En pleine canicule meurtrière — plus de 1 000 décès en une dizaine de jours fin juin 2026 —, des locataires appellent à cesser de payer le loyer des logements devenus « invivables ». Une pétition « Pas de volets, pas de loyer », portée par la Fondation pour le Logement (ex-Fondation Abbé Pierre), l'association Locataires ensemble et Droit au logement (DAL), réclame un « droit à la suspension du loyer » pour les passoires thermiques surchauffées. Elle a recueilli plusieurs milliers de signatures en quelques jours. Mais suspendre son loyer de son propre chef reste juridiquement risqué.
Qui appelle, et sur quel fondement
Le mot d'ordre vise les « logements bouilloires » : appartements sans volets, sans protection solaire ni ventilation nocturne efficace, qui se transforment en fournaises pendant les épisodes de forte chaleur. Les organisateurs avancent que près de la moitié des logements français seraient concernés et s'appuient sur la proposition de loi transpartisane « Zéro Logement Bouilloire », soutenue par quelque 150 députés en 2025.
Le collectif formule trois revendications : créer un droit à la suspension du loyer tant que le logement demeure inhabitable, imposer des standards minimaux de protection contre la chaleur (stores, volets, brasseurs d'air, ventilation nocturne), et abandonner le plan de remise en location des 700 000 passoires thermiques. Le président de la Confédération nationale du logement (CNL), Eddie Jacquemart, plaide de son côté pour un droit au logement « adapté aux enjeux climatiques », y compris dans le parc social. Il ne s'agit pas d'un arrêt définitif des versements, mais d'un gel temporaire tant que le bien reste invivable.
Une portée juridique fragile
Sur le papier, le droit offre des leviers. L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 oblige le bailleur à délivrer « un logement décent, sans risque manifeste pour la sécurité physique ou la santé ». Le décret n° 2002-120 fixe des critères d'étanchéité à l'air et de ventilation. La chaleur excessive n'est pas en soi un critère légal de décence, mais elle le devient lorsqu'elle révèle un défaut d'isolation, de ventilation ou d'étanchéité visé par le décret.
Reste que la loi n'autorise pas un locataire à suspendre unilatéralement son loyer. Seul un juge peut ordonner cette suspension, sur le fondement de l'article 20-1 de la loi de 1989 qui lui permet de « suspendre son paiement, avec ou sans consignation ». La procédure suppose de documenter l'indécence (constats, relevés de température, DPE), de mettre le propriétaire en demeure, puis de saisir la commission de conciliation ou le tribunal.
Cesser de payer sans décision de justice expose donc le locataire à un impayé poursuivable, à la résiliation du bail et, à terme, à l'expulsion. C'est pourquoi les associations organisatrices annoncent préparer un accompagnement juridique des participants, en anticipant les contentieux avec les bailleurs. La « grève des loyers » relève ainsi davantage du levier politique — pour peser sur le débat parlementaire — que d'un droit acquis : sans jugement, le geste reste à la charge, et au risque, de celui qui l'accomplit.