Faut-il interdire l'IA en classe ? Pour Nawal Madjoudj, enseignante de mathématiques, la question arrive trop tard. Ses élèves s'en servent déjà. Dans une tribune publiée par Libération, elle propose de déplacer l'effort de l'école : moins empêcher l'usage, davantage apprendre à ne pas abandonner à la machine sa capacité de juger.
L'argument tranche avec le réflexe de contrôle qui a dominé les premières années des chatbots. Interdire un outil que les élèves ouvrent chez eux, sur leur téléphone, revient à courir après un usage qui existe déjà. Madjoudj estime que le rôle de l'enseignant se déplace vers l'apprentissage du questionnement, apprendre à l'élève à interroger une réponse toute faite au lieu de la recopier.
Un usage déjà installé
Le constat est partagé au-delà du lycée. À l'université, l'IA générative est décrite comme « la norme » par les étudiants eux-mêmes, et le baccalauréat 2026 a dû composer avec des outils que l'examen ne sait pas détecter à coup sûr.
L'institution a acté ce basculement. Le cadre d'usage de l'IA en éducation, publié en juin 2025 par le ministère de l'Éducation nationale, autorise l'usage pédagogique des IA génératives en classe à partir de la 4e, encadré par l'enseignant ; au lycée, les élèves peuvent les utiliser de façon plus autonome dans un cadre défini. Le parcours de sensibilisation Pix IA devient obligatoire à la rentrée 2026 pour les 4e, les secondes générales et la première année de CAP.
Apprendre à juger, pas à recopier
Le risque que pointe la tribune porte sur la délégation du raisonnement. Quand l'élève accepte une réponse sans l'avoir produite, il s'entraîne à ne plus la produire. Une étude de Michael Gerlich parue en 2025 dans la revue Societies relève une corrélation négative entre l'usage intensif d'outils d'IA et les scores de pensée critique, effet en grande partie médié par le « déchargement cognitif », le fait de sous-traiter à la machine l'analyse et la mémorisation. Une expérience du MIT sur une tâche de rédaction a observé une activité cérébrale moindre chez les utilisateurs de chatbot, ce que ses auteurs ont nommé « dette cognitive ».
D'où la piste pédagogique que défend Madjoudj et que reprennent plusieurs chercheurs : demander à l'élève d'anticiper la réponse avant de la solliciter, puis de la comparer, la corriger, repérer où la machine se trompe. En mathématiques, une démonstration produite par un modèle devient un exercice de vérification plutôt qu'un résultat à accepter. Le professeur ne disparaît pas de l'équation ; il apprend à l'élève à rester juge de ce que l'outil lui rend.
Ce déplacement rejoint d'autres tribunes récentes, dont une qui élargissait le débat scolaire vers la santé mentale des élèves. Le premier test grandeur nature est daté : la formation Pix IA entre au programme obligatoire dès cette rentrée 2026.