Vingt-six salariés, actuels et anciens, de Meta accusent le groupe d'avoir laissé des outils d'intelligence artificielle décider qui perdrait son emploi — et d'avoir ainsi frappé en priorité des personnes handicapées ou en congé protégé. La plainte, déposée le 14 juillet 2026 devant un tribunal fédéral d'Oakland (Californie), serait la première du genre contre un grand groupe américain visant l'usage de l'IA dans un plan social. Les accusations n'ont pas été jugées.
Ce qui est reproché
Les plaignants, qui agissent de façon anonyme, décrivent une sélection nourrie par des données d'activité et des classements algorithmiques : systèmes d'IA internes, suivi de la frappe au clavier et de l'activité, tableaux de bord de consommation de « tokens » IA, évaluations de performance assistées par algorithme (CBS News). Le cœur du raisonnement : ces indicateurs « par construction, ne peuvent pas être accumulés » par un salarié en congé médical ou familial protégé, ou dont la production baisse à cause d'un handicap. La sélection ne discriminerait pas en visant nommément ces personnes, mais mécaniquement, en pénalisant l'absence ou le rendement réduit.
Le profil des 26 plaignants illustre l'argument : environ la moitié revenaient d'un congé — huit femmes en congé maternité, quatre hommes en congé parental, une salariée en congé de deuil ou d'aidant — et tous avaient demandé ou obtenu des aménagements liés à un handicap.
Les lois invoquées
La plainte vise plusieurs textes fédéraux : le Family and Medical Leave Act, l'Americans with Disabilities Act, le Pregnancy Discrimination Act, le Pregnant Workers Fairness Act, ainsi que la responsabilité pour « impact disparate » du Title VII (Fox Business). S'y ajoute un grief plus neuf : Meta aurait négligé de tester ses systèmes d'IA contre les biais, en violation de lois récentes de Californie et de la ville de New York encadrant ces audits.
Le contexte
L'affaire s'inscrit dans un plan social massif : environ 8 000 postes supprimés, soit près de 10 % des effectifs, annoncés en mai 2026 pour des départs à partir du 22 juillet, pendant que le groupe redéployait quelque 7 000 salariés vers des fonctions liées à l'IA. Meta rejette les accusations : « Ces allégations sont sans fondement et ne reposent pas sur des faits. La gestion des effectifs et les décisions d'organisation étaient et restent prises par des humains, pas par l'IA. »
Au-delà de Meta, le dossier touche une zone grise qui s'élargit : quand la donnée de productivité devient le juge des suppressions de postes, l'automatisation de la décision peut reproduire — voire amplifier — des discriminations que la loi interdit. Un débat déjà porté ailleurs, des craintes syndicales chez Dalloz au licenciement d'un ingénieur Google lié à un outil d'IA.