ChatGPT, Claude et Gemini gardent en mémoire des informations sur ceux qui leur parlent (ce que ChatGPT et Gemini savent de vous). Muse, l'agent personnel lancé par Meta début septembre 2026, applique le même principe aux gens qui n'ont rien demandé : il tient une fiche sur les proches de l'utilisateur.
Une fiche par personne
Pour chaque personne qui compte dans la vie de l'utilisateur — famille, amis, collègues, contacts suivis — Muse ouvre un dossier qui se remplit au fil des échanges, rapporte Next. On y trouve des rubriques intitulées « Faits », « Historique », « Relation », « Points communs », « Sujets en suspens » et « Renforcement ». L'agent y range des dates d'anniversaire, un lieu de résidence, une activité professionnelle, l'historique des interactions, puis estime le degré de proximité et propose des façons d'entretenir le lien : rappeler une date ou envoyer des fleurs aux préférences du conjoint.
Meta met en avant le confort de la fonction. L'agent peut retenir que l'expéditeur d'une facture est le plombier déjà engagé par le passé. Le plombier ne sait pas qu'il figure dans une base tenue par un agent de Meta. Ces informations sont collectées sans que les tiers concernés y aient consenti, du seul fait qu'ils ont été évoqués par l'utilisateur. Muse n'est pas déployé en Europe, Meta invoquant une incompatibilité avec le RGPD.
Un accès qui ne se reprend pas
Le problème dépasse les fiches. Quand l'agent traite les données d'une personne, il expose aussi celles de ses correspondants, explique le chercheur Ebrahim Bagheri à Global News : « Si un agent IA fouille le compte mail de quelqu'un avec qui vous avez correspondu, il lit probablement aussi vos mails. » Il prend l'exemple d'un médecin dont les patients envoient des pièces par courriel. L'autorisation donnée par le médecin empiète alors sur la vie privée de ses patients. Meta permet de demander à Muse d'oublier une information, mais Bagheri souligne la limite : une fois l'accès ouvert, les données ont déjà été vues et ne se rétractent pas. Le commissaire à la vie privée du Canada recommande de ne jamais partager avec ces agents de photos ou d'informations concernant des mineurs.
Les garde-fous annoncés par Meta portent surtout sur l'exécution. Muse tourne dans une machine virtuelle isolée (« Muse Secure VM ») et un second agent, Sentinel, contrôle ce qui peut atteindre internet, décrit Axios. Meta assure que les échanges ne nourrissent pas sa régie publicitaire et laisse refuser l'entraînement des modèles. Ces protections n'ont pas empêché un incident en septembre, quand l'adresse d'un vendeur Marketplace a été communiquée sans autorisation ; des acheteurs se sont présentés à son domicile.