Meta abandonne pour la première fois la signature Ray-Ban et commercialise des lunettes intelligentes sous sa propre marque, baptisées sobrement « Meta Glasses ». Annoncée le 23 juin 2026, la nouvelle gamme démarre à 299 dollars (309 euros), soit nettement moins cher que les Ray-Ban Meta de deuxième génération. Une offensive prix qui tombe à pic : Google et Samsung préparent leurs propres modèles pour cette année.

Depuis 2021, Meta avançait masqué derrière le prestige d'un lunetier. Les Ray-Ban Meta, puis les Oakley Meta, ont fait du groupe de Mark Zuckerberg le leader incontesté d'un marché encore balbutiant. Avec les Meta Glasses, l'entreprise franchit une étape symbolique : elle assume désormais son nom sur la branche des montures et tente de transformer un produit de niche en objet grand public.

Casser les prix en supprimant la marque Ray-Ban

Le changement le plus visible est tarifaire. Les deux montures d'entrée de gamme, l'Adventurer (un design rectangulaire épuré) et la Fury (plus massive), sont proposées à partir de 299 dollars, soit 309 euros. À titre de comparaison, les Ray-Ban Meta de deuxième génération démarrent à 379 dollars, et les Oakley Meta à 400 dollars. L'écart atteint donc une centaine d'euros pour des caractéristiques techniques quasiment identiques.

La logique est limpide : en se passant de la licence d'une marque de lunettes prestigieuse, Meta économise sur chaque paire et répercute la différence sur le prix de vente. Le groupe conçoit néanmoins toujours ces montures avec EssilorLuxottica, la maison mère de Ray-Ban et d'Oakley, qui reste son partenaire industriel. Ce n'est donc pas une rupture, mais un repositionnement : Meta veut exister par elle-même sur le visage de ses clients, sans payer le droit d'afficher un logo tiers.

Tout n'est pas pour autant bradé. La troisième monture, l'ovale Starfire by Kylie, conçue avec la femme d'affaires et célébrité Kylie Jenner, grimpe à 399 dollars (419 euros) — soit le tarif d'une Ray-Ban Meta haut de gamme. Selon le modèle et le type de verres (solaires, Transitions, polarisés ou transparents), Meta annonce au total une vingtaine de combinaisons possibles.

Ce que ces lunettes savent faire

Sur le plan technique, les Meta Glasses reprennent l'essentiel de la formule éprouvée des Ray-Ban Meta. On retrouve un appareil photo de 12 mégapixels capable de filmer en 3K, plus de huit heures d'autonomie (l'étui de transport apportant une quarantaine d'heures de réserve supplémentaire), des haut-parleurs à oreille ouverte pour écouter de la musique ou prendre des appels sans s'isoler du monde, et un réseau de six microphones avec réduction de bruit.

Point important : ces lunettes n'embarquent aucun écran. Elles ne doivent pas être confondues avec les Ray-Ban Display, le modèle à affichage intégré que Meta réserve à un segment plus premium. Ici, l'interaction passe par la voix et l'image. On peut demander une traduction en temps réel, identifier ce que l'on a sous les yeux, poser une question sur son environnement ou déclencher une photo en mode mains libres.

Le cœur de l'argumentaire, c'est l'intelligence artificielle. Les Meta Glasses sont les premières à embarquer dès le lancement Muse Spark, présenté comme le premier modèle issu des Meta Superintelligence Labs et conçu spécifiquement pour les produits grand public. Meta promet une meilleure capacité à extraire des détails à partir des photos et à mémoriser les préférences de l'utilisateur. C'est tout l'enjeu de ces lunettes : devenir un assistant qui voit et entend ce que vous voyez et entendez.

Verrouiller le marché avant l'arrivée de Google et Samsung

Le calendrier de cette annonce n'a rien d'anodin. Pour l'instant, Meta domine outrageusement le secteur : avec EssilorLuxottica, le groupe contrôle plus de 80 % du marché des lunettes IA selon le cabinet Counterpoint Research, et détenait déjà autour de 76 % de parts en 2025. Mais cette position de quasi-monopole est sur le point d'être attaquée.

Google a en effet officialisé son retour dans la bataille des lunettes connectées. Lors de sa conférence I/O 2026, la firme de Mountain View a présenté, en partenariat avec Samsung, des lunettes audio fonctionnant sous Android XR, co-conçues avec les lunetiers Warby Parker et Gentle Monster. Les premiers modèles audio sont attendus cet automne, avant des versions à affichage. Samsung, de son côté, a confirmé le lancement de ses propres lunettes Android XR dans l'année.

L'approche des deux géants diffère de celle de Meta. Là où Meta mise sur sa marque et son modèle d'IA maison, Google et Samsung comptent capitaliser sur l'écosystème Android existant : des millions de développeurs pourraient adapter rapidement leurs applications, offrant potentiellement un catalogue plus riche dès le départ. En baissant ses prix maintenant, Meta cherche donc à installer un maximum de paires sur les visages avant que la concurrence ne s'organise, et à fixer un plancher tarifaire difficile à concurrencer.

La vie privée, point aveugle persistant

Reste la question qui colle à ces produits depuis leurs débuts : la protection de la vie privée. Une caméra discrète logée dans une monture, capable de photographier ou de filmer à la volée, soulève des inquiétudes légitimes pour les personnes filmées sans le savoir, comme pour les utilisateurs eux-mêmes. Avec un modèle d'IA capable d'analyser les images et de « mémoriser » des préférences, le volume de données personnelles susceptibles de remonter vers Meta s'accroît encore.

Ces craintes ne sont pas théoriques. Des étudiants avaient déjà démontré, sur des Ray-Ban Meta, qu'il était possible de détourner ce type de lunettes pour de la reconnaissance faciale en temps réel, associant un visage croisé dans la rue à une identité et à des données personnelles glanées en ligne. En démocratisant le prix de ses lunettes, Meta promet d'en équiper davantage de monde — et donc de multiplier d'autant les yeux numériques braqués sur l'espace public. La diode lumineuse censée signaler l'enregistrement reste, pour beaucoup d'observateurs, une garantie bien fragile.

Avec ces Meta Glasses, l'entreprise affiche clairement son ambition : faire des lunettes le prochain grand terminal informatique, après le smartphone, et le support privilégié de son intelligence artificielle. La baisse des prix est l'arme choisie pour y parvenir. Reste à savoir si le grand public est prêt à porter en permanence une caméra connectée — et si les régulateurs laisseront faire.