent la lenteur de l'indemnisation.

Carte de la France métropolitaine de l'été 2026 : en aplats du sable à l'orange brûlé, le niveau maximal de restriction d'eau par département (échelle Propluvia à quatre classes, 68 départements sous restriction au 10 août, 95 sur l'ensemble de la saison) ; en disques carmin dimensionnés à la surface, les grands foyers d'incendie, Gironde-Landes à environ 42 000 hectares et Aude-Corbières à environ 16 000 hectares en tête, pour un total d'environ 98 000 hectares brûlés.

Pourquoi un degré de trop coûte si cher

Le lien entre un été chaud et une addition en milliards passe par plusieurs canaux physiques. Le premier est une rétroaction entre chaleur et sécheresse : quand les sols perdent leur humidité, ils cessent de se rafraîchir par évaporation et renvoient l'énergie solaire sous forme de chaleur, ce qui amplifie et prolonge les vagues de chaleur. Le même sol sec rogne les rendements agricoles, première ligne de la facture, et fragilise la végétation que le feu trouve ensuite prête à brûler (mécanisme détaillé par la filière).

Le deuxième canal est le corps humain. Au-delà d'environ 30 °C, la production horaire d'un travailleur décroche, l'absentéisme monte, les chantiers et ateliers non climatisés ralentissent, pendant que la demande d'électricité grimpe avec la climatisation. La chaleur a aussi un coût sanitaire direct : Santé publique France a dénombré environ un millier de décès de plus que la normale sur la saison, et chaque hospitalisation ou transport d'urgence alourdit la ligne santé de la mission.

Ce chiffrage parlementaire n'est pas le seul à circuler. L'assureur Allianz évalue à 20,1 milliards d'euros la production perdue par la France à cause des seules vagues de chaleur, dans une étude portant sur trente pays européens. Les deux montants ne s'additionnent pas et ne mesurent pas la même chose : la mission compte des coûts directs et des dépenses publiques observés en France, Allianz un manque à gagner de croissance estimé par modèle. Pour les agriculteurs, la question dépasse la comptabilité d'une saison : certains se demandent, après des étés secs à répétition, s'ils pourront continuer.

La mission recommande d'intégrer ce type de bilan aux débats budgétaires annuels, l'été 2026 n'ayant été provisionné nulle part dans la loi de finances. Le gouvernement doit présenter son projet de budget pour 2027 dans les semaines qui viennent.

Note méthodologique

Sujet. Coût de l'été climatique 2026 (canicules, sécheresse, incendies) pour la France, d'après la mission d'information « coût de la canicule » de la commission des Finances de l'Assemblée nationale (président Eric Coquerel), conclusions présentées début octobre 2026. Item source : franceinfo (5 octobre 2026).

Chiffre central et ventilation. Mission flash, via franceinfo : total provisoire ≈ 16 Md€ ; agriculture 8,7 Md€ (pertes nettes après aides) ; effet sur la croissance ≈ 3 Md€ (0,1 pt de PIB) ; dépenses publiques imprévues ≥ 2,5 Md€ ; aides d'urgence aux agriculteurs 1,3 Md€ ; dépenses sanitaires ≈ 0,7 Md€ (assurance maladie ≈ 0,2 ; hôpitaux ≈ 0,1 ; médico-social 0,26-0,52) ; incendies ≥ 0,3 Md€ ; dommages assurés des ménages ≈ 0,5 Md€ ; hausse des factures d'électricité jusqu'à ≈ 0,8 Md€. Le 16 Md€ est une estimation de mission flash, provisoire : la mission signale elle-même qu'elle additionne des coûts de nature différente (pertes privées, transferts publics, manque à gagner de croissance), avec un risque de double compte. Les postes du graphique de ventilation retiennent les quatre lignes structurelles ; les sous-postes sont donnés dans le corps.

Ancrage climatique. Météo-France, bilan de l'été 2026, via Localtis / Banque des territoires, Selectra et presse-citron : été le plus chaud depuis 1900 (24,0 °C, +3,6 °C vs normale 1991-2020, devant 2003 à +2,7 et 2022 à +2,3) ; juillet 2026 mois le plus chaud mesuré (24,9 °C) ; 53 jours de vague de chaleur ; 72 départements en vigilance rouge le 24 juin ; pointe à 44,3 °C à Pissos (Landes). Pluie : déficit estival de 40 % (2ᵉ depuis 1959), juin-juillet à 58 mm au niveau national (plancher de la série, devant 1962 à 62 mm, 1967 et 1976 à 72 mm) ; 95 départements en restrictions d'eau. Les anomalies sont calculées par rapport à la normale 1991-2020 ; les valeurs de pointe sont des relevés de station.

Incendies et assurance. Surfaces brûlées : ≈ 98 000 ha au décompte opérationnel du ministère de l'Intérieur fin juillet (base BDIFF), au-delà du record annuel 2022 ; le décompte satellitaire EFFIS, plus restrictif, donne un total différent. Dommages assurés des incendies : ≈ 500 M€ pour 25 000 sinistres, dont 1 800 pertes d'exploitation, selon France Assureurs (fin août).

Réserves. Les montants économiques sont des estimations, sensibles au périmètre retenu ; le total 2026 peut encore être révisé. L'estimation Allianz de 20,1 Md€ pour la France mesure une perte de production (croissance), sur un périmètre et une méthode distincts de ceux de la mission, et ne s'ajoute pas à ses 16 Md€.

Carte régionale. Fond : niveau maximal de restriction d'eau par département, échelle Propluvia à quatre classes (data.gouv.fr / ministère de la Transition écologique, instantané du 10 août 2026) — reconstruction départementale à partir de zones infra-départementales, indicative ; 68 départements sous restriction à cet instantané contre 95 sur l'ensemble de la saison. Symboles proportionnels : surface brûlée par grand foyer (EFFIS/Copernicus, communiqués préfectoraux, base BDIFF du ministère de l'Intérieur), les dix foyers cartographiés totalisant ≈ 88 000 des ≈ 98 000 ha de la saison ; valeurs provisoires. Contours © france-geojson (licence libre), projection Lambert conique conforme.

Données et scripts : design-system/charts/_generator/data/ete-2026-canicules-cout-16-milliards/ et design-system/maps/_generator/data/ete-2026-canicules-cout-16-milliards/.