Parti le 22 juillet d'un sous-bois de Saumos, au nord du bassin d'Arcachon, l'incendie de Gironde est devenu en quelques jours l'un des plus vastes feux de forêt qu'ait connus la France depuis l'après-guerre. Au matin du dimanche 26 juillet, la préfecture faisait état de près de 42 000 hectares partis en fumée et de 220 000 personnes évacuées, l'une des plus grandes évacuations jamais organisées dans le pays pour un sinistre de ce type. Ce lundi 27 juillet, le feu n'est toujours pas fixé et les moyens engagés restent exceptionnels. Le bilan reste provisoire.
Un feu parti de Saumos, hors de contrôle en quatre jours
Tout commence le mercredi 22 juillet, à 12 h 27, par un départ de feu signalé sur la commune de Saumos, une bourgade forestière du Médoc, entre le bassin d'Arcachon et l'océan. Dès la fin de la première journée, environ 1 400 hectares de pins ont déjà brûlé, selon le suivi de terrain de feuxdeforet.fr. Poussé par un vent soutenu et une végétation desséchée, le sinistre progresse ensuite d'heure en heure vers Le Porge puis Lège-Cap-Ferret.
La situation bascule dans le week-end. Le samedi 25 juillet à la mi-journée, une reconnaissance précise menée au sol permet à la préfecture d'établir un premier bilan officiel de l'ordre de 32 000 hectares brûlés et de 167 000 personnes évacuées. Dans la nuit du samedi au dimanche, le feu accélère brutalement en direction du sud-est et de l'agglomération bordelaise : selon Europe 1, la surface brûlée atteint 42 000 hectares au petit matin du dimanche 26 juillet, avec 220 000 personnes évacuées. Un ordre de grandeur confirmé par le récapitulatif de ce dimanche matin.
À titre de comparaison, ce périmètre place déjà le sinistre parmi les plus étendus depuis 1945 : le feu des Landes de Gascogne de 1949, le plus meurtrier de l'histoire française avec 82 morts, avait parcouru environ 50 000 hectares. Le sinistre de 2026 dépasse d'ores et déjà les grands feux de l'été 2022 (La Teste-de-Buch et Landiras), qui avaient détruit une trentaine de milliers d'hectares dans le même département. Ce massif de pin maritime, plus grande forêt cultivée d'Europe, présente une vulnérabilité structurelle au feu que le dérèglement climatique aggrave d'année en année.
Une vague d'évacuations sans précédent
La bascule de la nuit du 25 au 26 juillet a entraîné une nouvelle salve d'évacuations préventives. La préfète de la Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde a ordonné, via le système d'alerte FR-Alert envoyé directement sur les téléphones, l'évacuation des communes de Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios et Cestas, soit près de 55 000 personnes supplémentaires. Ces départs s'ajoutent à l'évacuation, plus tôt dans la semaine, de la presqu'île du Cap-Ferret et de plusieurs communes du littoral et de l'arrière-pays.
Au total, ce sont donc quelque 220 000 habitants et vacanciers répartis sur une vingtaine de communes qui ont dû quitter leur domicile ou leur lieu de séjour — chiffre qui, en pleine période estivale, gonfle avec la population touristique du bassin d'Arcachon. Des centres de vacances ont été vidés par précaution et des gymnases réquisitionnés pour l'hébergement d'urgence.
Une réponse militaire et aérienne exceptionnelle
Dès le premier jour, la lutte a mobilisé 500 sapeurs-pompiers, deux avions Dash, deux Canadair, quatre Air Tractor et environ 150 moyens de secours terrestres. À mesure que le feu grossissait, les renforts nationaux ont afflué. Au 26 juillet, le dispositif atteint quelque 2 500 sapeurs-pompiers et 18 moyens aériens, appuyés par 1 500 militaires et environ 1 200 policiers et gendarmes, d'après le suivi de feuxdeforet.fr.
Fait rare, l'armée a engagé des moyens habituellement réservés aux opérations extérieures : un avion de transport A400M de l'Armée de l'air et de l'espace a été transformé en bombardier d'eau pour effectuer des largages de produit retardant, épaulé par un ravitailleur A330 MRTT, un hélicoptère NH90 et un drone Reaper de surveillance. Ce recours massif aux flottes aériennes fait écho aux tensions récurrentes sur les capacités de lutte, alors que les Canadair sont sollicités simultanément sur plusieurs fronts — comme lors des écopages sur la Seine près de Fontainebleau cet été.
Canicule, sécheresse et « orages de feu »
L'embrasement girondin s'inscrit dans un contexte météorologique extrême. La France traverse une nouvelle vague de chaleur, la troisième de l'été après un mois de juin historique, avec des températures proches de 40 °C dans le Sud-Ouest et des sols exceptionnellement secs, décrits comme relevant d'une sécheresse historique. Ce cocktail — chaleur, aridité, végétation combustible — nourrissait depuis plusieurs jours un risque de feux de forêt élevé sur une large façade du pays.
Sur le terrain, les conditions ont été particulièrement défavorables aux secours : des rafales de vent atteignant 40 km/h ont propulsé les flammes, et l'incendie a généré ses propres phénomènes météorologiques. Un pyrocumulonimbus — nuage d'orage engendré par la chaleur du brasier — a été observé dès le samedi soir, provoquant des « sautes de feu » qui projettent des braises loin devant le front principal et rendent la progression du sinistre imprévisible. « Ce feu est imprévisible, aucune date de retour ne peut être annoncée aujourd'hui », résumait le maire de Cestas, cité par Europe 1.
La Gironde n'est pas isolée : d'autres départements du sud de la France et le Var, autour de Pontevès, luttent eux aussi contre les flammes, tandis que l'Espagne connaît des incendies majeurs. L'ensemble dessine un été de feux à l'échelle de l'Europe du Sud-Ouest : en France, 2026 est déjà l'année la plus destructrice jamais mesurée par satellite.
Une région partiellement paralysée
Le sinistre a désorganisé les axes de circulation du littoral aquitain. L'autoroute A63, qui relie Bordeaux à l'Espagne, a été fermée dans la nuit du samedi au dimanche vers 23 heures, sur une soixantaine de kilomètres entre l'échangeur avec l'A660 (vers Mios) et la rocade bordelaise. Plusieurs routes départementales, dont la RD106 et la RD213, ont également été coupées. Côté rail, la SNCF a suspendu la circulation des trains au sud de Bordeaux, en direction d'Arcachon, de Morcenx, de Dax et de Mont-de-Marsan.
Par précaution sanitaire, face aux fumées denses qui recouvrent l'agglomération, les autorités ont distribué plus d'un million de masques FFP2 à la population.
Un bilan humain encore provisoire
À ce stade, aucun décès de civil n'a été signalé. Le décompte de terrain fait toutefois état de plusieurs dizaines de sapeurs-pompiers blessés et de plusieurs centaines d'habitations touchées ou détruites — des chiffres qui restent provisoires et devront être consolidés une fois le feu maîtrisé et l'accès aux zones sinistrées rétabli.
Ce lundi 27 juillet, l'incendie n'était toujours pas fixé et les autorités continuaient d'appeler les habitants des zones concernées à respecter scrupuleusement les consignes d'évacuation et à ne pas revenir chez eux tant que le retour n'a pas été officiellement autorisé. La météo des prochains jours — Météo-France anticipe un été durablement plus chaud et plus sec que la normale — restera déterminante pour l'évolution du sinistre.
Bilan arrêté aux communiqués du dimanche 26 juillet 2026. Les chiffres de surface, d'évacuations et de victimes sont susceptibles d'évoluer. Sources : préfecture de la Gironde, suivi opérationnel de feuxdeforet.fr, Europe 1, agences de presse.