Que se passe-t-il quand un logiciel ne se contente plus de répondre, mais agit à votre place — réserve, achète, envoie, supprime ? Dans une note exploratoire publiée le 20 juillet 2026, la CNIL et le Conseil de l'IA et du Numérique (CIANum) constatent que l'« IA agentique » fait sauter les repères du RGPD. Seize pages, sans valeur contraignante, pour dresser l'inventaire d'un « joli bazar ».
De l'assistant qui répond à l'agent qui agit
Un chatbot classique génère du texte ; un système « agentique » exécute des tâches successives sur son environnement pour le compte de son utilisateur — enchaîner une recherche web, remplir un formulaire, déclencher un paiement, coordonner d'autres agents et services en ligne. Cette délégation, expliquent la CNIL et le CIANum, s'appuie sur une mémoire persistante et l'exploitation de sources externes (web, bases de données) qui permettent de bâtir des profils utilisateurs hyperpersonnalisés dotés d'une réelle autonomie de décision.
Le problème n'est pas neuf, il est de degré. Les deux autorités parlent d'un « changement d'échelle » qui « renouvelle et amplifie les risques » : les données circulent dans des chaînes de traitement plus longues, plus opaques, entre de multiples acteurs, ce qui brouille l'attribution des responsabilités et étend la surface d'attaque à tous les services connectés.
Six principes du RGPD sous tension
La note recense les frictions avec les grands principes du règlement européen, détaille Abondance. La limitation des finalités vacille dès lors qu'un agent polyvalent rend difficile de cerner le périmètre exact de ses traitements. La minimisation est mise à mal par des systèmes qui mobilisent de grandes quantités d'informations sans toujours en démontrer la nécessité, et se les partagent entre agents. L'exactitude souffre du caractère probabiliste des modèles, dont les erreurs peuvent se propager sans alerter l'utilisateur. La transparence bute sur des fonctionnements peu interprétables. La limitation de conservation se heurte à des mémoires persistantes réparties entre plusieurs environnements. Enfin, l'exercice des droits (accès, effacement) devient un casse-tête : quel agent a collecté quoi, stocké où, à qui s'adresser ?
S'ajoutent des risques concrets de sécurité — un agent autonome peut supprimer par accident des fichiers critiques — et la possibilité que certaines actions relèvent de la décision entièrement automatisée encadrée par l'article 22 du RGPD.
Le cadre juridique existant (RGPD, AI Act) s'applique déjà, insistent les auteurs, mais ses modalités de mise en œuvre doivent s'adapter : mécanismes techniques de contrôle et de supervision, clarté sur les responsabilités, et vigilance côté utilisateur pour éviter de livrer trop d'informations. Une invitation à ouvrir les capots plutôt qu'un verdict — car, comme quand on cherche à savoir ce que ChatGPT et Gemini savent déjà de vous, la première difficulté reste de mesurer ce que l'on a déjà cédé.