Pour les 250 ans de la Déclaration d'indépendance, Google a diffusé le 4 juillet 2026 une publicité qui imagine les Pères fondateurs américains rédigeant le texte fondateur à coups de Google Workspace et de Gemini. Slogan : « Projet de groupe, façon 1776 ». Le résultat, censé être drôle, a surtout relancé le débat sur la place de l'IA dans les moments les plus sacrés de l'histoire nationale.
Ce que montre la pub
Le film part d'une prémisse : et si les Pères fondateurs avaient eu accès aux outils de Google ? On y voit un Thomas Jefferson en plein brouillon, interrompu par un texto de Benjamin Franklin, qui bascule dans une collaboration très « corporate ». Les corrections arrivent sous forme de suggestions dans Google Docs, une réunion est calée dans Google Calendar puis tenue à distance via Google Meet, et le document est finalisé par signatures électroniques.
L'intelligence artificielle occupe une part plus modeste qu'annoncé. Gemini prend des notes pendant la réunion, l'outil « help me visualize » sert à tester différents animaux pour le sceau national, et les fondateurs demandent conseil au chatbot avant de refuser, avec un clin d'œil, une demande d'accès au document émanant du roi George III. La production, signée Google pour la campagne « America 250 », assume un ton volontairement absurde.
Un texte « intouchable », mais une réception glaciale
Point notable : Google a soigneusement évité de suggérer que l'IA aurait pu écrire ou améliorer le texte lui-même. Selon SquaredTech, la marque a retenu la leçon de sa publicité controversée des JO de Paris 2024 (« Dear Sydney »), où un père faisait rédiger par Gemini une lettre destinée à sa fille. Cette fois, le texte de la Déclaration est traité comme sacré : aucune allusion à un mot que l'IA aurait pu changer. L'IA n'est présentée que comme un échafaudage logistique, jamais comme un substitut créatif.
Cette prudence n'a pas suffi. La réception dépend fortement des plateformes : plutôt positive sur YouTube et Instagram, elle a été nettement plus hostile sur Bluesky, où les internautes ont qualifié la pub de « cringe » et « d'une insensibilité stupéfiante », l'angle IA cristallisant les critiques. L'historien Angus Johnston résume l'ironie de fond : « il est frappant de voir à quel point peu de choses dans cette pub relèvent réellement de l'IA », ajoutant qu'« il est impossible de défendre l'idée que l'IA soit un outil utile pour l'organisation politique, l'écriture ou la collaboration humaine ».
Le reproche central, relayé par Windows News, est le même : réduire une délibération humaine, longue et conflictuelle, à une session de travail assistée par logiciel banalise ce qui a fait la force du moment. La controverse rejoint un motif désormais familier, celui des réactions face à l'IA appliquée aux œuvres culturelles : chaque incursion de la technologie sur un terrain symbolique déclenche la même crainte d'un appauvrissement de la part proprement humaine.