Elon Musk demande à ses ingénieurs de Tesla de passer sur Grok 4.5, l'IA maison, tout en admettant publiquement qu'elle reste inférieure à celle d'Anthropic. « Pour être honnête, Fable est clairement meilleur que Grok 4.5, mais la plupart des tâches n'exigent pas un niveau Fable », a écrit le milliardaire, qualifiant même Anthropic de « leader actuel de l'IA ». Un grand écart entre stratégie d'entreprise et réalité technique.
Un plafond de dépenses qui épargne Grok
L'affaire part d'une consigne budgétaire. Tesla a instauré un plafond de 200 dollars par semaine sur les outils d'IA tiers pour ses salariés, une limite qui s'applique aux modèles d'Anthropic, d'OpenAI et de Google — mais dont Grok est explicitement exempté (Electrek). Dans la foulée, des mémos envoyés vendredi ont invité les équipes à basculer vers Grok 4.5 « quand c'est possible » (Mac4ever).
Le conflit d'intérêts saute aux yeux : Grok est développé par xAI, l'autre société de Musk, désormais adossée à SpaceX. Pousser les ingénieurs vers cet outil revient à orienter la dépense interne vers un actif du même propriétaire, au moment où SpaceX se pose en rival frontal d'Anthropic (voir notre article sur l'été des méga-introductions en Bourse).
« Meilleur, mais pas nécessaire »
La singularité de l'épisode tient à la franchise de Musk. Plutôt que de survendre son modèle, il concède son infériorité tout en la relativisant : Grok serait « suffisant » pour l'essentiel des usages, et surtout bien moins cher. Sur le classement cité par la presse, Grok 4.5 se situe au 9e rang, derrière plusieurs modèles d'OpenAI, d'Anthropic et de Google, avec le score de codage le plus faible du peloton (68,6) selon les données rapportées par The Information (Electrek).
L'argument massue est le coût. D'après ces mêmes chiffres, une tâche traitée par Grok 4.5 reviendrait à environ 0,13 dollar, contre 1,57 dollar pour Claude Fable 5, le modèle haut de gamme d'Anthropic (StockTwits). Un rapport de plus de dix pour un, qui explique la logique comptable de la manœuvre : rogner la facture d'IA sans nécessairement optimiser la qualité du travail produit.
Reste un obstacle de terrain : les ingénieurs de Tesla continuent, dans leur majorité, de préférer Claude pour le développement quotidien, jugé plus fiable. La stratégie de Musk se heurte ainsi à une préférence d'usage forgée par l'expérience, qu'un mémo interne ne suffira sans doute pas à renverser. Anthropic, de son côté, mise sur des modèles moins gourmands pour élargir son terrain, à l'image de Claude Sonnet 5, taillé pour faire tourner des agents.
Au-delà de l'anecdote, l'épisode illustre une tension propre à l'écosystème Musk : la volonté d'imposer ses propres outils, quitte à demander à ses salariés de troquer le meilleur produit disponible contre le sien, moins performant mais internalisé.