Au DevDay du 29 septembre à San Francisco, OpenAI a présenté coup sur coup l'agent grand public Dots, l'espace de travail partagé Spaces, une nouvelle mouture de Codex et le modèle GPT-6.1 Sol, vendu moins cher que ses concurrents. L'ensemble répond frontalement à l'agent Muse de Meta, présenté mi-septembre. Ce qui suit décrit ce qu'annonce OpenAI : aucune de ces capacités n'a été vérifiée par un tiers indépendant.

Dots, l'agent grand public face à Muse

La vedette de la conférence est Dot, un agent animé par le modèle GPT-6 Astra et matérialisé par un blob coloré personnalisable. Contrairement à un assistant qui répond puis s'arrête, il surveille en continu pour enrichir le contexte de l'utilisateur. Dans la démonstration, il détecte un conflit d'agenda professionnel et propose deux options de livraison avec leurs tarifs. OpenAI le montre en train de réserver un restaurant, d'acheter des billets d'avion ou de construire un site web complet.

Les abonnés Pro, facturés au moins 103 euros par mois, y accèdent en premier ; un pilotage par Slack, Teams, iMessage et RCS est promis. La restriction géographique est large. Dots exclut l'Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni, comme l'avaient été avant lui Operator et le ChatGPT Agent, arrivés dans l'Union avec plusieurs mois de retard. L'architecture reprend le principe de Muse, l'agent autonome de Meta lancé aux seuls États-Unis, qui lui aussi lit les mails, tient l'agenda et paie à la place de l'utilisateur. ZapNews a détaillé le fonctionnement de Dots et son absence en Europe dans un article dédié ; l'essentiel est qu'OpenAI vise cette fois le grand public, là où il poussait ses agents surtout côté travail.

Spaces, un document partagé avec les agents

Deuxième brique grand public, Spaces est un espace où humains et Dots éditent des documents ensemble. OpenAI propose un traitement de texte, Pages, déjà disponible, et annonce une création de diapositives en développement. Un système de commentaires permet de mentionner aussi bien un collègue qu'un agent pour lui confier une tâche dans le document. Spaces est ouvert immédiatement aux abonnés Pro, Business Premium et Enterprise.

OpenAI a glissé au passage une API baptisée Decisions, en aperçu limité. Adossée au modèle Luna, moins coûteux, elle évalue le degré de confiance entre plusieurs réponses candidates plutôt que d'en rédiger une, un format pensé pour les cas où une machine doit trancher.

Codex, de l'outil de code à la plateforme d'agents

Sorti de préversion en 2025 et déjà donné en forte croissance par OpenAI — un usage multiplié par dix en six mois d'après les chiffres relayés par la presse spécialisée —, Codex reçoit une série de mises à jour qui le rapprochent d'une plateforme d'agents généraliste. OpenAI met en avant des environnements de développement dans le cloud réutilisables, avec permissions granulaires, une interface en ligne de commande pilotable à la voix, et une revue de code refondue : l'agent résume les changements, répond aux questions et laisse des commentaires de façon asynchrone. La logique est la même que pour Dots et Spaces, appliquée au terrain où OpenAI est le mieux installé, celui des développeurs.

GPT-6.1 Sol, moins cher que la concurrence

Côté modèle, OpenAI introduit GPT-6.1 Sol, positionné entre le puissant Astra et l'économique Luna, tous deux restés en GPT-6. L'entreprise revendique des progrès en codage, en débogage, en compréhension de documents et en traitement de plusieurs tâches en parallèle, avec des évaluations qui le rapprochent d'Astra pour un coût inférieur. Sur la fiabilité factuelle, OpenAI dit avoir environ divisé par deux les erreurs par rapport à la génération GPT-5.6.

Le prix est l'argument principal. À 2 dollars par million de tokens en entrée et 10 dollars en sortie, le tarif est calé sur celui de Claude Sonnet 5.5, avec un cache facturé 0,10 dollar, moitié moins cher. Le modèle est disponible dès l'annonce pour les abonnés Plus, Pro, Business, Enterprise et Edu, ainsi que dans l'API sous l'identifiant dédié. OpenAI insiste surtout sur le coût par tâche des agents : la famille GPT-6 Sol atteint 33,2 % sur le banc d'essai AutomationBench pour 0,27 dollar par tâche, là où l'entreprise chiffre le concurrent à un coût onze fois supérieur. « Nous voulons que l'API d'OpenAI propose le meilleur modèle à chaque niveau de prix », résume Sam Altman.

Les paliers d'abonnement grimpent

La salve s'accompagne d'un réajustement tarifaire. OpenAI relance un abonnement à 200 dollars par mois, brièvement fermé, avec des conditions réduites : l'usage de Codex et de ChatGPT Work y passe de vingt à dix fois celui d'un compte Plus. Un nouveau palier UltraFast, à 500 dollars par mois, promet la vitesse maximale, autour de 300 tokens par seconde, pour ChatGPT Work et Codex.

Ce que la salve dit de la stratégie

Prises ensemble, ces annonces dessinent une même manœuvre, installer l'agent à tous les étages. Le grand public reçoit Dots, le travail collaboratif reçoit Spaces, les développeurs reçoivent le nouveau Codex, et l'ensemble tourne sur une gamme de modèles taillée pour faire baisser le coût d'un agent qui s'exécute en continu. C'est la condition économique d'assistants censés travailler quand l'application est fermée, et donc facturer des heures de calcul plutôt que des requêtes ponctuelles.

La réplique à Meta est assumée. Les deux entreprises décrivent des agents autonomes branchés sur les comptes personnels et enfermés dans une machine virtuelle isolée, et les deux limitent ou excluent l'Europe au lancement, un terrain où le RGPD encadre le traitement permanent de données et où l'AI Act impose des obligations de transparence aux systèmes qui réservent, gèrent une correspondance ou concluent des achats. La différence tient au point d'entrée. Meta mise sur le grand public via WhatsApp, quand OpenAI verrouille d'abord son écosystème de développeurs et d'abonnés payants avant de tendre vers les messageries. Le pari comporte un risque de sécurité. Un agent doté d'un accès permanent aux comptes élargit la surface d'attaque, de l'hameçonnage par injection de consignes à la fuite de données, et, comme pour Muse, les garanties de cloisonnement reposent sur les seules déclarations de l'éditeur. OpenAI n'a communiqué ni calendrier d'ouverture européenne pour Dots, ni date de disponibilité générale pour l'API Decisions.