Auditionné le 1er octobre par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Octave Klaba a résumé sa stratégie d'une phrase : pour OVHcloud, « c'est trop risqué de ne pas investir dans l'intelligence artificielle ». Le fondateur du groupe roubaisien a détaillé devant les députés sa lecture de la dépendance européenne, du coût des cartes graphiques et de la course aux datacenters.
Une dépendance que Klaba chiffre
Le point de départ est un constat de fragilité. « Les technologies sont principalement américaines ou chinoises », a posé Klaba, qui compte peu d'acteurs européens investissant dans l'IA. Il avance un chiffre pour mesurer l'écart. Seulement 3 % du volume des puces de RAM sont achetés en Europe, le reste de l'innovation se concentrant aux États-Unis et en Asie.
Le recours massif aux modèles open source chinois ne le rassure pas. On ignore, dit-il, « ce qui va se passer demain, ni la stratégie » des entreprises qui les publient : rien ne garantit que cette mise à disposition se poursuive. D'où sa conclusion, que ne pas investir expose à un risque plus grand que d'investir. OVHcloud mise sur des acquisitions pour étoffer ses équipes et sur l'entraînement de ses propres modèles, autour de trois chantiers : la cybersécurité, le développement logiciel et l'agentique.
Le prix de l'infrastructure
Klaba a aussi décrit aux députés la difficulté industrielle. L'accès aux processeurs graphiques de Nvidia reste le premier obstacle, et le matériel vieillit vite. Les cartes H100, lancées il y a trois ans, ont « perdu pratiquement 80 % de la valeur ». Les datacenters d'IA eux-mêmes doivent suivre le rythme des GPU. « Dans 18 ou 12 mois, vous devrez rétrofiter » les systèmes de refroidissement et les chaînes électriques, a-t-il prévenu, décrivant un équipement qui se périme au fil des générations de puces.
Cette course coûteuse se double, selon lui, d'une bonne nouvelle pour les Européens : la barrière financière baisse. Un projet de modèle qui demandait un milliard d'euros il y a quatre ans se monte aujourd'hui pour 150 à 200 millions, estimait-il fin septembre à Luxembourg. OVHcloud a intégré début 2026 la société de chiffrement Seald puis la start-up parisienne Dragon LLM, ex-Lingua Custodia, lauréate du Grand AI Challenge de la Commission européenne. Le pré-entraînement d'un premier modèle a été mené sur Jupiter, le supercalculateur EuroHPC installé en Allemagne.
Ces chantiers relèvent du plan stratégique « Step Ahead » que le groupe déroule sur 2026-2030. OVHcloud revendique 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, 46 datacenters et 250 mégawatts de capacité, loin derrière les hyperscalers américains dont Klaba veut réduire la part dans les usages européens. Le fondateur a repris la direction générale du groupe en octobre 2025.