Google testerait depuis plusieurs mois un programme discret qui rémunère une centaine d'éditeurs quand leurs contenus alimentent ses réponses générées par IA. Révélé fin septembre 2026, ce dispositif baptisé « AI Contribution » arrive alors que les mêmes résumés automatiques ont déjà capté une large part du trafic que le moteur renvoyait aux sites.

Un programme sur invitation, aux montants opaques

Le pilote rémunérerait les éditeurs dont les contenus « contribuent significativement » aux réponses de Gemini, de l'AI Overview et du mode AI Mode. Google choisit lui-même les participants, une centaine environ, et aurait d'abord retenu des sites petits et moyens plutôt que les grands groupes de presse. Le montant estimé s'affiche chaque mois dans un panneau de la Search Console, sans aucun détail sur le calcul, ce qui a conduit un responsable éditorial cité par Blog du Modérateur à parler d'une « boîte noire ».

Les écarts rapportés sont considérables. Un gros éditeur entré tôt dépasserait le million de dollars par an, un participant plus récent toucherait 50 000 à 60 000 dollars, pendant que plusieurs petits sites ont perçu moins de 1 000 dollars en plusieurs mois. Pour certains, la somme équivaudrait à un dixième de 1 % de leurs recettes publicitaires, un niveau jugé dérisoire au regard du contenu capté.

Un geste sous pression

La rémunération intervient après une chute du trafic dont Google est largement responsable. Selon les données de juillet 2026 citées par The Desk, 74,3 % des recherches affichant un aperçu IA ne génèrent plus aucun clic sortant, et le premier résultat organique tombe de 20 % à 9,7 % de clics quand un aperçu est présent. Le trafic de recherche vers les éditeurs a reculé d'environ 33 % dans le monde en 2025, et de 38 % aux États-Unis. En France, le taux de clic aurait perdu près de 25 % après le déploiement des aperçus en mars 2025.

La pression réglementaire monte en parallèle. Un tribunal de Munich a jugé en mai 2026 que les aperçus générés constituent un contenu propre à Google, l'Alliance de la presse d'information générale a déposé une plainte pour pratiques anticoncurrentielles en août 2026, et aux États-Unis le groupe Penske Media poursuit le moteur pour ses pertes de trafic. Faute de transparence sur les versements, plusieurs titres envisagent de retirer leurs contenus de la machine, quand d'autres tentent la voie des licences négociées.

Le programme reste volontaire et non annoncé officiellement. Google n'a publié ni la formule de calcul, ni la liste des éditeurs payés.