Le 13 septembre 2026, lors du sommet des BRICS réuni à New Delhi, Xi Jinping a proposé que Pékin pilote la création d'une « zone d'intelligence artificielle open source » pour les onze pays du bloc. Le dirigeant chinois y a joint un appel à un « large cadre de gouvernance mondiale de l'IA fondé sur le consensus ». L'initiative place l'accès aux grands modèles de langage et aux compétences numériques au centre de la stratégie chinoise pour peser sur les règles internationales du secteur.

Ce que contient la proposition

Xi Jinping a présenté une « initiative pour une IA ouverte et inclusive » sous laquelle la Chine s'engagerait à bâtir une « communauté open source de l'IA » entre les membres des BRICS. Le dispositif annoncé prévoit de soutenir la coopération sur le développement et l'usage des grands modèles de langage, d'organiser des séminaires et des formations spécialisées, et de mettre en place une plateforme cloud ainsi qu'une alliance destinée à former des ingénieurs, selon les comptes rendus de l'agence AFP repris par L'Orient-Le Jour et par Euronews. L'objectif affiché est de constituer un « écosystème ouvert » où les pays coopèrent au lieu de rester dépendants de technologies contrôlées par une poignée d'entreprises et d'États.

Le bloc, formé en 2009 autour du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine, puis de l'Afrique du Sud, réunit depuis ses élargissements récents onze pays, dont l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran, les Émirats arabes unis, l'Indonésie et l'Arabie saoudite. C'est à ce périmètre élargi, qui pèse une part majoritaire de la population mondiale, que s'adresse l'offre chinoise.

Le pari chinois de l'ouverture

La proposition prolonge une trajectoire engagée depuis 2023 par les laboratoires chinois, qui ont fait de la diffusion en poids ouverts leur signature, de DeepSeek à Alibaba (Qwen) en passant par les modèles GLM de Zhipu. La famille Qwen d'Alibaba a franchi le milliard de téléchargements et a généré plus de 100 000 modèles dérivés sur la plateforme Hugging Face, soit le plus vaste écosystème de modèles ouverts du site devant Llama de Meta, d'après le Global Times. À la mi-2026, les modèles chinois représentaient environ 61 % des jetons traités sur OpenRouter, un service de routage entre modèles utilisé par les développeurs, selon une analyse de la commission américaine USCC. DeepSeek, autre acteur de référence, a publié son modèle V4 à la mi-juillet.

Ce choix de l'ouverture répond aussi à une contrainte. Privés d'accès aux semi-conducteurs les plus avancés par les contrôles à l'exportation américains, les acteurs chinois ont misé sur l'efficacité algorithmique et sur la distribution gratuite des poids, là où la barrière est logicielle plutôt que liée aux usines de gravure, note un rapport de la Brookings Institution. La dépendance matérielle demeure pourtant réelle. DeepSeek a obtenu un feu vert conditionnel des autorités pour acheter des puces Nvidia H20 en vue de sa prochaine génération de modèles, tout en étant encouragé à adopter les processeurs Ascend de Huawei, selon les éléments réunis par l'USCC. Offrir ses modèles aux BRICS revient à transformer une réponse défensive en levier d'influence, tout en élargissant la base d'utilisateurs qui adopteront demain les puces et les outils chinois.

Face au modèle américain fermé

L'initiative dessine une ligne de partage avec l'approche dominante aux États-Unis. Les principaux développeurs américains, OpenAI et Google en tête, ont privilégié des systèmes propriétaires, dont le code et les poids restent fermés. Washington s'appuie aussi sur les restrictions d'exportation de puces avancées pour ralentir la progression chinoise, une logique de sécurité nationale dont l'application n'a rien de nouveau : la classification des technologies de pointe comme matériel stratégique a déjà visé, en 1999, jusqu'à des ordinateurs grand public, comme le rappelle cet épisode retracé par ZapNews.

En proposant l'accès libre à ses modèles, la Chine se présente comme le camp de l'ouverture face à un contrôle américain présenté comme fermé et sélectif. La neutralité affichée d'une offre « ouverte » reste toutefois une position de puissance, un point que ZapNews a déjà examiné à propos de la neutralité apparente comme forme de pouvoir : un écosystème adopté massivement fixe des standards, des dépendances et des habitudes techniques qui profitent d'abord à celui qui le fournit.

La souveraineté numérique comme argument pour le Sud

L'argument central vise les pays en développement, pour qui les modèles fermés et payants représentent une dépendance coûteuse. Un modèle ouvert peut être téléchargé, adapté et hébergé localement, ce qui répond à une demande de souveraineté numérique portée par plusieurs capitales du Sud. Séverine Arsène, spécialiste de la gouvernance numérique chinoise, a analysé au Collège de France la manière dont Pékin exporte un modèle technique et institutionnel autant que des produits, un travail que ZapNews a relayé.

La proposition des BRICS s'articule avec une autre annonce chinoise. Le 17 juillet 2026, en ouverture de la Conférence mondiale sur l'IA de Shanghai, Xi Jinping avait acté la naissance de l'Organisation mondiale de coopération sur l'IA (WAICO), présentée comme une structure de coopération internationale et signée par 29 pays fondateurs, d'après TechRepublic. La zone open source des BRICS en constitue le prolongement régional.

Cette architecture entre en concurrence avec les cadres promus par les démocraties occidentales, comme la feuille de route adoptée au G7 pour une « IA de confiance », que ZapNews a documentée. Deux visions de la gouvernance s'organisent en parallèle, l'une autour des BRICS et de Pékin, l'autre autour du G7. Le calendrier chinois contraste avec le débat qui traverse une partie de la Silicon Valley, où plusieurs voix réclament au contraire un ralentissement du déploiement au nom de la sécurité, quand Pékin mise sur l'accélération et la diffusion.

Un cadre encore à écrire

La proposition demeure une déclaration politique. Aucun texte contraignant, calendrier de mise en œuvre ni enveloppe budgétaire n'a été publié à l'issue du sommet, et la « communauté open source » reste à structurer. La portée réelle de l'initiative dépendra aussi de l'attitude de Pékin sur l'accès à ses propres modèles : la Chine étudie en parallèle des restrictions à l'usage à l'étranger de ses systèmes les plus avancés, selon plusieurs analyses du secteur. Xi Jinping est attendu aux États-Unis dans le courant du mois pour des entretiens avec Donald Trump, où la gouvernance de l'IA doit figurer à l'ordre du jour.