Sébastien Lecornu a annoncé le 16 juin 2026, à Bercy, la généralisation de « L'Assistant » à l'ensemble des agents de l'État, soit environ un million de fonctionnaires. Mais les résultats de la phase pilote, sans être négatifs, fragilisent l'ambition de substituer cet agent IA souverain aux outils d'IA générative déjà utilisés dans les administrations.
Développé par la DINUM avec Mistral AI et hébergé chez Outscale sur une infrastructure certifiée SecNumCloud, « L'Assistant » est un outil conversationnel pensé pour rester en France : résumer un rapport, reformuler une note, extraire une information ou traduire un texte, sans que les données quittent le territoire. Pour un coût initial de 700 000 euros, le projet s'inscrit dans le plan IA porté par Matignon et dans une volonté affichée de souveraineté numérique.
Des chiffres flatteurs, une participation faible
Pendant dix mois (décembre 2025 à juin 2026), 10 000 agents de six ministères pilotes — Justice, Finances, Éducation nationale, Culture, Enseignement supérieur et Recherche, Services du Premier ministre — ont disposé d'une licence. L'évaluation, menée par des chercheurs de l'Inria, de l'INSA Rennes et du CNRS, met en avant des gains de temps de l'ordre de 12 % sur la rédaction et jusqu'à 16 % sur la synthèse documentaire, avec une qualité jugée meilleure en évaluation à l'aveugle.
Côté satisfaction, le bilan officiel avance 75 % d'agents jugeant l'outil utile et 65 % prêts à le recommander. Mais ces chiffres reposent sur une base étroite : selon Next, seuls 465 agents des ministères économiques ont répondu au questionnaire final, sur 1 359 sollicités. La masse des 10 000 licences ne s'est pas traduite par une participation à la mesure de l'enthousiasme officiel.
Le concurrent reste ChatGPT
Le point qui « laisse sceptique » est ailleurs : 57 % des répondants estiment que les autres IA génératives répondent mieux à leurs besoins. Les freins cités sont récurrents — manque de confiance dans l'exactitude des réponses, absence de fonctionnalités métier — et expliquent qu'à peine plus de la moitié des agents (56 %) déclarent avoir réduit leur recours à des solutions non souveraines.
Or c'est précisément l'objectif premier de « L'Assistant » : contenir l'usage non contrôlé de ChatGPT et consorts dans les administrations, où des données publiques peuvent transiter par des serveurs étrangers. Tant que l'outil souverain est perçu comme inférieur, le risque de contournement demeure. La généralisation à un million d'agents répond donc à un pari : déployer largement pour installer l'habitude, en espérant que la qualité du modèle Mistral rattrape l'écart perçu avant que les agents ne retournent à leurs outils habituels.