Trois chercheuses et chercheurs de la Queensland University of Technology ont soumis Google et ses résumés générés par IA (AI Overviews) à des requêtes conspirationnistes. Résultat : sur une théorie récente, le résumé automatique reprend parfois les fausses allégations comme un pan de débat légitime. L'étude de Kateryna Kasianenko, Ashwin Nagappa et Caroline Gardam paraît dans Media International Australia (septembre 2026), avec un financement de l'Australian Research Council.
Deux complots, deux réponses
Le protocole compare deux récits d'ancienneté différente : les « chemtrails » (l'idée que les traînées de condensation des avions cachent un programme de modification du climat, en circulation depuis les années 1990) et les « villes du quart d'heure », un modèle d'urbanisme réinterprété par certains comme un plan de surveillance des habitants. Pendant une semaine de janvier 2026, l'équipe a collecté la première page de résultats Google pour des requêtes neutres et des requêtes formulées dans les termes des croyants, puis a codé les AI Overviews, leurs sources citées et les listes de liens classiques.
Sur les chemtrails, le résumé IA évoque très rarement la théorie : Google avait déclassé ces contenus après les critiques d'il y a une décennie. Sur les villes du quart d'heure, plus récentes, l'écart se creuse. 12,5 % des résumés analysés présentaient les affirmations complotistes comme un côté défendable d'une controverse, y compris dans des résumés qui, ailleurs, cherchaient à les démentir.
Un démenti trop court
Quand l'AI Overview corrige, il le fait sommairement, selon les auteurs, en collant l'étiquette « désinformation » sans détailler les faits ni l'argumentaire qui l'invalident. Les listes de résultats classiques continuaient de renvoyer vers des vidéos YouTube et des publications Facebook conspirationnistes. Un simple label ne remplace pas une réfutation, et un moteur qui hésite sur un sujet neuf laisse au récit le temps de s'installer avant tout déclassement.
L'enquête reste circonscrite : deux théories, un seul pays, une semaine d'observation en janvier 2026. Les auteurs le précisent, et les réponses de Google peuvent avoir changé depuis. Leur recommandation dépasse pourtant ces deux cas : appliquer des garde-fous plus solides « à un éventail de sujets plus large », sans attendre qu'une théorie devienne assez visible pour mériter un traitement dédié.
Le constat rejoint un angle déjà documenté : les IA conversationnelles pèsent sur la circulation de la désinformation en santé, et l'automatisation de la réponse déplace la question de la modération vers celle de la fabrication même de la réponse. Google indexe désormais moins qu'il ne résume, et ce résumé engage son autorité sur des sujets où la source dominante reste douteuse.