Meta a présenté le 8 septembre Muse, un agent censé faire les courses, réserver un restaurant ou décrocher un rendez-vous chez le coiffeur à la place de l'utilisateur. La fonction d'appels téléphoniques ajoutée une semaine plus tard devait le faire dialoguer seul avec les commerces. Selon des communications internes obtenues par Reuters et 404 Media, une partie de ces appels était en réalité passée par des sous-traitants humains dans un centre d'appels.
Un « concierge humain » derrière l'agent
Meta a informé ses salariés de ce test la semaine suivant le lancement public de la fonction. Le dispositif ajoutait une couche d'opérateurs humains capables de reprendre discrètement la conversation quand l'IA calait. La raison est chiffrée dans les documents : les appels menés par des humains réussissaient dans 95 à 98 % des cas, contre un taux nettement plus bas pour l'agent laissé seul.
Des employés ont alerté en interne. L'un écrit : « Je ne comprends pas vraiment pourquoi on estime que cette fonction vaut le risque. » Un autre rapporte qu'un sous-traitant a tenu des propos racistes pendant un appel. Le point sensible reste que l'appelé, comme l'utilisateur, ignorait qu'un humain écoutait des informations personnelles. Un vice-président a reconnu qu'il était « une erreur » de tester des appels confiés à des prestataires sans transparence, et Meta a suspendu la fonction en attendant des garde-fous de confidentialité.
Muse, décalque d'un projet open source
Le second aveu porte sur la conception même de l'agent. Nat Friedman, ancien patron de GitHub passé responsable produit chez Meta Superintelligence Labs, a admis que Muse était « fortement inspiré » d'OpenClaw, l'agent open source de Peter Steinberger — qui a depuis rejoint OpenAI. Les premiers utilisateurs avaient repéré dans Muse des fichiers SOUL.md, le document qui définit la personnalité et les limites d'un agent chez OpenClaw, au contenu quasi identique. Friedman raconte avoir acheté des centaines de Mac minis pour son équipe après avoir testé OpenClaw en janvier.
Ce que ça dit de la maturité des agents
Le double épisode rappelle une réalité déjà mesurée : livrés à eux-mêmes, les agents restent loin des démonstrations. Un benchmark de Carnegie Mellon et Duke montrait que le meilleur modèle bouclait moins d'un tiers des tâches de bureau réelles. Meta n'a pas comblé cet écart, il a payé des humains pour le masquer le temps d'un test — la même « fauxtomation » qui a déjà été reprochée à d'autres services vendus comme autonomes.
Le pari commercial a pris : Muse a été téléchargé 2,8 millions de fois en moins de deux semaines et l'action Meta a bondi de plus de 20 % après l'annonce. La fonction d'appels, elle, reste désactivée : Meta indique continuer à travailler sur des appels réellement passés par l'IA avant tout déploiement grand public.