Sur la scène du Dreamforce de Salesforce, mardi 15 septembre, le patron de Nvidia Jensen Huang a rejeté les appels à ralentir l'intelligence artificielle. Quelques minutes après Dario Amodei, venu défendre un cadençage du secteur devant 12 000 personnes, il a plaidé pour pousser le développement « à pleine vitesse ». Sa formule : « la sécurité est un problème d'ingénierie, pas un problème juridique ». Pour lui, aucune loi nouvelle n'est nécessaire, le marché s'en chargeant.

« Pas besoin de nouvelles lois »

« Nous n'avons besoin d'aucune nouvelle loi. Nous n'avons pas besoin de nouvelles régulations », a déclaré Huang, selon TechCrunch. Il décrit l'IA comme un système informatique construit par des humains, à maîtriser par les tests et le contrôle produit plutôt que par le droit. Sa règle tient dans une consigne aux entreprises : « Si vous n'êtes pas confiant dans sa fonctionnalité, sa capacité ou sa sécurité, alors ne la déployez pas. » L'incitation, selon lui, vient de la concurrence, un produit défaillant se payant sur le marché. Le fabricant de puces, dont les processeurs entraînent l'essentiel des grands modèles, a un intérêt commercial direct à ce que la course se poursuive.

Huang refuse l'idée que l'IA appellerait une gouvernance différente des autres logiciels, et juge que innovation et sécurité ne s'opposent pas. L'argument a ses limites, que rappelle TechCrunch. Les entreprises livrent régulièrement des produits fautifs malgré leurs intentions. La panne CrowdStrike de 2024 et le règlement à 18 milliards de dollars de Meta sur les dommages causés aux enfants par les réseaux sociaux servent de contre-exemples au « laissez-nous faire ».

Face à Amodei et Altman

Huang répond directement à Dario Amodei, qui avait publié le 12 septembre un plan pour « réguler le rythme » de l'IA après un incident d'agents autonomes qu'il jugeait alarmant (lire Dario Amodei appelle à ralentir l'IA). Sur la même scène, le patron d'Anthropic a redit son appel à ralentir quand celui de Nvidia prônait l'accélération. Amodei avertit qu'un essaim d'agents autonomes pourrait, à brève échéance, échapper au contrôle de ses concepteurs, et propose d'installer dans les laboratoires des évaluateurs externes permanents. Sam Altman, à la tête d'OpenAI, figure parmi les dirigeants ayant approuvé une partie de ce plan, notamment cet accès d'observateurs indépendants. OpenAI, Anthropic et Google travaillent d'ailleurs à un organe commun voué à la sécurité de l'IA, signe que les laboratoires cherchent à fixer eux-mêmes leurs garde-fous.

Le désaccord porte sur qui fixe la limite, l'ingénieur du fabricant ou le législateur. Huang, reçu récemment par Donald Trump, pèse sur l'issue réglementaire américaine. Le débat n'est pas propre aux États-Unis, où aucune loi fédérale n'encadre à ce jour les modèles de frontière ; en Europe, l'application de l'AI Act aux grands modèles bute déjà sur sa faisabilité technique.