Les entreprises installent l'intelligence artificielle sur les postes de travail plus vite qu'elles ne forment leurs salariés à s'en servir. C'est le constat d'une enquête du prestataire de formation britannique QA, relayée par Clubic : un tiers des employés déclare n'avoir reçu aucune formation à l'IA, et à peine 13 % maîtrisent les bases de la technologie. QA vend précisément ce type de formation, ce qui lui donne un intérêt commercial à documenter ce déficit.
Une adoption sans mode d'emploi
Selon les chiffres cités, seuls 9 % des collaborateurs sont des utilisateurs avancés, et 15 % bénéficient d'un accompagnement dans la durée. Le reste apprend seul, par tâtonnement. Même les profils techniques ne sont pas épargnés : un technicien sur cinq se forme sans aide de son employeur, alors que ces métiers sont censés être en avance sur le sujet (QA).
Le décalage recoupe d'autres mesures récentes au Royaume-Uni, où deux salariés sur trois utilisant l'IA disent n'avoir suivi aucune formation formelle (Staffing Industry Analysts). Les outils se diffusent par le bas, souvent à l'initiative des employés eux-mêmes, quand l'encadrement et les règles d'usage suivent avec retard.
En France, le même écart
Le phénomène ne se limite pas au marché britannique. Le 4e baromètre de la formation professionnelle de Lefebvre Dalloz (551 professionnels interrogés de mai à septembre 2025) mesure un usage de l'IA au travail passé de 25 % à 51 % en un an, l'usage quotidien grimpant de 9 % à 24 % (Lefebvre Dalloz). Près de six professionnels sur dix estiment leur métier en évolution sous l'effet de l'IA, huit points de plus qu'un an plus tôt. La formation, elle, progresse moins vite que l'équipement. Ce retard de compétences pèse sur les résultats, la Banque de France constatant que les gains de productivité tirés de l'IA restent pour l'instant limités.
Cet écart de compétences a une valeur de marché. Une analyse de PwC chiffre à 62 % la prime salariale moyenne versée mondialement pour des postes réclamant des compétences en IA, un signal que ces savoir-faire restent rares et rémunérés.
Deux réserves s'imposent. QA comme Lefebvre Dalloz sont des acteurs de la formation, dont le modèle repose sur l'existence même de ce déficit. Et ces enquêtes reposent sur du déclaratif : elles mesurent des perceptions et des usages rapportés, pas la productivité réelle des salariés formés. Le baromètre Lefebvre Dalloz porte sur un échantillon de 551 personnes, une seule vague, close en septembre 2025.