Le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) place l'intelligence artificielle de pointe au premier rang des menaces cyber pesant sur le système financier mondial. Dans une lettre adressée aux ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G20, publiée fin août 2026 avant leur réunion, son président Andrew Bailey (également gouverneur de la Banque d'Angleterre) écrit que « la préoccupation la plus immédiate est l'impact potentiel de l'IA de pointe sur le risque cyber ».
Un risque cyber accéléré
Les modèles dits « frontière » gagnent en autonomie et en capacité à résoudre des problèmes, y compris offensifs, au point qu'Anthropic garde son modèle Mythos, dévoilé en avril 2026, hors d'accès du public. Bailey estime que l'IA de pointe « pourrait modifier matériellement la vitesse, l'échelle et l'économie du risque cyber ». Une IA a déjà mené presque seule une campagne d'espionnage, selon Anthropic. Le FSB décrit un environnement où le volume de vulnérabilités augmente et où le rythme des correctifs s'accélère. La dépendance du secteur à quelques fournisseurs tiers concentrés, cloud et modèles, amplifie le danger, une attaque sur l'un d'eux pouvant ébranler la confiance de tout le marché. Bailey demande aux régulateurs d'encadrer en priorité la mise à disposition des modèles, et aux institutions de pouvoir restaurer leurs systèmes critiques « à partir du métal nu » après un incident majeur.
Monoculture algorithmique et correction de marché
Au-delà du cyber, le FSB pointe une seconde fragilité. Un rapport de suivi d'octobre 2025 alertait déjà sur la corrélation des décisions produite par le recours partagé à un petit nombre de modèles et de fournisseurs, une monoculture algorithmique qui pousse les acteurs à réagir de la même façon, au même moment. Couplés à des valorisations tendues (Google a récemment dépensé plus qu'il n'a gagné en investissements IA), à la concentration des portefeuilles sur quelques valeurs technologiques et à un effet de levier en hausse, ces comportements grégaires pourraient amplifier une future correction des marchés. Le FSB cite aussi les fragilités de la dette souveraine et du crédit privé.
La Banque centrale européenne tient un discours convergent. Dans sa revue de stabilité financière de mai 2026, elle range l'IA parmi les principales menaces pour la zone euro, relevant que les fonds non bancaires européens détiennent des expositions très concentrées sur un petit nombre de grands émetteurs américains liés à l'IA, à des valorisations déconnectées des fondamentaux.
Aucun régulateur n'annonce un krach imminent. Le message est celui d'une accumulation : mêmes modèles, mêmes fournisseurs, mêmes paris de marché. Bailey rappelle que « l'IA ne respectera pas les frontières nationales ». De nombreuses juridictions n'ont pas encore de protocole pour encadrer le développement et le déploiement des modèles les plus avancés.