« Plus qu'une gestion de crise, c'est une gestion des risques qu'il faut. » La formule, au cœur d'un entretien de RFI, résume le tournant que l'été 2026 impose à la France. Avec plus de 42 000 hectares partis en fumée dès la mi-juillet — un record sur vingt ans de suivi satellitaire (Touteleurope) — et plus de 8 000 départs de feu recensés par la Sécurité civile (franceinfo), la saison ne se joue plus seulement sur la ligne de front. Éteindre le feu quand il est là, c'est de la gestion de crise ; empêcher qu'il parte, se propage et détruise, c'est une autre logique.
Éteindre ne suffit plus
La gestion de crise, c'est le dispositif le plus visible : cellules interministérielles, colonnes de renfort, moyens aériens. Face aux feux du Var et du Sud, la Sécurité civile a mobilisé des moyens qu'elle qualifie d'« inédits », dont une douzaine de Canadair (franceinfo). Mais ces moyens, aussi importants soient-ils, sont « étirés à leur maximum » quand les foyers se multiplient sur tout le territoire (Tous pour l'eau). Surtout, sous canicule et sécheresse répétées, la végétation déshydratée brûle plus vite que les pompiers ne peuvent l'atteindre : quand Fontainebleau part en fumée sur 2 000 hectares loin de l'arc méditerranéen, la réponse d'urgence arrive toujours après le mal.
Le déséquilibre est structurel. La France ne compte qu'environ 286 plans de prévention du risque incendie, contre plus de 11 000 pour les inondations (Tous pour l'eau) : le pays s'est longtemps équipé pour éteindre, pas pour anticiper.
Prévenir : débroussailler, cartographier, aménager
La gestion des risques agit en amont, avant l'étincelle. Trois leviers.
Le débroussaillement d'abord, arme la plus documentée : environ 90 % des maisons détruites lors d'un feu de forêt se trouvent sur des terrains non ou mal débroussaillés (Assurance Prévention). L'obligation légale (OLD) impose de dégager la végétation sur 50 mètres autour des habitations, jusqu'à 100 mètres sur décision du préfet. Signe de l'extension du risque vers le nord, le nombre de départements soumis à cette obligation est passé de 48 à 52 en avril 2026, avec l'ajout de la Corrèze, de la Haute-Loire, de l'Essonne et de la Seine-et-Marne (Géorisques).
La cartographie de l'aléa et l'urbanisme ensuite : repenser les interfaces entre zones bâties et forêt, créer des zones tampons et des pare-feux, et cesser de construire au contact direct des massifs (Tous pour l'eau) — un ciblage que la recherche affine, en établissant que près de la moitié des départs se concentrent sur ces lisières habitat-forêt. La sensibilisation enfin : neuf feux sur dix étant d'origine humaine, l'État a reconduit en 2026 sa campagne annuelle de prévention des feux de forêt et de végétation (Ministère de l'Intérieur).
Derrière ce basculement, une cause : le réchauffement. Il assèche les sols, allonge la saison des feux et déplace le risque vers des régions autrefois épargnées — comme le montre le record de surfaces brûlées atteint avant même le 1er août. Continuer à ne gérer que la crise, c'est courir derrière un phénomène qui, lui, s'installe pour durer.