Microsoft a présenté le 25 septembre une refonte de son application Copilot, réorganisée autour de trois onglets — Home, Code et Autopilot — et pensée comme un point d'entrée unique pour les utilisateurs de Windows. L'entreprise veut en faire l'« Office de l'intelligence artificielle », un hub où chacun travaillerait sans quitter l'application. Reste un obstacle : pour répondre aux requêtes, ce nouveau Copilot appelle toujours les modèles d'OpenAI, d'Anthropic et de xAI.

Trois onglets pour un point d'entrée unique

Le nouveau Copilot ouvre sur trois espaces. Home réunit le chat et Cowork, l'assistant que Microsoft présente depuis juin comme un collègue de bureau numérique. Surtout, Microsoft y intègre « Office in Copilot » : Word, Excel et PowerPoint deviennent éditables directement dans l'interface, dans des documents partagés et synchronisés avec les applications bureautiques classiques.

Le deuxième onglet, Code, laisse construire de petites applications, tableaux de bord et automatisations en décrivant le besoin en langage naturel, sans écrire de code. Microsoft indique qu'il repose sur la même technologie que GitHub Copilot.

Le troisième, Autopilot, est l'ancien Scout rebaptisé. Microsoft le décrit comme un coéquipier auquel on donne un nom, un rôle et un objectif, et qui travaille ensuite en continu : surveiller des canaux, relancer des fils de discussion, reprendre un projet plusieurs jours plus tard sans nouvelle instruction. Ces agents sont hébergés dans le cloud de Microsoft, avec une identité, une mémoire et une adresse e-mail dédiées.

Le calendrier reste étalé. Home et Code arrivent d'abord chez les utilisateurs du programme Frontier dans les prochaines semaines. Autopilot passe en préversion privée élargie fin septembre, et une fonction proactive baptisée Today est attendue en préversion privée en octobre.

L'ambition d'un « Office de l'IA »

L'enjeu pour Microsoft est de transformer une base d'utilisateurs bureautiques en base d'utilisateurs d'IA. Sur le papier, le potentiel est large : la suite Microsoft 365 compte environ 450 millions de sièges commerciaux. Mais Copilot n'en convertit qu'une fraction. L'entreprise revendiquait 30 millions de sièges Copilot payants en juillet 2026, contre 20 millions en avril, soit près de 7 % du parc. Le chiffre d'affaires cloud de Microsoft 365 a atteint 100,3 milliards de dollars sur l'exercice 2026, en hausse de 19 %, une dynamique déjà décrite quand Azure a franchi les 100 milliards au prix de la marge.

En réunissant chat, bureautique, développement et agents dans une seule application, Microsoft attaque frontalement les offres qu'OpenAI et Anthropic vendent aux entreprises. Jacob Andreou, responsable de Copilot, a d'ailleurs visé le concurrent d'Anthropic, dont l'assistant Cowork s'exécute dans une machine virtuelle locale : il reproche à ce modèle d'« envoyer vos fichiers les plus sensibles vers une machine locale ». Microsoft, à l'inverse, garde ses agents dans son cloud d'entreprise. C'est le prolongement d'une stratégie déjà lancée avec Copilot Cowork, censé devenir le nouveau collègue de bureau.

Le hic : Copilot tourne sous Claude et ChatGPT

L'ironie que pointe le titre de Numerama tient à ce qui se cache sous l'interface. Pour répondre, le nouveau Copilot ne mobilise pas d'abord un modèle maison. Il route les requêtes vers plusieurs fournisseurs : OpenAI (dont le modèle de raisonnement Astra), Anthropic (Claude Opus et le modèle Fable), xAI, et les modèles internes MAI de Microsoft. Un sélecteur laisse même l'utilisateur choisir entre GPT, Opus ou un mode automatique.

Microsoft construit ainsi une application censée concurrencer Claude et ChatGPT en s'appuyant, pour l'essentiel du travail, sur Claude et ChatGPT. Selon TheNextWeb, « OpenAI et Anthropic traitent encore la majeure partie du trafic de production dans Copilot », les modèles MAI n'intervenant que là où leur coût ou la localisation des données jouent en leur faveur.

Cette dépendance se double d'une relation commerciale ambiguë avec Anthropic. L'intégration remonte à l'automne 2025 : les modèles Claude sont d'abord apparus dans Microsoft Foundry et dans le mode agent d'Excel, avant d'être proposés en option dans Microsoft 365 Copilot. Microsoft les vend aujourd'hui à ses clients tout en les bloquant pour ses propres salariés, au nom de la rétention des données. Le fournisseur de Copilot est aussi, en partie, son concurrent direct.

Satya Nadella assume ce pari du multi-modèle comme une couverture plutôt qu'une contrainte. Le dirigeant décrit Copilot comme une plateforme d'évaluation privée sur laquelle l'entreprise peut mesurer les modèles et les remplacer selon ses propres critères. La logique tarifaire suit : abonnement mensuel par utilisateur pour le chat et la bureautique, facturation à l'usage pour Cowork, Code, Autopilot et les modèles les plus lourds comme Astra ou Claude Fable.

La souveraineté modèle, chantier inachevé

Cette dépendance, Microsoft cherche à la réduire, sans y parvenir encore. L'entreprise a présenté sept modèles MAI maison (raisonnement, image, voix, transcription) et les glisse par tâches là où l'économie le permet. MAI-Transcribe-1 est testé dans Teams et Copilot, MAI-Image-2 est intégré à Bing et PowerPoint. Microsoft avance qu'un modèle MAI adapté pour le cabinet McKinsey s'est révélé dix fois moins coûteux que le GPT-5.5 d'OpenAI.

Le mouvement a été rendu possible par la renégociation de 2025 entre Microsoft et OpenAI, qui a libéré l'éditeur pour développer des modèles concurrents tout en conservant une licence sur la technologie d'OpenAI jusqu'en 2032. Nadella aurait justifié cette bascule par la crainte de voir Microsoft devenir « le prochain IBM », c'est-à-dire un acteur qui loue une technologie clé sans la maîtriser.

La souveraineté modèle est un chantier que Microsoft mène sur plusieurs fronts. L'éditeur a aussi signé un accord de plusieurs milliards de dollars pour acheter du calcul à Mistral, dans un mouvement qui inverse les rôles habituels entre le géant américain et la start-up française. Mais tant que MAI reste cantonné aux tâches périphériques, le cœur du raisonnement de Copilot dépend d'Anthropic et d'OpenAI.

Microsoft présente donc une application-hub qui doit prouver que l'IA appartient à la bureautique, et non aux laboratoires qui fabriquent les modèles. Home et Code arrivent chez les utilisateurs Frontier dans les prochaines semaines ; Autopilot passe en préversion privée fin septembre, la fonction Today en octobre. La licence sur la technologie d'OpenAI court jusqu'en 2032.